Les grecs payent-ils leurs impôts ?

28 May 2012 — 12 Comments

Dans une interview au Guardian, Christine Lagarde, directrice générale du FMI, conseillait aux grecs de prendre leur avenir en main et de payer leurs impôts. Cette déclaration a provoqué une nuée d’indignations. Les commentateurs ont contesté sa légitimité à faire de telles critiques, ainsi que le côté caricatural et humiliant de ses propos. D’autres ont critiqué la forme et l’utilité de cette déclaration.

Sur la légitimité, Mme Lagarde représente une des principales sources de financement actuelle du peuple grec, le FMI, dont les fonds proviennent des contribuables du monde entier. Elle a donc le droit et le devoir de poser les conditions de l’aide apportée par l’institution qu’elle préside.

Sur le fond, je vous propose une petite carte qui représente la part de l’économie souterraine, donc non fiscalisée, dans le PIB officiel dans les principaux pays d’Europe, durant les dix années qui ont précédé la crise financière de 2008. Ces statistiques sont établies par Friedrich Schneider, un économiste de premier plan et spécialiste de la question.

Si l’on peut contester l’utilité de la déclaration de Mme Lagarde alors que l’extrême gauche est favorite des élections législatives en Grèce, on s’offusquera encore plus de l’hypocrisie de nos politiciens indignés ! Il est très clair que si l’économie souterraine grecque avait été d’une taille proche de la moyenne européenne, le problème de la dette publique serait bien moins grave. Une conclusion qui vaut aussi pour le Portugal, l’Italie et l’Espagne.

A titre d’information, aux Etats-Unis, la statistique est de 8% seulement du PIB officiel.

Source : Friedrich Schneider, The Shadow Economy and Work in the Shadow : What Do We (Not) Know ?, IZA, Discussion Paper Series, March 2012

12 responses to Les grecs payent-ils leurs impôts ?

  1. 

    - C’est justement la statistique que je cherchais à trouver après les déclarations de Christine Lagarde. Je suis juste intrigué par les scores assez élevés des pays nordiques.

    Pour compléter l’analyse et ne pas mettre tous les Grecs dans le même sac, il faudrait savoir si ce phénomène est répandu chez à travers l’ensemble de la population ou si certaines catégories sont plus enclines à user de subterfuges pour ne pas payer d’impôts (riches, pauvres, vieux, jeunes, ruraux, urbains etc.).

    – En parcourant l’article académique, on remarque aussi certaines corrélations entre la part de l’économie souterraine et le taux de personnes qui travaillent à leur compte, le taux de personnes employées sans contrat et le taux de travailleurs immigrés illégaux. Pour ce dernier élément, les Grecs ont un taux d’emploi d’immigrés illégaux dans l’emploi total deux fois plus élevé qu’en Italie, quatre fois plus qu’en France.

    • 

      Pour les pays nordiques j’avoue ne pas avoir l’explication.

      Pour les grecs, il faut nuancer la nuance. Dans l’économie souterraine il y a autant les travailleurs que leurs clients, et les deux groupes sous coupables. Les grecs ne peuvent mettre cette question sur le dos des étrangers si ces derniers travaillent pour eux.

      De plus une corrélation ne doit pas être interprétée comme un lien de causalité évident. Peut-être la Grèce attire-t-elle de la main d’oeuvre étrangère justement parce qu’elle possède une économie souterraine pouvant l’employer…

      • 

        @Acrithene
        Les taux de travail au noir est-elle corrélée à la pression fiscale sur le travail? Et cette corrélation contribuerait-elle une explication des taux de travail au noir dans chaque pays?

        • 

          C’est une explication, d’ailleurs c’est un des critères utilisés par l’auteur. Cependant, le taux de prélèvement obligatoire en Grèce est autour de 30%, soit loin des niveaux français. Donc cela ne me semble pas une bonne explication. Ce n’est peut-être pas très politique correcte, mais il me semble que la carte dessine aussi des aires culturelles.

  2. 

    peut on considérer alors que Madame Lagarde participe à l’économie souterraine , vu qu’elle n’est pas imposable sur ses revenus du FMI ?

    • 

      Je pense que c’est une question rhétorique, mais je vais non seulement vous répondre, mais en plus vous donner deux réponses.

      Celle de bon sens. Mme Lagarde est employée d’une organisation internationale, qui a ce titre est indépendante de tout état souverain. Comment voudriez-vous qu’elle paye des impôts ?

      Réponse de l’économiste. Il n’y a aucun sens économique à imposer un fonctionnaire. La logique est plus symbolique. En effet, l’Etat étant à la fois le payeur du salaire et le receveur de l’impôt, on peut simplifier le processus simplement par réduction du salaire du montant de l’impôt. Autrement dit, le salaire de Mme Lagarde est défini à la baisse sachant qu’elle ne paye pas d’impôt… (Mais je serai d’accord avec vous pour l’estimer encore trop élevé… )

      En tout cas, ce qui est certain, c’est que Mme Lagarde n’est absolument pas responsable de son statut fiscal.

  3. 

    Intéressant, cependant je me demande toujours comment ils parviennent à calculer (ou plutôt à estimer) les niveaux d’économie souterraine ?!

    • 

      C’est expliqué dans l’article source.

      Une méthode intéressante peut-être de regarder la masse monétaire. La quantité de monnaie en circulation doit être proportionnelle aux nombres de transaction, sans quoi les prix grimperaient ou l’inverse. Si vous avez une économie où le besoin de monnaie, et en particulier de monnaie fiduciaire (pièces et billets) semble déconnecté de l’activité officielle, alors c’est que cette dernière est probablement déconnectée de l’activité réelle.

  4. 

    Ok merci c’est donc au niveau macro-économique si je comprends bien qu’on “ressent” celà.

    Désolé de ne pas avoir pris la peine de lire l’article source mais j’avoue que l’anglais dès qu’il devient un peu technique est hors de mon domaine pro m’est franchement rébarbatif !

    • 

      Je ne suis vraiment pas spécialiste de la question, mais je ne vois pas ce qui empêcherait aussi de faire des études de terrains. La méthode monétaire est séduisante intellectuellement, mais j’imagine qu’il existe un très grand nombre d’autres manières de procéder.

  5. 

    @Acrithene
    Vous dites “Il est très clair que si l’économie souterraine grecque avait été d’une taille proche de la moyenne européenne, le problème de la dette publique serait bien moins grave”. En première analyse, votre affirmation semble découler de la simple arithmétique. Pourtant, elle est, amha, inexacte. En effet, l’impôt induit une non-production égale à cet impôt. L’impôt non perçu a donc permis une création de richesse égale à cet impôt non perçu.

    L’État grec a trop dépensé au profit des fonctionnaires et des profiteurs de subventions. L’Etat est en faillite. Il importe plus d’enrichir les grec que de désendetter l’État grec. Pour enrichir les grecs, il est nécessaire de baisser l’impôt. certainement pas de l’augmenter. Il serait nuisible pour la production en Grèce d’augmenter la pression fiscale grecque ou de traquer les revenus non déclarés.

    Un État est un chancre, et qui vit au dépend du peuple. Il est inutile et nuisible. Du moins, c’est ma conviction de libertarien anarcap.

  6. 

    Apparemment, lorsqu’une bâtisse n’est pas terminée en Grèce, les habitants ne sont pas taxés.
    Encore une fois “apparemment”, ce cas serai répandu là-bas..
    Pensez vous que ce manque à gagner pour l’Etat grec est-il significatif ?

    Cordialement,
    AJ

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