Les taxes sur les entreprises tuent l’entreprenariat et la croissance

2 octobre 2012 — 7 Commentaires

Alors que le gouvernement promet de taxer à plus de 60% la valeur créée par les entrepreneurs, il est fort risqué qu’on nous ressorte les mêmes arguments que pour la taxe à 75% du revenu des plus riches ou à propos de l’ISF : très peu partiront/renonceront, et ceux qui partiront seront principalement les rentiers dont la France n’a de toutes manières pas besoin.

Grâce à quelques statistiques compilées par trois économistes de la Banque Mondiale – S. Djankov, C. McLiesh et R. Ramalho – et deux professeurs d’Harvard – T. Ganser et Andrei Shleifer (économiste le plus cité au monde) – nous disposons d’un faisceau d’indices concordant pour éclairer ce débat.

Après avoir calculé le taux total d’imposition effectif de l’entreprise sa première année, les auteurs proposent quelques corrélations semblant assez clairement indiquer que :

L’imposition des entreprises décourage nettement le niveau des investissements…

Corrélation entre imposition des sociétés et investissement

… et faire fuir encore plus franchement les investissements étrangers

Corrélation entre imposition des sociétés et IDE entrants

 

Les IDE (investissements directs à l’étranger) entrants représentent les investissements étrangers dans des entreprises en France.

Ces taxes découragent la création de nouvelles entreprises…

Corrélation entre imposition des sociétés et créations d’entreprises

… Ce qui se retrouve clairement dans la proportion d’entrepreneurs au sein de la population active

Corrélation entre imposition des sociétés et la proportion d’entrepreneurs

Cela conduit aussi à des structures financières beaucoup plus risquées !

Corrélation entre imposition des sociétés et levier financier

Les charges financières étant fiscalement déductibles, plus l’impôt est fort, plus les actionnaires sont incités à jouer sur l’effet de levier de la dette, quitte à mettre en péril la solidité financière de leur entreprise

Et finalement, bien entendu, cela pèse sur la croissance économique

Corrélation entre imposition des sociétés et croissance économique

Source : Simeon Djankov & Tim Ganser & Caralee McLiesh & Rita Ramalho & Andrei Shleifer, 2010. "The Effect of Corporate Taxes on Investment and Entrepreneurship", American Economic Journal: Macroeconomics, American Economic Association, vol. 2(3), pages 31-64, July.

7 responses to Les taxes sur les entreprises tuent l’entreprenariat et la croissance

  1. 

    Merci pour ces articles éclairants.
    Que penses-tu de pousser cette logique à l’extrême, et de ne plus taxer les revenus des particuliers et des entreprises, et de compenser en augmentant les taxes sur la consommation (genre TVA, taxe carbone, ou que sais-je)?
    Est-ce que cela n’encouragerait pas la création d’emploi, éliminerait le travail au noir, et permettrait à qui compte d’engager quelqu’un pour faire le ménage, jardinage, menus travaux,… à des prix abordables?
    J’imagine que ça ne fonctionnerait pas si ce sytème est local, mais en imaginant que ce soit mis en place au niveau mondial, penses-tu que ce système serait viable?
    Merci et bonne journée.

    • 

      Si on pousse cette logique à l’extrême, le meilleur impôt est le paiement à l’usage (typiquement le péage d’autoroute). Le problème des impôts sur les revenus ou la consommation est qu’ils découragent les activités créatrices de richesses. En revanche, la gratuité des services publics encourage le gaspillage, car la personne qui les consomme considère son bénéfice sans considérer le coût pour les autres (les contribuables). Donc, le paiement à l’usage permet a) de réduire les impôts décourageant les activités bénéfiques b) de réduire les gaspillages et les activités dont l’utilité est inférieure au coût.

  2. 

    Il faut avoir les yeux de la foi pour oser tracer des droites sur ces nuages de points.

    Quant à la conclusion "Cela conduit aussi à des structures financières beaucoup plus risquées", elle n’est pas du tout soutenue par le graphique qui la suit. Déjà, le nuage de points est trop dispersé pour pouvoir en tirer une tendance. Mais en plus, les exemples du Japon et de la Grande-Bretagne montrent qu’avec un taux d’imposition plus élevé qu’en France, les entreprises y sont moins endettées.

    Je ne dis pas que votre conclusion est erronée, mais que les graphiques que vous montrez ne sont pas des preuves convaincantes.

    • 

      La dispersion des points n’est pas un problème pour tirer une tendance statistiques. Si je prends un échantillon dans la population et que je place les gens sur un repère taille/poids, j’aurais un nuage très dispersé. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de tendance entre taille et poids, juste que la taille est un insuffisante pour prévoir de manière précise le poids d’une personne.

      Ici c’est la même chose, la relation entre dette et IS est ancrée dans la logique, car la dette est un mode de financement non touché par l’IS contrairement aux fonds propres.

      La dispersion indique qu’il existe un tas d’explication complémentaire. Par exemple, le système de retraite (l’absence de système par capitalisation réduit les financements directs aux entreprises, ce qui se répercute sur leur recours au financement bancaire). Dans un pays musulman, la dette sera probablement faible du fait de l’interdiction de l’usure par la religion… etcetera etcetera

      • 

        Dans mon domaine, la physique, un article, qui aurait des interprétation de graphiques comme ça, aurait du mal à être publié dans un journal sérieux.

        Mes critiques ne portent pas sur la logique économique, mais sur la sur-interprétation des données empiriques. Ici, le fait de tirer une droite pour chaque nuage de points n’est pas justifié. Empiriquement, la dispersion des points ne permet de dessiner une droite. Y aurait-il alors un modèle théorique qui proposerait une relation linéaire? On pourrait très bien dessiner des ellipses à la place. Il me semble que ces droites ne sont que des guides visuels, mais alors comment choisir la pente et la position des droites? Cela me semble très arbitraire.

        • 

          Vous confondez science exactes et sciences sociales. Il ne saurait exister de relation mathématique entre le taux d’IS et le taux d’endettement des entreprises dans des pays différents. Il existe des milliers de variables cachées non présentées ici.

          Présenter une tendance est tout à fait possible pour autant. Comme vous le dites il s’agit certes d’un repère visuel dont la "pente" n’importe pas (à travers tout nuages de points il est possible de tracer une telle droite).

          Le texte s’appuie exclusivement sur les tendances observées sans chercher à se servir de chiffres et donne des interprétations possible de ces données empiriques.

          Je rejoint votre point de vue sur le fait que les données sont réunies de manière assez bourrines et que le travail consistant à évaluer des variables expliquant les différences n’a pas été fait (ou pas été presenté).

          Les économistes s’efforcent (Acrithène confirmera probablement) d’arrêter de travailler sur des corrélations brutales en choisissant des données plus fines.

          • 

            Si vous êtes à l’aise en statistiques, vous pouvez suivre le lien vers l’étude. Vous verrez que c’est un plus élaboré.

            Je pense ici que la valeur principale de l’article n’est pas la méthode statistique utilisée mais simplement les données. Compiler de telles données pour un nombre si grand de pays est un travail titanesque (réalisé ici grâce à PriceWaterHouseCoopers). Pour ne prendre qu’un exemple, réussir à obtenir une mesure homogène de l’imposition effectives des sociétés d’un pays à l’autre doit être cauchemardesque. L’objet de l’article n’est pas tant de découvrir des relations que tout le monde connait que d’en réaliser simplement l’ampleur.

            Sinon, effectivement, les articles empiriques en économie et en finance n’utilisent plus vraiment de simples régressions. Le problème ne vient pas tant de savoir si la relation est linéaire ou non que de discerner la corrélation et la causalité. Vous avez besoin d’une variable instrumentale pour publier : http://en.wikipedia.org/wiki/Instrumental_variable

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