Comment l’Euro a permis aux grecs de vivre au dessus de leurs moyens

30 mai 2012 — 5 commentaires

On ne peut pas résumer le problème de la Grèce au fait que de nombreux grecs ne paient pas leurs impôts. L’euro, en particulier, est souvent incriminé. Petite étude de cas appuyée sur un graphique…

En bleu sur ce graphique, le besoin de financement extérieur représente la différence entre les dépenses de la Grèce (agents privés et publics réunis) et ses revenus (déficit de la balance courante, en comptabilité nationale). On voit que ces déficits ont considérablement cru à partir de la fin des années 1990, faisant exploser la dette (publique et privée) extérieure du pays. Un diagnostic qui précède la crise financière de 2008. En quoi cette évolution est-elle liée à l’euro ?

La dette extérieure est le pendant du déficit commercial, c’est-à-dire d’un volume d’importations trop important au regard des exportations. En clair, les grecs consomment à crédit des produits étrangers. Or, au début des années 1990, les importations grecques étaient limitées par le coût de l’endettement, qui atteignait des niveaux considérables (comme de nouveau aujourd’hui) mais aussi par la dépréciation de la drachme sur le marché des changes qui renchérissait le prix des biens étrangers. C’était une période où les importations étaient de plus en plus chères, et le crédit hors de prix.

On voit très clairement sur le graphique comment l’euro a bouleversé cet équilibre.

  • D’abord, la marche vers l’euro a provoqué une convergence des taux d’intérêts à travers la zone euro, comme si tous les Etats emprunteurs se valaient. Cette convergence est en partie due à l’idée implicite que la zone euro ne laisserait pas un de ses membres faire faillite, du fait du coût tant économique que politique induit. Sur cette base, il devenait logique que la dette grecque soit jugée d’aussi bonne qualité que la dette allemande (en violet). C’était très loin d’être le cas au début des années 1990.
  • Ensuite, lorsqu’un pays a un déficit extérieur, sa monnaie tend à se déprécier car les agents doivent acheter des devises étrangères pour régler leurs factures. La dépréciation de la devise est une sanction rééquilibrant le marché en rendant sa compétitivité à la nation touchée. Or à partir de 2001, la drachme n’existant plus, ce mécanisme ne pouvait plus fonctionner. En fait, le taux de change a même évolué en sens inverse ! Importations peu chères, emprunt à faible taux, quoi de plus encourageant pour être tentés de vivre à crédit ?

Finalement, l’élévation du niveau de vie en Grèce depuis l’adoption de l’euro est totalement virtuelle, créée par une monnaie européenne qui s’apprécie alors que la drachme se serait dépréciée, et par une dette peu onéreuse permise jusqu’à la crise financière par l’idée d’une solidarité tacite entre pays de la zone euro. En 2007, les dépenses grecques excédaient déjà de 15% leurs revenus, voilà qui dédouane Lehman Brothers d’une part des malheurs du monde…

5 responses to Comment l’Euro a permis aux grecs de vivre au dessus de leurs moyens

  1. 

    Je tiens tout de même à rappeler que la Grèce ne rentrait pas des les critères pour adhérer à la zone euro, et ce fait a bien été maquillé par Goldmann Sachs (et non Lehman Brothers). D’autre part, je me demande si vous ne confondez pas déficit de la balance courante, différence entre dépense et recette de l’Etat, et déficit commercial, qui fait, lui, appel aux activités privées et à la notion de frontière. Rappelons qu’un Etat peut très bien être endetté auprès de ses citoyens ! Et enfin, il eut été intéressant de mettre également dans le graphe l’augmentation de la dette souveraine.

    • 

      Vous avez raison sur les critères d’adhésion.

      Sur la balance courante je vous assure ne pas confondre. La balance courante n’est pas un agrégat étatique, c’est un agrégat national qui rassemble à la fois des activités privées et publiques. Elle est composée du solde de trois balances : la balance commerciale que vous évoquez, la balance des revenus (qui solde les différences de revenus transfrontaliers, par exemple les dividendes français dus à des investisseurs grecs et inversement), et la balance des transferts qui fait le soldes des dons et aides versées/reçues. La différence entre dépense et recette de l’Etat (déficit public, qui n’a rien à voir avec la balance courante) n’est pas évoqué dans l’article qui considère la dette de la nation dans son ensemble, agents privés et publics réunis. Une recherche google vous confirmera ces différences.

      Ici, le déficit de la balance courante montre que les grecs ne sont pas endettés entre eux (le cas d’une dette publique détenue par des nationaux) mais vis-à-vis du reste du monde. En l’occurrence, un cas très différent serait le Japon qui a une dette publique ahurissante (plus de 200% du PIB) mais qui est aussi le principal créancier du monde. Le cas grec n’a rien de japonais, et la balance courante aide justement à le montrer.

    • 

      Bonjour, un état peut aussi réduire son déficit (« déficit public ») en transférant l’argent depuis le privé: taxes, impots… le probléme n’est que reporté, voire agravé, le privé étant plus efficace que le public pour la création de richesses pour le pays…. ces notions, et bien d’autres, sont très très mal expliquées aux français. Les électeurs aiment ceux qui leur disent ce qu’ils aiment entendre, et n’aiment pas ceux qui leur disent la vérité quand elle n’est pas agréable… en 1939, la France est entrée en guerre avec ses illusions sans être prête; avec le recul, on dit que le désastre était prévisible; que dira t’on un jour du désastre prévisible qui nous attend dans la guerre économique mondiale qui est commencée depuis longtemps et que nous refusons de voir…

  2. 

    367 Mds € fin 2011 (Source : Bank of Greece), soit pas loin de 200% du PIB.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s