Archives For Economie Générale

Les médias ne donnent que trop rarement la parole aux économistes réellement réputés. Paul Krugman et Joseph Stiglitz, deux keynésiens, sont les seuls à y échapper.

Les lecteurs de mon blog constituent très probablement une audience « éclairée » qui lit aussi les journaux de référence et regardent des émissions télévisées un peu plus sophistiquées que le journal du soir. Et peut-être lisent-ils aussi d’autres très bons blogs d’économie qu’on trouve sur internet.

Peut-être ont-ils remarqué qu’un blog comme le mien défend des idées ou présentent des données qui sont rarement évoquées dans la presse traditionnelle. On pourrait s’entendre sur le fait que les blogs constituent un complément aux médias dominants. Qu’ils ont une vocation alternative.

Ce serait vrai dans un monde idéal où les journaux proposeraient une synthèse correcte des problématiques économiques, marginalement complétée par des médias alternatifs. Mais c’est totalement faux. Parfois, mes interlocuteurs me parlent des déclarations de tel ou tel économiste dont je n’ai jamais entendu parler. Pour tout vous dire, je lis rarement les journaux, et regarde encore plus rarement la télévision. Mais il me suffit de regarder sur Wikipédia pour découvrir que François Lenglet, éminent économiste des médias, est diplômé en lettres modernes, ou de constater que tel ou tel prétendu économiste travaille chez Natixis pour m’en amuser.

La France ne manque certainement pas d’économistes renommés, mais ils ne passent jamais à la télévision. Sans doute certains préfèrent-ils rester dans leur tour d’ivoire. D’autres enseignent aux Etats-Unis. Mais ce ne sont pas des explications suffisantes. Maurice Allais, dont je ne partage pas les opinions mais qui n’était rien de moins que prix Nobel d’économie, en avait apporté un témoignage révoltant peu avant sa disparition.

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Selon les hypothèses très optimistes du Conseil d’orientation des retraites, le déséquilibre des retraites aboutira, à lui seul, à une hausse du ratio Dette publique/PIB de plus de 100 points. La correction de ce déséquilibre par le seul report de l’âge de la retraite la repousserait à plus de 70 ans.

Dans mon dernier billet, je vous présentais des projections délirantes sur les déséquilibres futurs de l’Assurance Maladie. Aujourd’hui, deux graphiques sur la partie retraite de la Sécurité Sociale. A nouveau, je me base sur les projections réalisées par les administrations publiques en charge de la question, ici le Conseil d’orientation des retraites (COR).

Le COR propose des projections de déficit du système de retraite par années, pour 2015, 2020, 2030, 2040 et 2050. Il envisage trois scénarios différents :

  • Dans le Scénario A, la France retrouve le plein-emploi (chômage à 4,5%) aux alentours de 2020, et la productivité du travail par tête s’accroit de 1,8% par an. C’est le rêve.
  • Le Scénario B prévoit lui aussi le retour au plein-emploi aux alentours de 2020, mais la croissance de la productivité du travail par tête se limite à 1,5%.
  • Enfin, dans le Scénario C, le chômage converge vers les 7% mais la croissance de la productivité du travail reste égale à 1,5%. C’est le pire scénario envisagé.

Personnellement, je trouve l’hypothèse d’un chômage à 7% en 2020, le scénario pessimiste du COR, assez optimiste. Le chômage n’a jamais été en-dessous des 7% depuis 1982 (source). Mais je vous laisse vous faire votre idée.

Dans le graphique suivant, pour chaque scénario, je n’ai fait que reprendre les prévisions de déficit pour 2015, 2020, 2030, 2040 et 2050 et j’ai tiré des droites pour extrapoler les déficits annuels intermédiaires. D’après les estimations du Conseil, en 2020, le système de retraite aura un besoin de financement (déficit) d’entre 40 et 50 milliards d’euros (de 2008, donc hors inflation). Rien que ça !

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Dans un billet précédent, je citais des estimations de la BCE montrant qu’avant la crise, la dette implicite des gouvernements de la zone euro, rapportée au PIB, était trois fois supérieure à celle des Etats-Unis. Parmi les commentaires, se trouvait la référence au fiscal gap, c’est-à-dire à la valeur des écarts futurs entre dépenses et recettes du gouvernement. Ces deux statistiques sont assez différentes :

  • La dette implicite représente des engagements tacites de l’Etat dérivant de dépenses qui ont déjà eu lieu. Par exemple, les droits à la retraite que vous estimez dériver des cotisations que vous avez déjà payées.
  • Le fiscal gap représente la valeur présente de la différence entre la projection des revenus de l’Etat et de ses dépenses à long terme. Ce n’est pas à proprement parler de la dette, car la dépense n’a pas encore été effectuée.

La grande différence, c’est que le fiscal gap est une mesure prévoyante, les déficits anticipés peuvent être évités par une réforme adéquate. En revanche, le non remboursement de la dette implicite n’est possible qu’en cas de défaut sur les engagements tacites pris par l’Etat : réduction du montant des retraites promises, par exemple. La dette implicite vient de déséquilibres des budgets historiques qui n’ont pas été enregistrés par la comptabilité explicite. Le fiscal gap est un déséquilibre des budgets prospectifs. Pour prendre une métaphore médicale, la dette implicite est un mal à guérir, le fiscal gap est un mal à prévenir.

En fait, le fiscal gap est intéressant car il mesure la pérennité du statu quo, c’est-à-dire la capacité financière de l’Etat à maintenir la composition actuelle de ses dépenses et revenus. Et d’une certaine manière, il englobe la prise en charge de la dette implicite.

Le graphique suivant fournit des estimations récentes du fiscal gap pour les pays de l’OCDE. Une bonne manière de le lire, serait :

« Sans effort sur les dépenses, les Etats-Unis devraient immédiatement augmenter leur taux d’imposition de 9,5 points de pourcentage du PIB, s’ils souhaitent que leurs engagements financiers en 2050 soient inférieurs à 50% du PIB »

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François Hollande avait promis durant la campagne une réduction du prix de l’essence, ce à quoi notre ancien président avait répondu que l’essence était un prix mondial et qu’une telle promesse était démagogique. Qui avait raison ?

Un fait est certain, le prix de l’essence n’est pas un prix mondial. Entre le Venezuela et la Norvège, deux pays producteurs, il varie d’un peu moins de 10 cents à plus de 10 dollars, soit du simple au centuple. La France se situe clairement dans les prix les plus hauts avec d’autres pays européens, et au double des prix pratiqués aux Etats-Unis, zone la plus directement comparable. De ce point de vue, M. Sarkozy semblait avoir tort.

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L’histoire de la construction américaine montre que la mutualisation des dettes incite au laxisme budgétaire.

Les commentateurs à courte vue voient dans la crise de la dette publique l’échec fatal du projet européen d’une union dont les Etats-Unis seraient la référence idéale. C’est méconnaitre l’histoire tumultueuse de cette nation. Violemment chahutée par la question raciale, l’unification douloureuse des Etats-Unis s’est aussi confronté à la question de la défaillance des comptes publics.

Une courte histoire de la dette publique aux premières heures de la République américaine vous laissera juge des similitudes et des différences avec la situation européenne, ainsi que des enseignements que nous pourrions ou non en tirer.

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La ministre de la Justice, Christiane Taubira, s’est prononcée en faveur des class actions aujourd’hui. Une class action est une poursuite juridique initiée collectivement par un grand nombre de personnes auxquelles peuvent se joindre d’autres victimes éventuelles, souvent des consommateurs, contre un individu ou plus généralement une entreprise. Elles permettent de porter devant les tribunaux des litiges qui semblent petits pour un consommateur individuel, mais peuvent être immenses une fois la collectivité prise dans son ensemble.

La réaction la plus immédiate serait de penser qu’une telle réforme serait bonne pour les consommateurs et nuisible aux entreprises. En vérité, les class actions sont profitables aux deux parties. Je me propose de vous le montrer en prenant l’exemple des problèmes de qualités.

Quand les mauvais produits chassent les bons

En économie, on parle d’asymétrie d’information lorsque les acheteurs et les vendeurs ne disposent pas de la même connaissance du produit vendu. Ces asymétries sont un enjeu saillant des class actions. En effet vous ne poursuivrez a priori que des entreprises vous ayant vendu des produits défectueux à votre insu.

La théorie économique prévoit que ces asymétries nuisent bien entendu aux acheteurs, mais paradoxalement aussi à l’essentiel des vendeurs. L’analyse de ce phénomène a été proposée en 1970 par George Akerlof dans une étude sur le marché des voitures d’occasion en 1970*. Explication schématique…

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Lecture du graphique :

A l’aube de la crise financière,

  • Après correction du taux d’emploi et de la taille du secteur public, la part de la population active grecque déclarant avoir un emploi privé (“travail imposable”) en Grèce représentait 79% de cette part en Allemagne.
  • Puis, après considération de la différence d’imposition des revenus, les recettes fiscales de l’Etat Grec sur le travail représentaient 40% du niveau qu’elles auraient atteint si le taux d’imposition et la répartition de la population active eurent été semblables à ceux de l’Allemagne
  • Si la Grèce avait le même niveau d’imposition et une économie souterraine semblable à celle de l’Allemagne, ce chiffre serait proche des 90%, et ce à niveau d’activité constant.

Dans un jugement rendu le mercredi 30 juin, l’OMC a déclaré que les aides non remboursables perçues par Airbus depuis « 40 ans » étaient illégales, en particulier celles dédiées à l’A380, qualifiées de subventions à l’exportation.

Bizarrement les deux parties au procès, ainsi que leurs gouvernements respectifs, ont estimé que le jugement allait dans leur sens. Cependant, le fait que l’Europe ait annoncé son intention de faire appel laisse penser que le jugement favorise plus les intérêts américains… Sur cette décision tout du moins, car le cas des subventions reçues par Boeing fera l’objet d’une autre décision.

Cette confrontation qui dure depuis la création de l’organisation et est appelée à durer lève une question. Mais pourquoi donc Boeing et Airbus sont-ils à ce point destinés à occuper l’OMC ?

Au-delà des aspects stratégiques, nationalistes et populistes de cette question, je vous propose une analyse plus économique de la question, accompagnée d’un peu de théorie des jeux.

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