Archives de: juin 2012

L’histoire de la construction américaine montre que la mutualisation des dettes incite au laxisme budgétaire.

Les commentateurs à courte vue voient dans la crise de la dette publique l’échec fatal du projet européen d’une union dont les Etats-Unis seraient la référence idéale. C’est méconnaitre l’histoire tumultueuse de cette nation. Violemment chahutée par la question raciale, l’unification douloureuse des Etats-Unis s’est aussi confronté à la question de la défaillance des comptes publics.

Une courte histoire de la dette publique aux premières heures de la République américaine vous laissera juge des similitudes et des différences avec la situation européenne, ainsi que des enseignements que nous pourrions ou non en tirer.

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La ministre de la Justice, Christiane Taubira, s’est prononcée en faveur des class actions aujourd’hui. Une class action est une poursuite juridique initiée collectivement par un grand nombre de personnes auxquelles peuvent se joindre d’autres victimes éventuelles, souvent des consommateurs, contre un individu ou plus généralement une entreprise. Elles permettent de porter devant les tribunaux des litiges qui semblent petits pour un consommateur individuel, mais peuvent être immenses une fois la collectivité prise dans son ensemble.

La réaction la plus immédiate serait de penser qu’une telle réforme serait bonne pour les consommateurs et nuisible aux entreprises. En vérité, les class actions sont profitables aux deux parties. Je me propose de vous le montrer en prenant l’exemple des problèmes de qualités.

Quand les mauvais produits chassent les bons

En économie, on parle d’asymétrie d’information lorsque les acheteurs et les vendeurs ne disposent pas de la même connaissance du produit vendu. Ces asymétries sont un enjeu saillant des class actions. En effet vous ne poursuivrez a priori que des entreprises vous ayant vendu des produits défectueux à votre insu.

La théorie économique prévoit que ces asymétries nuisent bien entendu aux acheteurs, mais paradoxalement aussi à l’essentiel des vendeurs. L’analyse de ce phénomène a été proposée en 1970 par George Akerlof dans une étude sur le marché des voitures d’occasion en 1970*. Explication schématique…

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Les racines de la crise de la dette publique européenne ne se trouvent ni dans la crise des subprimes ni dans la construction de l’union politique ou monétaire. La première l’a précipitée en creusant brutalement les déficits publics tandis que la seconde l’a peut-être aggravée en facilitant l’endettement de certains Etats.

La crise se fonde cependant sur une escroquerie intergénérationnelle dont les pleurs ne pouvaient être différés qu’au prix d’une forte et perpétuelle croissance des ressources fiscales. Le déclin démographique et la croissance économique modérée sonnent le glas d’une immense chaîne de Ponzi commencée il y a 50 ans et nous condamnent à enfin payer les dépenses de nos grands-parents. Explications…

La chaîne de Ponzi

Une chaîne de Ponzi est une escroquerie financière consistant à rémunérer d’anciens investisseurs avec les dépôts des nouveaux.

Imaginons que je sois un banquier vous offrant un rendement de 10%. Vous pensez que je vais placer votre argent de sorte qu’il fasse des petits et que je puisse vous le rendre augmenté des intérêts. Une performance qui m’attirera de nouveaux clients.

Une chaîne de Ponzi consiste à inverser cette logique. Ce n’est plus la bonne gestion qui apporte de nouveaux déposants, mais ces derniers qui permettent de simuler la bonne gestion.

  1. Dans un premier temps, vous me confiez 100€, que je me mets joyeusement dans les poches pour mon propre compte.
  2. Dans un second temps, je fais savoir que j’ai effectivement réussi à dégager le rendement annoncé. Un mensonge ! Cela contribue à ma réputation de bon gestionnaire et m’attire de nouveaux clients, et donc de nouveaux dépôts, disons de 200€. De ces 200€, j’en détourne 90€ et je vous rends les 110€ promis initialement, apportant une « preuve » de mes mensonges.

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Peut-être avez vous déjà vu cet excellent film qu’est A Beautiful Mind (Un homme d’exception, 2001), une biographie du mathématicien, théoricien des jeux et prix Nobel d’économie John Nash. On y trouve une scène d’introduction à la théorie des jeux présentée comme une réfutation de l’efficacité du marché.

Quelques commentaires sur cette scène (à visionner sur Youtube)…

Confondre les acteurs d’un problème avec la société

Le sophisme le plus notable de la scène repose sur la notion de « groupe » et de « communauté ». On ne compare deux raisonnements que lorsqu’ils cherchent à résoudre un même problème, ici le bien-être de la communauté. Mais la scène cache habillement la divergence de définition de la communauté, qui est l’ensemble de la société (Filles + Garçons) chez Adam Smith, et seulement une moitié (Garçons) dans la bouche de Russell Crowe.

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Pris d’une soudaine fièvre diplomatique, le ministre du redressement productif a enfin condamné l’aveuglement idéologique de la Chancelière Merkel. Plus de trois ans après le début de la crise, je vous propose ce petit nuage de point pour juger de la pertinence des relances par le déficit opérées en 2009 au regard des perspectives de croissance actuelles. Quelques citations de l’interview de M. Montebourg vous aideront à mieux comprendre :

Certains dirigeants européens, Madame Merkel en tête, sont frappés d’aveuglement idéologique.

L’austérité imposée par la politique idéologique de la droite allemande est un énorme problème, puisque c’est cette politique qui a conduit en récession sept pays de la zone euro sur 17

Si on s’en tient à la déclaration de Montebourg, on s’attendrait à ce que les pays ayant pratiqué la relance par le déficit budgétaire en 2009 soient les plus prospères aujourd’hui. Cependant le nuage de points laisse apparaître une corrélation inverse, plus compatible avec le point de vue allemand.

N’en déplaise à M. Montebourg les chiffres sont là. A l’intérieur de la zone euro, moins les pays ont eu recours à la relance économique par les dépenses publiques et le déficit aux lendemains de la faillite de Lehman Brothers, meilleurs sont aujourd’hui leurs perspectives de croissance. Seule l’Irlande fait exception, mais uniquement parce qu’elle a été avec l’Islande, souvenez-vous, le premier pays ébranlé violemment par la crise de la dette et qu’elle vit depuis dans l’austérité.

Lecture du graphique :

A l’aube de la crise financière,

  • Après correction du taux d’emploi et de la taille du secteur public, la part de la population active grecque déclarant avoir un emploi privé ("travail imposable") en Grèce représentait 79% de cette part en Allemagne.
  • Puis, après considération de la différence d’imposition des revenus, les recettes fiscales de l’Etat Grec sur le travail représentaient 40% du niveau qu’elles auraient atteint si le taux d’imposition et la répartition de la population active eurent été semblables à ceux de l’Allemagne
  • Si la Grèce avait le même niveau d’imposition et une économie souterraine semblable à celle de l’Allemagne, ce chiffre serait proche des 90%, et ce à niveau d’activité constant.

D’un côté de l’Atlantique, l’évocation du socialisme est une outrance au drapeau ; de l’autre le marché est personnifié en espèce de glouton dévorant les peuples. Quand la république bicentenaire américaine regarde vers l’autre rive de l’océan, elle s’étonne du bestiaire trotskyste qui s’étripe à chaque élection française, tandis que la France laïque observe les yeux écarquillées ces pieux politiciens brandissant la Bible à la droite du Parti Républicain.

Chaque pays à sa culture politique incluant tout un champ d’interdits qui structurent le débat public. Ces interdits dérivent d’idées reçues qu’on considère comme acquises, qu’on ne justifie plus par la raison mais par une répulsion pavlovienne, et qui, lorsqu’elles sont parties du débat politique d’autres nations, suscite le dédain et un soupçon de barbarisme. Or, l’étonnement réciproque devrait être une source de curiosité et de recul vis-à-vis de nos propres préjugés.

D’une génération à l’autre, ces préjugés évoluent et leur construction est un des enjeux de long terme du débat politique. Ces trente dernières années, la droite française a laissé la gauche gagner cette bataille en laissant s’imposer l’idée que son extrême serait d’une nature fondamentalement différente de celle de l’extrême droite.

Alors qu’au Royaume-Uni, en Allemagne ou en Espagne, la gauche pris acte de l’écroulement du bloc socialiste et des révolutions conservatrices pour se déplacer vers le centre, la droite chiraquienne accepta tout à la fois l’opprobre jetée sur l’extrême droite par le Parti Socialiste, et l’onction accordée à la si sympathique extrême gauche. Ce faisant, elle s’est tiré une balle dans le pied.

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Adam Smith n’était pas la caricature qu’on nous en présente souvent. Une revue commentée de citations pour vous en convaincre.

Dans les grandes mythologiques politiques de nos temps, Adam Smith occupe une place centrale sur l’Olympe. Pour le meilleur ou pour le pire, il est, tant pour les rouges que les milieux d’affaires, l’avocat déterminé du laissez-faire et du capitalisme. Les uns comme les autres ont semblablement caricaturé sa pensée. Certains pour appuyer leurs intérêts marchands de la caution morale d’un penseur sacralisé, d’autres pour décrédibiliser un libéralisme loufoque auprès des modestes et de ceux d’entre nous dont la naïve générosité porte le cœur vers le socialisme.

Mais si l’on lit réellement la Richesse des Nations (1776) sans se cantonner aux quelques lignes ayant reçu des manuels une dimension canonique, la mythologie de la « main-invisible » s’écroule. Elle laisse place à un penseur nuancé et progressiste, à un mépris immense pour les rentiers, à un encouragement méfiant aux milieux d’affaires, et au souci du sort des plus modestes.

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Si l’Etat ne payait pas d’intérêts sur sa dette, comme le fait tout un chacun, la dette publique serait beaucoup plus faible. Si l’Etat ne payait pas ses employés, comme le fait tout un chacun, la dette publique serait aussi beaucoup plus faible ! Loi de 1973 : retour sur une légende urbaine…

Plusieurs de mes amis m’ont déjà interrogé sur l’interdiction que s’est imposée en 1973 l’Etat de se financer gratuitement auprès de sa Banque Centrale. Une interdiction réaffirmée en 1992 par le Traité de Maastricht. La toile regorge en effet de vidéos très convaincantes expliquant toute la crise de la dette publique par cette interdiction, tandis que l’apparente absurdité de cette loi est rappelée par certains politiciens populistes.

Face à cette aberration soit disant évidente, deux choses devraient pourtant nous mettre la puce à l’oreille. La démagogie notoire des politiciens promettant l’abrogation de cette loi, et l’implication que tant de grandes démocraties du monde seraient profondément masochistes.

L’essence de l’argument tient au fait que si l’Etat avait pu emprunter gratuitement, sa dette eut été moindre. Il n’est un grand mystère pour personne qu’il est propice à une bonne santé financière de profiter gratuitement d’un service que tout un chacun doit payer. Et cet argument pourrait être répliqué en de multiples formes absurdes : la dette publique serait aussi moindre si nous avions pu ne pas payer nos fonctionnaires ces quarante dernières années. Si cet aspect sophistique échappe à beaucoup d’entre nous, c’est qu’il porte sur des concepts plus abstraits : le temps et la monnaie.

Dans cet article, j’essaierai de vous montrer en quoi l’emprunt à la banque centrale est un mode machiavélique de financement du déficit public. Economiquement inefficace, socialement problématique et profondément antidémocratique, il ne présente que l’intérêt de taxer le peuple sans qu’il ne le réalise.

« Un gouvernement peut vivre longtemps […] en imprimant de la monnaie papier. C’est-à-dire, qu’il peut ainsi prélever des ressources réelles, aussi réelles que celles obtenues par les impôts. […] Le poids de [cet] impôt est largement étalé, ne peut être évité, ne coûte rien à collecter, et tombe, d’une manière rude, en proportion de la richesse de la victime. Pas de miracle à ce que ses avantages superficiels aient attiré les ministres des finances »

J.M. Keynes, Essai sur la Réforme Monétaire

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