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Ce qui est fascinant dans le marketing politique, c’est sa capacité à générer des débats absurdes dont la longévité atteint souvent des semaines, et parfois des décennies. La méthodologie est simple, lire Descartes, et suivre l’inverse de ses préceptes. Si vous êtes mathématicien, vous essayez de poser votre problème de la plus simple des manières pour le résoudre le plus rapidement. Si vous êtes politicien, faîtes le contraire, et vous embrouillerez peut-être les électeurs bien au-delà de votre propre horizon politique.

Sans aucun doute, le « pacte de responsabilité » est un concept qui sonne, même à l’oreille peu avertie, plus pipologique que mathématique. Et comme tous les concepts ainsi définis, il a le potentiel de générer des débats sans queue ni tête. D’un côté du champ de bataille, ses promoteurs défendent les emplois créés par une réduction du coût du travail. A l’opposé, ses adversaires dénoncent un cadeau fait, sans contrepartie, au patronat.

Ce débat est ubuesque pour la simple raison que les cotisations sociales ne sont, pour l’essentiel, pas payées par les entreprises. En conséquence, ne faisant pas partie du coût du travail, leur réduction n’est ni un cadeau pour les entreprises ni une piste prometteuse pour lutter contre le chômage. Ce qui, bien entendu, ne signifie pas qu’il ne faille pas les baisser.

Suis-je à ce point ignorant qu’il faille me montrer une feuille de paye pour me faire constater que les entreprises doivent s’acquitter de cotisations patronales conséquentes ? Justement, le « pacte de responsabilité » n’est finalement qu’une embrouille parmi un spectacle de prestidigitation qui dure depuis des décennies et dont l’illusion fondamentale est le partage légal du financement de la Sécurité Sociale entre salariés et employeurs.

L’idée que l’Etat répartit, par des taux administratifs, le poids des charges sociales entre employeurs et salariés n’a que trois conséquences concrètes. Organiser un débat absurde sur la définition de ces taux. Faire croire à la population salariée qu’elle obtient un service remarquable au regard de ce qui lui en coûte. Et enfin de devoir consacrer trente minutes du cursus de sciences économiques à expliquer aux étudiants que cette répartition légale n’a aucune espèce d’importance. Comme le résume Joseph Stiglitz dans manuel (1988), « cela ne fait aucune différence que les cotisations sociales soient payées pour moitié par l’employeur et pour moitié par le salarié, ou entièrement par l’un ou l’autre. »

Ce n’est pas l’Etat qui décide de qui paye les charges sociales (et les impôts en général), mais l’offre et la demande. La partie qui sur laquelle tombe le poids des cotisations est celle qui ne peut dire à l’autre : « si tu ne les prends pas à ta charge, je m’en vais ». Que les salariés décident de démissionner s’ils n’obtiennent une augmentation de salaire pour compenser la hausse des charges, et les employeurs devront prendre à leur charge des cotisations dîtes salariales. Que les employeurs réduisent leur demande de travailleurs en réaction à une hausse des charges dîtes patronales, et le salaire net de l’économie baissera (ou ralentira) de sorte que le coût en sera en définitif porté par les salariés.

En somme, l’Etat décide de la somme des taux, et les mécanismes décrits plus haut se chargent de la répartition réelle de l’impôt, de ce que les économistes appellent « l’incidence fiscale ». Le taux administratif ne fait que créer une ligne comptable, le salaire brut, qui n’intéresse ni l’entreprise (ce n’est pas ce qu’elle paye) ni le salarié (ce n’est pas ce qu’il reçoit).

Evidemment, cette illusion existe depuis plus d’un demi-siècle et imprègne si bien la société toute entière qu’on n’hésite pas à bâtir des politiques économiques dessus. Leur effet, généralement contenu dans la marge de l’inflation, est limité au temps de renégociation des salaires. Aussi, la première question à se poser est de savoir qui paye les cotisations patronales ? En effet, si ces cotisations sont réellement payées par les salariés, la mesure ne changera, à moyen terme, ni le coût du travail ni le taux de chômage.

Trois intuitions théoriques conduisent à penser que les charges sont essentiellement portées par les salariés. La première est que le coût du travail est lié à la productivité au sein d’un marché qui dépasse les frontières nationales. On ne peut faire payer aux entreprises le coût de la santé si elles peuvent s’installer ailleurs. La seconde est que les entreprises sont plus enclines à adapter leur masse salariale au coût du travail que les salariés ne sont sujets à adapter leurs temps de travail aux variations du salaire net. La dernière raison est que le salarié devrait être relativement indifférent à l’existence des cotisations vu que celles-ci lui sont rendues sous la forme de prestations. Bien sûr, cette dernière intuition suppose une Sécurité Sociale relativement efficace.

D’un point de vue empirique, un grand nombre de pays, France comprise, ont connu des variations de taux de cotisations depuis la création des Etats-providence. La plupart du temps à la hausse, mais parfois aussi à la baisse. Un résultat récurrent se dégage des études empiriques sur ces politiques : les variations de cotisations se répercutent sur les salaires nets et non sur le coût du travail, et surtout n’ont en conséquence pas d’effet significatif sur le chômage. Le cas le plus frappant et extrême est sans doute la suppression de la Sécurité Sociale chilienne en 1981. Sur la seule année 1982, les cotisations patronales chutèrent de 8.5% au Chili, sans effet ni sur le taux de chômage ni sur le coût du travail (Gruber, 1997).

Les emplois au SMIC constituent une exception importante à ces raisonnements, dans la mesure où la contrainte légale empêche le marché de s’ajuster librement. Mais dans ce cas faudrait-il concentrer la réduction de charges sur cette partie de la population, voir prendre le problème à la racine en supprimant le salaire minimum. J’ajoute à ce billet que c’est au niveau du SMIC que se concentre le chômage en France, comme le montre ce graphique issue de l’Enquête Emploi 2012 et emprunté à David Thesmar sur son compte twitter (@dthesmar).

Taux de chômage selon le salaire moyen de la CSP - Enquête Emploi 2012

Taux de chômage selon le salaire moyen de la CSP – Enquête Emploi 2012

Gruber, Jonathan, 1997. "The Incidence of Payroll Taxation: Evidence from Chile," Journal of Labor Economics, University of Chicago Press, vol. 15(3), pages S72-101, July.

Stiglitz, Joseph, 1988. Economics of the Public Sector, Second Edition, W W Norton and Company, New York and London, chapter 18 ("Tax incidence") (traduit par l’auteur)

La Commission Européenne s’inquiète des excédents commerciaux allemands. Et elle a tort pour deux raisons. D’abord, cela ne la regarde pas. Et par ailleurs, elle a tort sur le fond.

Un bref rappel de ce qu’est la balance commerciale et de ce que signifie un excédent ou un déficit est sur ce sujet toujours important. L’essentiel du débat tourne toujours sur cette idée de compétitivité qui plaît tant aux hommes politiques et qui séduit l’esprit de l’honnête homme lecteur des journaux. Mais les balances commerciales répondent à des réalités beaucoup plus simples qui relèvent de contraintes physiques élémentaires.

Une nation a une balance commerciale positive quand elle envoie davantage de richesses à l’étranger qu’elle n’en fait venir. La contrepartie comptable, et physique, est qu’elle utilise moins de ressources qu’elle n’en produit. Cette production qu’elle n’utilise pas elle-même… passe la frontière, et est prêtée au voisin. En bref, cette nation épargne, prête de la richesse. Le cas inverse est celui d’une nation qui utilise davantage de ressources qu’elle n’en produit. Pour ce faire, elle est contrainte physiquement de faire venir ses ressources d’ailleurs : elle les emprunte.

Dans tout ceci, il n’y a pas vraiment de théorie économique, juste des implications physiques élémentaires qui s’observent dans la comptabilité nationale. Ce qui est important de comprendre, c’est qu’une balance commerciale positive est signe d’une économie qui prête à l’étranger. Une balance commerciale négative, c’est l’inverse. D’ailleurs, il n’y a en soi aucun mal à avoir une balance commerciale positive ou négative, de même qu’il n’y a aucun mal en soi à prêter de l’argent ou à en emprunter. Cela dépend respectivement d’à qui on prête l’argent ou de comment on utilise l’argent emprunté.

Il se trouve que les allemands sont prêteurs. Ce n’est pas une décision de l’Allemagne, mais plutôt l’agrégation du comportement des ménages allemands qui épargnent. Chercher à corriger ce phénomène est une prétention totalitaire. D’ailleurs, d’un autre côté, si l’allemand est prêteur, c’est bien qu’ailleurs, quelqu’un est emprunteur. Voilà pour ma rapide opinion sur le vœu d’un organisme politique de s’immiscer dans les décisions financières des citoyens.

D’un point de vue économique, il faudrait s’interroger sur la raison fondamentale qui pousse un pays à être un prêteur net ou au contraire un emprunteur net. La théorie du cycle de vie est ici utile.

Au début des années 1950, Franco Modigliani avait décrit simplement le comportement financier d’un individu au cours de sa vie.

  1. Jeune actif, il emprunte car il a des besoins de financement importants (maison, éducation…) mais n’a pas encore pu accumuler l’épargne nécessaire. Cet emprunt est possible dans la mesure où ses revenus salariaux futurs permettront de le rembourser.
  2. Dans la seconde partie de sa vie active, notre individu devient prêteur net. Il rembourse ses dettes et constitue le capital qui lui permettra de maintenir son niveau de vie lorsqu’il s’arrêtera de travailler.
  3. Enfin, à la retraite, notre individu recommence à consommer davantage qu’il ne gagne : il consomme son capital.

Autrement dit, il est normal qu’un pays dont une proportion énorme de la population prépare sa retraite se retrouve avec une balance commerciale positive. Les allemands produisent pour le monde entier, car ils espèrent que le monde entier produira pour eux quand une grande partie d’entre eux deviendra dépendante. Cette épargne sert à préparer le financement d’une balance commerciale qui deviendra négative. Le Japon a suivi exactement la même trajectoire. Des excédents colossaux, et aujourd’hui un déficit.

Cette attitude prévoyante est extrêmement saine. Et dans la mesure où une énorme proportion des européens s’apprête à prendre leur retraite, l’Europe entière devrait avoir une balance commerciale positive. C’est d’ailleurs le cas si on considère l’Union Européenne dans son ensemble.

Ce dont la Commission devrait s’inquiéter, c’est des peuples qui vivent à crédit vis-à-vis de l’extérieur alors même qu’une grande partie de leur population va devenir improductive. Le reste du monde ne devra rien aux retraités français, et c’est donc les jeunes qu’il faudra ponctionner pour les entretenir ! Je sais, je radote…

Comme la question de l’immigration est sur le devant de la scène depuis quelques jours, je publie ce billet que j’ai réécrit une dizaine de fois, sans en être jamais satisfait, et que je rechigne à publier car je m’y censure largement, et volontairement. Non que je craigne les conséquences pour moi-même (quoique) de ce que je pourrais écrire, mais simplement parce que je crois que certains aspects du débat deviennent dangereux pour tout le monde lorsqu’ils entrent dans la sphère politique.

Pour conserver un regard froid sur le sujet, je me limiterai à son aspect financier. L’immigration coûte-t-elle de l’argent aux contribuables, ou au contraire en rapporte-t-elle ? Ce problème étant politiquement très clivant, il entraîne des débats récurrents et des études contradictoires reposant pour la plupart sur des sophismes. Les statistiques internationales compilées par l’OCDE dans son dernier rapport sur le sujet permettent de faire le point sur la question.

Le sophisme de la comptabilité instantanée

Il est d’abord nécessaire de dénoncer les raisonnements et études sophistiques portant sur le sujet.

La manipulation la plus fréquente opérée par les économistes et comptables cherchant à montrer les bienfaits de l’immigration consiste à identifier les ménages immigrés et à faire la différence entre les prestations qu’ils reçoivent et les cotisations qu’ils versent. Si ce solde est négatif, l’immigration rapporterait davantage qu’elle ne coûte.

A ce jeu, il est facile de calculer que l’immigration rapporte de l’argent. Il suffit de constater que la part des immigrés dans les actifs est plus importante que dans les retraités. A l’évidence un immigré de trente ans ne coûte rien au système des retraites, et peu à l’assurance maladie… aujourd’hui. Si on appliquait cette méthode à la finance, on aboutirait à la conclusion qu’il faut toujours s’endetter davantage, vu que le différemment du remboursement aboutit à simplement l’ignorer dans une analyse « en instantané ».

Par cette stratégie, Xavier Chojnicki (Lille 2) trouve que les cotisations nettes des prestations d’un immigré étaient de 2 250€ en moyenne (2011). Cette « étude » est régulièrement citée dans la presse ou sur les plateaux télé pour justifier que l’immigration représenterait un gain pour la collectivité. Pourtant, une fois l’ensemble du cycle de vie pris en compte, le même auteur aboutit à une perte de 8 700€ par immigré. Olivier Monso (2008) dans une analyse comprenant aussi l’ensemble du cycle de vie aboutissait à une contribution négative semblable de 7 400€.

Seul le raisonnement intégrant l’ensemble du cycle de vie est économiquement valide, mais le raisonnement en comptabilité instantanée a au moins le mérite d’apporter une nuance utile dans l’appréciation des comptes actuels de l’Etat. L’immigration, causera peut-être d’importants déficits futurs, mais d’après les chiffres de X. Chojnicki, elle n’est pas responsable des déficits actuels, au contraire…

Il est aussi notable que, même en admettant ces chiffres négatifs, les ordres de grandeurs restent relativement faibles. Un million d’immigrés représenterait un coût, sur l’ensemble de leur vie, d’environ 7 à 9 milliards d’euros, c’est-à-dire équivalent à seulement deux années de subventions à l’audiovisuel d’Etat.

Pour l’OCDE, l’immigration serait déjà un coût

Cependant, même en adoptant la démarche de la comptabilité instantanée, l’OCDE conclut quant à elle que l’immigration représente déjà un coût pour la France, en désaccord avec les chiffres de l’étude de Chojnicki. D’après l’OCDE, les ménages immigrés auraient déjà en France une contribution fiscale nette négative de 1 450€, contrairement à la plupart des autres économies développées. Cette particularité de la France vient du fait que l’immigration française est en moyenne plus ancienne que dans les autres pays. Une plus grande proportion de ces ménages se trouve donc dans les tranches d’âge coûteuses.

Le décalage temporel au cœur du problème

Comme je l’ai expliqué, le défaut central de l’analyse comptable « naïve » (instantanée) de l’immigration est qu’elle semble ignorer que les cotisations actuelles des immigrés – qu’elle comptabilise – crée des créances futures (retraites, maladies…) – qu’elle ne comptabilise pas.

Pour corriger en partie ce biais, on peut en particulier exclure de l’analyse le système de retraites (cotisations et pensions), qui y est particulièrement sensible. Dans ce cas, les chiffres de l’OCDE montrent que les ménages immigrés reçoivent légèrement plus de prestations que les ménages natifs, et surtout payent nettement moins de cotisations. En tout, le solde des prestations et des cotisations (hors retraite) est de 4 000€ plus favorable pour le ménage étranger que pour le ménage natif. En faisant l’hypothèse grossière qu’un ménage natif a un solde moyen [prestations-cotisations] égal à zéro (équilibre financier parmi les natifs), cela signifie qu’un ménage immigré coûte en moyenne 4 000€ par an (hors retraites) à la collectivité.

Si on prend l’ensemble du cycle de vie en compte, et qu’on fait une analyse rétrospective des contributions fiscales et des services reçus, le solde devient logiquement particulièrement sensible à l’âge d’arrivée dans le pays. D’après les économistes de l’OCDE, pour les ménages dont le chef de famille a moins de 40 ans l’année de son arrivée, ce solde est positif et devient négatif quand il a plus de 40 ans à son arrivée.

Mais à nouveau, il convient d’être prudent dans l’analyse. Ce solde est la différence au cours de la vie entre l’ensemble des contributions fiscales et des prestations reçues à titre individuel (prestations sociales, aides, dépenses d’éducation) mais ne prend pas en compte les dépenses collectives (routes, défense, justice, police, et tous les dépenses de l’étatisme contemporain).

Réintégrer ces dépenses dans l’analyse serait extrêmement compliqué, et pas toujours justifié pour les dépenses qui ne sont pas proportionnelles à la taille de la population (par exemple le traitement de la dette). Cependant l’OCDE offre de comparer les natifs aux immigrés, ce qui permet de se faire une idée de la correction éventuelle à apporter.

Ainsi, d’après l’OCDE, un ménage immigré paierait, entre 25 ans (âge du chef de famille) et la fin de sa vie, 60 000€ de plus en impôts et cotisations qu’il ne recevra au titre des prestations individuelles. Mais ce chiffre est de 140 000€ pour un natif ! Une manière d’interpréter cette valeur, est que lorsqu’un ménage natif dont le chef de famille a 25 ans quitte la France et est remplacé par un homologue immigré, l’Etat devrait provisionner 80 000€ de pertes nettes. Et bien davantage si on suppose que le français moyen n’est pas représentatif du français qui décide d’émigrer.

La cavalerie comme solution

Comme je l’ai expliqué, si la France est déjà dans le rouge selon l’OCDE, c’est à cause de l’ancienneté moyenne de son immigration. D’après les chiffres de l’OCDE, si elle avait accueilli davantage d’immigrés sa situation budgétaire de long terme serait davantage dégradée, mais sa situation budgétaire présente serait peut-être meilleure, car l’immigré moyen serait plus jeune.

Et sur ce point, l’étude de Xavier Chojnicki dérape totalement en proposant de résoudre le problème par une cavalerie (définition). Imaginons qu’un immigré rapporte 10€ en période 1 et coûte 20€ en période 2. En moyenne la perte est de 10€ par immigré sur le cycle de vie. Cependant, si à chaque période vous doublez le nombre de nouveaux immigrés, le coût total de l’immigration ne se manifestera jamais. En effet, en période 2, votre vieil immigré coûte 20€, mais deux jeunes immigrés vous rapportent 10€ chacun, soit 20€ en tout. Le solde est donc nul. En période 3, vous aurez 2 vieux immigrés, coûtant 40€, et 4 jeunes immigrés cotisants 40€. Solde nul à nouveau, et ainsi de suite…

Ce qui permet à X. Chojnicki d’affirmer à la fois que la moyenne est négative et que le total est quant à lui positif : « Pour autant, l’impact global de l’immigration sur les finances publiques est légèrement positif dans le long terme du fait de l’apport perpétuel d’individus d’âge actif… ». En même temps, on ne peut pas lui en vouloir, toute la Sécurité Sociale fonctionne en cavalerie, ignorant qu’il s’agit d’un mécanisme mathématiquement divergent et donc insoutenable.

Les natifs enfants d’immigrés

Pour être exhaustif, Chojnicki, pour rééquilibrer vers le positif son calcul d’une contribution moyenne négative de 8 700€ sur l’ensemble d’une vie, n’utilise pas seulement la cavalerie mais ajoute aussi la contribution des enfants d’immigrés. Et ce bien qu’il n’apporte aucune donnée sur le sujet.

Il est évident que les secondes générations et les suivantes ne devraient pas être négligées dans les études du coût ou des bénéfices de l’immigration, qui se limitent en général aux « immigrés », c’est-à-dire aux premières générations.

Or les quelques données disponibles sur les « secondes générations » appellent le plus grand pessimisme. D’après Y. Algan (Sciences Po), C. Dustmann (University College London), A. Glitz (Barcelona GSE) et A. Manning (London School of Economics), les secondes générations dont les parents étaient issus du tiers monde sont en France bien plus mal loties que leurs parents (Algan et al., 2010). Les secondes générations du Maghreb auraient un taux d’emploi de 56,3% chez les hommes (vs. 66,3% pour les enfants de natifs) et 47,7% chez les femmes (vs. 58,9%). Ces taux seraient de 32,9% et 21,2% pour les fils et filles d’immigrés du reste de l’Afrique.

Au contraire, les enfants d’immigrés d’Europe du Sud affichent des taux d’emplois non seulement supérieurs à ceux de leurs parents, mais aussi supérieurs aux enfants de natifs : 71,5% pour les fils, 66,7% pour les filles.

L’étude d’Algan et al. est une comparaison entre pays européens, qui tend au regard des performances du Royaume-Uni et de l’Allemagne, à attribuer les échecs de nos secondes générations au moins autant à la France qu’aux immigrés. Au Royaume-Uni, les fils d’immigrés d’Afrique Noire ont un taux d’emploi de 60,6% contre 32,9% en France.

L’hétérogénéité de l’immigration

A l’évidence, l’analyse de l’immigration néglige de s’interroger sur qui sont les immigrés. Ce que montre l’OCDE, c’est que l’âge de leur arrivée est un facteur important dans le calcul de ce qu’ils « coûtent » ou « rapportent » au pays qui les accueille. Mais l’âge n’est pas le seul critère, l’étude d’Algan et al. montre que le pays d’origine est extrêmement déterminant aussi. D’autres qualités particulièrement importantes mais non observables sont décisives, en particulier ce qui motive les immigrés. Il est évident qu’un immigré attiré par des opportunités de travail ou d’investissement meilleures chez nous sera probablement plus rentable que son homologue mû par les promesses de la Sécurité Sociale.

L’immigration peut être une chance, ou un fardeau

L’argument du Front National est que le surplus d’immigration vient prendre les emplois des natifs, comme si l’emploi était une donnée fixe qu’il faudrait partager. La gauche semble incapable de répondre sur le fond à cet argument, dans la mesure où elle adhère au même raisonnement fondamental : la logique des 35 heures étant semblable. Les syndicats contribuent à ce sophisme lorsqu’ils expliquent que reporter l’âge de la retraite n’a pas de sens en l’absence d’emplois, et que les personnes âgées devraient laisser la place aux jeunes. Des commentateurs sérieux allant du très libéral The Economist (lien) au très progressiste Paul Krugman (lien) démontent régulièrement ce sophisme, en vain.

Or, pour faire simple, ce qui crée de l’emploi, c’est la hausse de la productivité ou la baisse du coût du travail. Ce qui crée du chômage, c’est la baisse de la productivité ou la hausse du coût du travail.

Lorsqu’un immigré entre en France pour travailler, il vient partager avec les natifs le poids du système social et de la dette, et donc réduit les cotisations et taxes prélevées sur chacun. Cela réduit le coût du travail et encourage l’emploi.  Si on s’en tient à la logique économique (qui est réductrice), il faudrait accueillir le plus possible de ces gens.

Inversement, un immigré entrant en France et présentant un coût net pour le système social crée du chômage, car ce coût se répercute sur l’imposition de l’activité économique et en particulier le coût du travail. Il vaudrait mieux pour la collectivité des natifs que ces gens restent chez eux.

Mais suivant cette logique, il faudrait aussi expulser des centaines de milliers de français natifs : fonctionnaires oisifs, intermittents du spectacle et l’ensemble des personnes ayant une contribution sociale nette particulièrement négative et n’ayant davantage de droits que la jeune Leonarda que de la seule chance d’être nés en un endroit plutôt qu’un autre.

Dans ce système absurde, il faudrait s’inquiéter au moins autant de l’émigration des plus créatifs et productifs d’entre nous, qui ayant une contribution sociale nette excessivement positive, choisissent de s’expulser eux-mêmes.

Références

  • Yann Algan, Christian Dustmann, Albrecht Glitz & Alan Manning, 2010. "The Economic Situation of First and Second-Generation Immigrants in France, Germany and the United Kingdom," Economic Journal, Royal Economic Society, vol. 120(542), pages F4-F30, 02. (lien)
  • Xavier Chojnicki, « Impact budgétaire de l’immigration en France », Revue Economique, 62(3), 2011 (lien)
  • Olivier Monso,  « L’immigration a-t-elle un effet sur les finances publiques ? », Revue française d’économie, vol. 23, n°2, pp. 3-56, 2008. (lien)
  • OECD, International Migration Outlook 2013 (lien)

La part du débat public qui trouble le plus ma conscience d’économiste n’est pas celle contenant ces sujets sur lesquels les hommes politiques, les journalistes ou les enseignants racontent n’importe quoi. Certes, cela me rend souvent nerveux. Cependant, beaucoup plus troublant pour moi est le temps qu’occupent dans le débat politique des sujets qui n’ont strictement aucune existence concrète.

Par exemple, au collège comme au lycée, nos professeurs d’histoire nous apprennent qu’en 1936, le Front Populaire a mis en place les premiers congés payés. Evidemment, le jeune public trouve l’innovation extraordinaire : être payé à bronzer sur la plage, qui pourrait s’en plaindre ?

Mais la chose a-t-elle vraiment un sens ? Imaginons que demain, le Parlement vote une loi qui décrète que, désormais, les consommateurs ne paieront que la chaussure gauche, et que les commerçants devront leur offrir la chaussure droite pour toute chaussure gauche achetée. Y verrions-nous une grande avancée du combat pédestre, ou une loi absurde par laquelle la chaussure gauche coûterait le prix d’une paire de sorte que la droite puisse être offerte ?

Mon histoire de chaussure est totalement similaire à celle des congés payés. Les 25 jours de congés modifient l’offre et la demande de travail de sorte que les salaires sont diminués de la même manière que si la loi prévoyait 25 jours de congés obligatoires non-payés. En 1936, la nuance « obligatoires »/« payés » avait temporairement du sens car le patronat n’était pas en situation de répercuter immédiatement les jours de travail perdus dans les salaires, mais une telle nuance ne peut survivre à moyen terme.

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Ce billet estime la valeur financière de la réforme des retraites annoncée par le gouvernement. Pour un jeune entrant sur le marché du travail en 2014, la perte a une valeur présente de 33 000€.

Tant pis pour le chômage, le gouvernement a fait le choix d’une poursuite de la stratégie de la gestion des retraites par le matraquage fiscal du travail et par la cavalerie : accroître les sommes investies par les jeunes pour rembourser les promesses faites à leurs grands-parents.

Un des grands avantages du système par capitalisation, c’est sa grande transparence. Au moindre changement dans les perspectives futures de l’économie, les marchés boursiers réagissent et la valeur des sommes provisionnées pour la retraite capitalisée est réévaluée par le marché. Cette transparence joue contre la capitalisation, car elle donne l’impression d’une très forte instabilité. Au contraire, comme personne ne s’amuse à calculer la variation de valeur des retraites par répartition, personne ne réalise leur volatilité.

D’où ce petit billet, dont l’objet est d’estimer combien un jeune de 20 ans a perdu dans la mini-réformette des retraites que le gouvernement nous a annoncée. Concrètement, le gouvernement propose d’augmenter progressivement les cotisations sociales de 0.6 point et d’allonger la durée de cotisation à 43 ans. Cela induit une perte totale de 73 000€ pour un jeune « moyen » entrant sur le marché du travail en 2014, répartie au cours des 43 prochaines années. La valeur financière actuelle de cette perte est d’environ 33 000€.

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La Sécurité Sociale n’a d’assurance que le nom. Son mode de fonctionnement ignorant largement le profil de risque de l’assuré dans le calcul de sa cotisation, elle constitue principalement un mécanisme de transfert de richesses entre citoyens. C’est la raison pour laquelle sa survie dépend de son caractère monopolistique et obligatoire.

Dans un article précédent, je vous avais produit le graphique ci-dessous. Il montrait que depuis 1980, des 12 000€ d’augmentation (net d’inflation) du prix d’un salarié moyen pour les entreprises, seuls 4 000€ avaient été récupérés sur les salaires nets. Mon interprétation de ce graphique était que l’essentiel des gains de productivité des trente dernières années avaient été avalés par la collectivisation. J’ai été un peu surpris de la naïveté de certaines réactions.

Salaires1

Il y a eu deux types d’objections à mon analyse. D’abord, que, contrairement à ce que je sous-entendais, la chose n’était pas la responsabilité du socialisme, vu qu’elle concernait aussi les gouvernements de droite. Sans doute existe-t-il des nuances dans le socialisme, mais l’essentiel de la droite française est socialiste, sa partie la plus libérale étant, à mon avis, le centre.

L’autre objection est que cet argent que nous prend l’Etat d’une main, il nous le rend d’une autre. Certes, il ne le garde pas dans ses poches, sans quoi il serait capitalisé au lieu d’être en faillite. Mais penser que l’argent que vous donnez vous revient d’une autre manière est d’une grande candeur. Économiquement, cela n’a pas beaucoup de sens de menacer les gens de prison s’ils refusent de se donner de l’argent à eux-mêmes. Mais surtout, il est évident que la raison même du système est que les gens qui payent ne soient pas ceux qui reçoivent. L’objet de ce billet est de vous en convaincre.

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Entre 1980 et 2010, le prix payé par les entreprises pour un salarié français « moyen » a crû de 12 000€, net de l’inflation. Cependant seuls 4 000€ sont arrivés dans les poches des travailleurs. Le reste a été capté par l’Etat. 

La France gravira-t-elle le podium des pays les plus collectivistes du monde l’an prochain ? L’an dernier, le classement des taux de prélèvements obligatoires la plaçait à la 6ème place mondiale, à quelques encablures de Cuba. Et encore heureux que la France maintienne son exception culturelle dans ce monde vilainement capitaliste.

Car s’il fallait compter sur le capitalisme pour faire vivre les travailleurs et les travailleuses, nous serions bien mal partis. Pensez qu’en trois décennies, le salaire net moyen n’a crû, après correction de l’inflation, que d’à peine 4 000€ (euros de 2012 dans tout l’article). Et ce alors qu’il avait crû de 14 000€ entre 1950 et 1980.

A en croire les socialistes, on aurait là la preuve que le capitalisme exploite le travail en refusant de le payer à sa juste valeur. Une histoire qui ne tient pas la route lorsqu’on analyse sérieusement les chiffres.

A l’aide des données historiques du salaire net moyen de l’INSEE (source) et de l’historique des barèmes des prélèvements sociaux fourni par l’Institut des Politiques Publiques (source), j’ai reconstitué l’historique de trois séries. Salaire net, charges patronales et charges salariales pour un salarié moyen. Heureusement que la fiscalité française est relativement simple, permettant à un doctorant en finance de faire ce travail en moins de 5 heures.

Le graphique qui suit présente l’évolution historique de ce que paye une entreprise pour embaucher un salarié français moyen, et de ce que le salarié reçoit effectivement comme salaire annuel net. Le graphique laisse apparaître une forte inflexion dans le rythme d’augmentation du salaire net à partir de la fin des années 1970. L’essentiel de l’inflexion est dû à la fin du rattrapage du niveau de productivité américain. Cependant, il est aussi frappant que le ralentissement de la hausse du salaire net moyen a été beaucoup plus fort que celui de la hausse de ce que payent les employeurs. Autrement dit, le marché a continué à valoriser le travail de plus en plus, ce qui ne s’est pas vraiment ressenti dans les salaires.

Salaires1

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Si la jeunesse s’attend à un départ à la retraite à 70 ans, et en conservant les paramètres actuels du régime général, le rendement qu’elle peut attendre de son investissement est nul. En particulier, la pension que recevra un homme sera deux fois moindre que la rente qu’il aurait obtenue en prêtant ses cotisations à l’Etat.

Un sondage récent mené par l’Ifop montre que 48% des jeunes de moins de 25 ans s’attendent à partir à la retraite après 70 ans. Est-ce crédible, et quelles sont les conséquences financières ?

Commençons par un petit rappel comptable. Les recettes du système par répartition sont égales à la cotisation moyenne par salarié multipliée par le nombre de salariés. Les dépenses sont égales à la pension moyenne multipliée par le nombre de retraités. Soit, à l’équilibre :

Cotisation moyenne x Actifs Occupés = Pension moyenne x Retraités

On peut blablater longtemps sur l’équité, mais la vérité comptable est aussi basique. Seules trois variables peuvent rééquilibrer un système en déficit :

  • L’âge de la retraite, qui ajuste le nombre d’actifs et de retraités
  • Le niveau des pensions
  • Le niveau des cotisations

L’hypothèse du départ à 70 ans

Si on suppose qu’on ne touche pas aux cotisations et aux pensions, l’hypothèse d’un départ à la retraite à 70 ans pour un jeune ayant actuellement 25 ans est-elle réaliste ? Pour répondre à cette question, il suffit de se demander si une retraite à 70 ans est nécessaire pour assurer un rapport actifs/retraités de 2060 égal à celui de 2013.

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Une fois n’est pas coutume, le Parti Socialiste a trouvé aux Etats-Unis quelque chose qui l’inspire. Un Américain vivant à l’étranger doit à son pays d’origine le différentiel d’impôt avec le pays d’accueil.

Le concept fait rêver les socialistes, qui chiffrent à des dizaines de milliards le manque à gagner fiscal de l’émigration. A mon avis, leur estimation comptable est en réalité loin du compte, vu les retombées économiques immenses du fait qu’un grand nombre de nos têtes bien faîtes fuient à l’étranger. Mais ils prennent le problème essentiellement à l’envers, tant ils observent le monde à travers le filtre du fisc. La perte ne vient pas du fait que l’émigration des élites économiques réduit les recettes fiscales, mais du fait que la fiscalité, entre autre chose, fait perdre à la France des ressources humaines à forte valeur économique. 200 000 français vivraient aux Etats-Unis, contre 30 000 américains en France. Une dysmétrie qui devrait inquiéter.

Mais revenons à l’argument tacite de l’exemple américain. Si les Etats-Unis le font, c’est que l’idée n’est pas une vilaine chasse communiste. Mais l’analogie aux Etats-Unis est grotesque, car l’impôt revêt des deux côtés de l’Atlantique de réalités totalement différentes. Le taux de prélèvement obligatoire est  de 27% aux Etats-Unis, contre 45% en France. Certes, le problème est ici un peu plus complexe que le montant agrégé des recettes de l’Etat, mais c’est un bon proxy des différentiels d’imposition.

Pour visualiser la différence, je vous propose deux cartes. Chacune représente les pays dans lesquels le taux de prélèvement obligatoire est supérieur à la France (ou aux Etats-Unis) sont en rouge, et les autres en  vert. Ainsi le citoyen américain peut visiter l’essentiel du monde développé sans se trouver en un lieu fiscalement avantageux relativement à sa patrie. A contrario, une main suffit pour compter les cinq pays ayant un taux de prélèvement obligatoire supérieur à celui de la France.

USAFranceSource : Heritage Foundation, 2012

Les projections de déficits du Conseil d’Orientation des Retraites reposent sur des hypothèses dont les plus pessimistes sont au-dessus de l’historique des vingt dernières années. A l’horizon 2030, ces hypothèses fantaisistes négligent des dizaines de milliards de déficit.

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