Questions-Réponses sur la Dette Publique

Cette page, que j’actualiserai régulièrement, répertorie la plupart de mes billets sur la crise de la dette sous la forme de questions-réponses. Les réponses sont peu détaillées, sachant que les détails se trouvent en revanche dans les billets auxquels je renvoie.

Questions

  1. Quel est le montant des dettes de l’Etat ?
  2. De quand datent les dettes publiques ?
  3. Existe-t-il une raison pour l’Etat de s’endetter ?
  4. Pourquoi tout craque-t-il aujourd’hui ?
  5. Existe-t-il des précédents historiques ?
  6. Comment la dette publique va-t-elle évoluer dans les années à venir ?
  7. Quelles seront les principales causes l’évolution de la dette ?
  8. Pourquoi l’Etat ne finance-t-il pas son déficit auprès de la banque centrale ?
  9. Peut-on rembourser la dette en créant de l’inflation ?
  10. Faut-il une solidarité européenne entre Etats ?

Réponses

Quel est le montant des dettes de l’Etat ?

La dette publique a deux composantes principales, la dette comptable émise essentiellement sur les marchés financiers et référencée par la statistique publique. Elle équivaut en France à plus de 90% du PIB.

A cette dette comptable, s’ajoute la dette implicite qui représente les engagements tacites de l’Etat auprès de citoyens lui ayant concédés, sous formes de cotisations sociales, des avances dans l’espoir d’un remboursement futur.  Ces dettes cachées représentent plus de 300% du PIB en France (BCE).

Article : Le monstre invisible de la dette implicite

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De quand datent les dettes publiques ?

Pour sa partie officielle, la moitié de la dette publique provient du roulement de la dette des Trente Glorieuses, le reste vient des 40 années suivantes.

Article : La dette publique, héritage des Trente Glorieuses

Pour sa partie implicite, la dette vient du système de retraite par répartition, un système non financé fonctionnant sur le principe de la chaîne de Ponzi.

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Existe-t-il une raison pour l’Etat de s’endetter ?

Dans un monde rationnel où les parents sont aussi soucieux du bien-être de leurs enfants que du leur, il n’existe pas de raison pour l’Etat de s’endetter, car les individus préférant différer l’imposition peuvent le faire par eux-mêmes en empruntant. Ce principe s’appelle l’ « équivalence ricardienne ».

Elle signifie, a contrario, que l’intérêt de l’endettement ne peut se fonder que sur l’irrationalité des individus, leur égoïsme vis-à-vis des générations suivantes, ou les dysfonctionnements du marché de l’épargne. La théorie keynésienne propose d’utiliser ces imperfections économiques pour stimuler l’activité via le déficit public.

 Article : Ricardo, Keynes, la dette publique et la jeunesse

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Pourquoi tout craque aujourd’hui ?

L’Europe se trouve à un tournant démographique, synonyme de décroissance de la population et de vieillissement. Cela rend pessimiste les prêteurs quant à la capacité de la chaîne de ponzi de survivre à long terme, et donc rend la dette publique risquée dans de nombreux pays.

Article : Quand s’écroule l’Europe de Madoff

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Existe-t-il des précédents historiques ?

Oui et non, chaque situation historique est différente. Cependant, dans l’histoire, la dette publique d’économies avancées a franchi le seuil des 90% du PIB à 26 occasions. De ces exemples historiques, on sait que le temps nécessaire pour repasser en-dessous de ce seuil historique est d’en moyenne 25 ans et que la croissance économique est ralentie durant ce type de périodes.

Article : Surendettement public : ce que nous dit l’Histoire

A noter que la construction américaine a aussi posé le problème des dettes publiques relatives de chaque état membre.

Article : La dette publique aux premières heures de la construction américaine

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Comment la dette publique va-t-elle évoluer dans les années à venir ?

L’évolution de la dette peut-être anticipée par le « gap fiscal » qui représente la valeur financière des écarts entre les projections de recettes et dépenses de l’Etat à long terme.

Cette mesure est très incertaine, mais d’après les estimations, atteindre un niveau d’endettement raisonnable en 2050 nécessiterait de la France un effort budgétaire immédiat d’environ 5% du PIB par an. En 2012, cela représenterait un effort budgétaire de 100 milliards d’euros.

Article : Fiscal Gap : de combien faudrait-il augmenter les impôts ?

Plusieurs sources officielles confirment que le plus dure est à venir :

  • La Banque des Règlements Internationaux estime que sans réforme profonde, la dette publique française atteindra 400% du PIB en 2040.
  • La Banque Centrale Européenne, avait estimé en 2007 la dette implicite (engagements financiers tacites non provisionnés) de la France à 330% du PIB.
  • Le Comité d’orientation des retraites projette des déficits annuels de 80 milliards d’euros à l’horizon 2040 pour le seul système des retraites.

Article : Le monstre invisible de la dette implicite

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Quelles seront les principales causes l’évolution de la dette ?

Le statu quo de la sécurité sociale sera la principale cause d’explosion de la dette publique dans les années à venir. La principale raison est le choc démographique du « papy boom ».

Dans les 30 ans à venir, le ratio de dépendance, c’est-à-dire le nombre de personnes âgées par personne active va s’accroître de 70%, nécessitant une hausse au moins similaire des charges sociales finançant l’assurance maladie et le système par répartition.

Articles :

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Pourquoi l’Etat ne finance-t-il pas son déficit auprès de la banque centrale ?

La loi de 1973 interdit à l’Etat de se financer auprès de la Banque de France. Ce mode de financement est un impôt invisible dont le fonctionnement ressemble à celui de la TVA. Il a en plus le désavantage de créer de l’inflation.

La base fiscale de cet impôt invisible est l’ensemble des détenteurs de monnaie. Comme les pays européens partagent la même monnaie, cela donnerait le droit à un état membre de lever un impôt sur les citoyens d’autres états de la zone euro. Cette pratique est donc interdite par les traités.

Article : Seigneuriage : Pourquoi la Banque Centrale ne prête pas à l’Etat

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Peut-on rembourser la dette en créant de l’inflation ?

Ce n’est à proprement parler l’inflation qui le pouvoir de détruire la dette, mais plus exactement l’accélération de l’inflation. Symétriquement, cela signifie aussi que la décélération de l’inflation fait au contraire exploser la dette. Donc une forte inflation ne  « résout » l’endettement qu’à la condition d’être éternelle !

Une solution intermédiaire consiste à créer de l’inflation ET à rembourser en même temps. Cela nécessite de toute manière un excédent budgétaire, ce qui semble exclu à court ou moyen terme.

Article : L’inflation est-elle une solution ?

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Faut-il une solidarité européenne entre Etats ?

Le problème des solidarités de dette est qu’elles détruisent les incitations à maintenir l’endettement public à des niveaux raisonnables. Pourquoi ne pas s’endetter si on sait qu’au pire on sera sauvé. Le coup d’une telle solidarité se répercutera sur une seconde crise de la dette publique dans un demi-siècle. L’ensemble des états aura alors laissé se dégrader ses comptes publics en souvenir de l’épisode des années 2010 où les gouvernements dispendieux avaient été sauvés par les gouvernements plus raisonnables. En bref, la solidarité retire l’incitation à la vertu.

L’histoire de l’unification des Etats-Unis illustre assez bien ce principe.

Article : La dette publique aux premières heures de la construction américaine

Par ailleurs, la solidarité des dettes conduit le risque de crédit à s’étendre aux états les plus stables, suscitant donc la hausse du coût de financement de leur propre dette.

Article : Eurobonds : pourquoi sont-ils improbables ?

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