Econométrie et causalité : l’assurance chômage provoque-t-elle le chômage ?

9 octobre 2013 — 19 Commentaires

Depuis un petit moment j’ai derrière la tête l’idée de faire un billet qui explique simplement l’immense intérêt de l’économétrie à mes lecteurs. Je ne doute pas que ces certains d’entre eux aient déjà lu sur la toile le texte d’un économiste « autrichien » (je parle ici de l’école dite « autrichienne » d’économie, pas de la nationalité) auto-proclamé leur expliquant que les économistes «  mainstream » n’ont rien compris car ils croient analyser des liens de causalité là où les statistiques n’offrent que des corrélations.

Bref, je cherchais un article d’économétrie relativement simple – très rare – qui établisse un lien de causalité convaincant sur un sujet de fond susceptible d’intéresser le grand public. Et j’ai trouvé le candidat idéal, un article du Journal of Econometrics sur les effets de l’assurance chômage (Lalive, 2008)

La problématique est de savoir si l’assurance chômage crée du chômage. Il se trouve en effet qu’on observe une corrélation entre les paramètres de l’assurance chômage (taux de remplacement du salaire et durée d’indemnisation) et le taux de chômage, que ce soit dans le temps ou dans l’espace. Interpréter cette corrélation est compliquée car au moins trois types d’histoires peuvent l’expliquer.

  1. D’abord, il est possible que ce soit l’assurance chômage qui augmente le taux de chômage. Plus les chômeurs sont indemnisés, moins ils s’empressent de retrouver un emploi. Par ailleurs, plus l’assurance chômage est importante, plus le sont les charges sociales qui la financent. Le coût du travail s’en trouve augmenté, décourageant l’emploi.
  2. Histoire inverse : c’est l’importance du chômage qui créée une demande politique des citoyens pour un système d’assurance plus développé. C’est alors le niveau du chômage qui modifie la manière dont il assuré.
  3. Autre possibilité, c’est une troisième variable non observée qui cause les deux phénomènes. Par exemple une idéologie politique qui implique à la fois une forte indemnisation du chômage, et par ailleurs des dysfonctionnements économiques causant le chômage.

Bref, lorsque A et B sont corrélés (c.a.d. s’observent généralement en même temps), on ne sait pas si c’est A qui cause B, B qui cause A, ou C qui cause à la fois A et B.

En médecine, on prendrait deux groupes de rats identiques, on donnerait un traitement actif au premier groupe, et un traitement placebo au deuxième. Mais en économie, hors de la Corée du Nord, expérimenter est plus compliqué. Cependant, il arrive que tels ou tels politiques ou évènements créent une situation semblable à une expérimentation.

En 1988, l’Autriche a très fortement prolongé la durée des indemnisations chômage. Mais cette réforme n’a concerné qu’une partie des autrichiens. En effet, elle était limitée à une partie du pays, et seulement aux plus de 50 ans. Ainsi, cette réforme a créé à la fois un groupe test et un groupe contrôle.

La carte qui suit montre en bleu les régions d’Autriche qui étaient concernées par la réforme.

unemployment_austria_map

 

Ici, les gens ayant une formation scientifique auront peut-être envie de m’arrêter. Si en médecine, le chercheur avait pris pour son échantillon de contrôle des rats d’un âge différent du groupe testé, son expérience aurait eu bien peu de valeur. Or dans le cas du chômage, il est évident que les plus de 50 ans sont affectés différemment du reste de la population active. Par ailleurs, si le gouvernement autrichien a choisi de n’appliquer sa réforme qu’à certaines régions et pas à d’autres, ce n’est sans doute pas par hasard. Bref, les deux groupes doivent différer au regard du chômage pour des raisons qui n’ont pas de rapport direct avec l’assurance chômage.

Certes. Mais qu’en est-il de la différence entre un autrichien ayant à peine plus de 50 ans et de celui ayant à peine moins. Sont-ils fondamentalement différent ? Qu’en est-il de l’autrichien qui vit à 10 minutes de la frontière de la zone réformée et à l’intérieur vis-à-vis de celui qui vit à 10 minutes de l’autre côté de cette frontière ? Sont-ils fondamentalement différents ?

Leurs principales différences au regard du chômage sont le fait d’être éligibles ou non à l’allongement de la durée d’indemnisation. Et l’analyse de cette discontinuité permet d’établir un lien de causalité impressionnant, montrant l’effet pervers de cet allongement. Pour filer l’analogie médicale, il faut dire que cet allongement constituait un traitement de cheval vu qu’il faisait passer la durée d’indemnisation maximale de 30 à 209 semaines.

Le premier graphique montre la durée moyenne de chômage des hommes par âge après la réforme, dans les régions concernées. On voit clairement une forte discontinuité au seuil d’applicabilité de la réforme. Les personnes étant juste au-dessus de 50 ans restent deux fois plus longtemps au chômage que celles juste en dessous.

unemployment_austria_age

Le second graphique suit la même logique. Il présente la durée du chômage des plus de 50 ans, selon leur distance de la frontière de la zone de traitement : à l’extérieur de la zone à gauche, à l’intérieur à droite. On observe une discontinuité semblable.

unemployment_austria_border

Les deux graphiques qui suivent sont exactement les mêmes que les précédents, mais avant la réforme. La discontinuité y était clairement moins évidente.

unemployment_austria_before

Notons que l’effet final est relativement limité : une semaine d’allongement du chômage pour dix semaines d’allongement des indemnités.

Source : Lalive, Rafael, 2008. "How do extended benefits affect unemployment duration A regression discontinuity approach," Journal of Econometrics, Elsevier, vol. 142(2), pages 785-806, February.

19 responses to Econométrie et causalité : l’assurance chômage provoque-t-elle le chômage ?

  1. 

    Comme quoi l’économétrie arrive avec beaucoup d’efforts et beaucoup d’argent dépensés à redécouvrir de temps en temps le bon sens. Dommage qu’avec le PIB, la croissance et la valeur ajoutée, elle l’ai complètement perdu.

    • 

      Vous confondez l’économétrie et la comptabilité.

      • 

        Tout dépend du sens des mots et je reviens à Confucius qui voulait redonner leur sens aux mots. L’économétrie est pour moi le chiffrage de l’économie et n’a pas plus de sens que le chiffrage du bonheur. La parole ouvre le débat, le chiffre le ferme. L’économétrie peut mépriser la comptabilité. Elle reste dans le chiffre qui ne peut évaluer ni le bonheur ni la richesse, ni l’intelligence. Elle doit apprendre l’humilité et il y a du travail…

  2. 

    J’imagine que vous faites référence aux théories de Ludwig von Mises (et ses successeurs)

    Le problème souligné par Mises concernant l’économétrie possède 2 aspect :
    - D’une part il n’y a pas d’unité de mesure valable universellement pour les rapports sociaux entre les êtres humains, ce qui empêcherait la quantification de l’économie.
    - D’autre part, Mise déclare que comme toute les mesures effectuées ont été faite dans le passé dans un contexte précis, les conclusions qu’on tire de ces mesures ne pourraient s’appliquer a des situations futures, dans des contextes différents (ainsi un phénomène étudié dans les années 50 ne pourrait permettre de tirer des conclusions sur un phénomène similaire en 2010).

    Pour moi ces 2 arguments n’invaliderait pas totalement l’économétrie, mais invaliderait l’économétrie quand elle cherche a conclure des règles générales/universelles voir a prédir l’avenir.

  3. 
    citoyen-de-gauche 9 octobre 2013 à 16 h 26 min

    L’assurance-chômage provoque-t-elle le chômage ?
    Avec un gros point d’interrogation (à la fin).
    Il est très instructif de constater que les blogs libéraux regorgent d’affirmations provocatrices, que leurs auteurs essaient d’atténuer en y ajoutant ce fameux point d’interrogation (politiquement correct).
    Cela prouve que les libéraux n’ont aucune solution aux problèmes de nos sociétés occidentales et se contentent de noyer le débat par de la provocation à peine dissimulée.

  4. 

    Votre exemple est intéressant, et c’est toujours un plaisir de vous lire.
    En résumé, quand la situation s’y prête, l’économétrie permet de vérifier de manière empirique certains postulats économiques. En ce qui concerne le chômage, il semblerait bien que l’homme réagisse aux incitations. J’en déduirai que l’économétrie valide l’hypothèse de rationalité de l’agent économique, au moins dans ce cas précis.
    Par contre, ce que je n’ai pas bien compris, c’est votre point de vue vis à vis de l’école autrichienne. C’est un désaccord ponctuel, ou vous n’êtes pas fan en général?

    • 

      Je suis globalement sceptique sur l’épistémologie de certaines personnes se déclarant "autrichiennes".

      Or je préfère quelqu’un qui partageant ma manière de penser arrive à des conclusions différentes (un keynésien) que quelqu’un qui rejette les maths et les statistiques et arrive à des conclusions politiques proches des miennes (un prétendu autrichien).

      Après, cela ne m’empêche pas d’avoir la plus grande considération pour quelqu’un comme Hayek, mais les autrichiens contemporains sont pour moi davantage des alliés politiques que des intellectuels intéressants. Leur exclusion de l’économie universitaire me semble justifiée par leur méthodologie.

  5. 

    Excellent exemple d’analyse "DiD", bravo ! Je crois qu’il y a eu des analyses un peu différentes conduisant à des résultats similaires en Suède

  6. 

    Je lis toujours vos analyses avec plaisir, accompagnées des commentaires qui permettent souvent d’enrichir le débat, même si je ne m’y joins pas. Cependant sur ce sujet-ci, qui me touche personnellement, je ne peux pas m’empêcher d’y répondre, bien que ma réponse soit basée sur du ressenti.

    Sortant d’un an et demi de chômage la semaine dernière, et ayant côtoyé de nombreux chômeurs dans les multiples organismes censés les aider dans leur recherche, je trouve ce genre d’analyse trop facile. C’est très simple en théorie, et cela semble avoir du sens. Et tout le monde pense que parce qu’on a "moins faim" cela affecte notre chance/volonté de retrouver du travail.

    Ayant vécu neuf ans en Grande-Bretagne, je vous dirais que là-bas la philosophie défendue par l’article est la philosophie appliquée. L’indemnisation ne doit pas être trop généreuse pour pouvoir encourager un réemploi rapide à n’importe quel prix. Et si j’y étais encore, à part en période de grande crise économique où il n’y a tout simplement pas d’emploi, je serais même d’accord. Là-bas il est courant et intéressant de prendre n’importe quel emploi en période difficile, puis d’en changer, ce qui se fait fréquemment, sans stigma.

    Jeune diplômée, j’y suis allée parce qu’en 1992-93 je ne trouvais pas d’emploi en France: trop diplômée pour postuler à des postes pas assez qualifiés, pas d’expérience pour ceux qui requièrent une qualification! En Angleterre j’ai trouvé sans problème un emploi non qualifié et très peu payé… Mieux que rien. Ce qui m’a permis de rebondir et repartir. On voit déjà que ce qui change, ce n’est pas forcément le chômeur, mais l’attitude de l’employeur!

    Puis je suis revenue en France, je passe sur les détails du retour et la reprise d’un emploi à l’époque au bout de plus d’un an ("expérience trop anglo-saxonne").

    Le grand problème c’est qu’en France la rationalité du chômeur ne compte pas. Cela ne s’applique pas. On REFUSE d’employer des gens qui ne correspondent pas à 1) un profil précis, 2) un salaire précis pour leur profil!

    Pour rester sur la question des salaires seulement, combien ai-je vu de chômeurs, moi y compris, qui ont postulé pour des rôles payés moins que leurs allocations, et moins que la moitié de leur ancien salaire? Et qui n’ont pas été pris au sérieux par des recruteurs qui pensent que la personne ne restera pas soit disant parce qu’ils ne peuvent offrir assez (ce qui les terrorise pour une raison quelconque), ou qui pensent qu’une personne qui se brade ne leur convient pas (pas assez "battant" pour eux?)? Je pense qu’il y en a beaucoup plus qu’on ne le pense.

    Je souscris beaucoup plus aux analyses que vous avez publiées concernant l’impact de la rigidité du marché de l’emploi sur le chômage. Je comprends la logique de celle-ci, mais je la trouve tout sauf transposable (sujet qui est en filigrane) pour des facteurs complètement différents et très malheureusement purement nationaux.

    • 
      citoyen-de-gauche 10 octobre 2013 à 12 h 33 min

      En France il est d’usage de ne pas employer quelqu’un qui est surqualifié pour occuper un poste non adapté à ses compétences et niveau d’étude. Cela fait partie des accords de branches entre patronat et syndicats pour rendre plus homogènes les profils des différents groupes dans les entreprises.
      Il n’est pas question de mettre sur le même poste de travail un ingénieur avec un temployé niveau CAP, sous pretexte de lui rendre service parce que l’ingenieur n’a pas trouvé d’emploi correspondant à ses compétences.

      Dans la fonction publique le principe des concours anonymes qui permet à des gens surqualifiés de s’approprier des postes destinés, en principe, à des gens dont le niveau d’études est inférieur est une vraie catastrophe.

      Donc tant mieux si le secteur privé cherche à employer "the right man at the right place "

      • 

        Il est vrai et connu qu’en France le système éducatif produit juste ce qu’il faut de chaque profession, et que si après tout on a tout même envie de changer de boulot (goût ou marché du travail qui change), tant pis, on n’avait qu’à ne pas faire trop d’études ou dans la mauvaise branche.

        Rationnellement the right man at the right place est celui qui fait le mieux le travail pour l’employeur pour un salaire le plus bas possible. Il n’y a pas de planification centrale des postes dans la plupart des pays pour que chacun trouve chaussure à son pied et ses goûts et capacités…

        De toute façon c’était un point secondaire. Je contestais que ce soient aussi massivement les exigences financières des chômeurs qui gênent leur reprise d’emploi, le point central de l’article, je n’étais simplement pas d’accord pour ce pays-ci. En France on n’a pas le choix.

        Le reste est ouvert au débat mais une remarque en passant que je n’ai faite que pour illustrer que ces comportements n’avaient pas cours dans tous les pays, d’où le manque de comparaison possible.

        C’est ma dernière remarque sur le sujet.

  7. 

    Cher Acrithène,

    Encore un excellent billet où les chiffres parlent d’eux même tant qu’on fait l’effort de les présenter d’une manière lisible, et non comme pourrait le penser certains, biaisés pour soutenir une idéologie.

    Pour résumer ce qu’il arrive à la France actuellement où le coût de l’investissement est prohibitif tout autant que le salaire minimum qui écarte durablement du marché du travail les chômeurs peu qualifiés ou les gens licenciés proches de a retraite mais qui n’ont pas et ne seront pas correctement formés pour avoir une chance raisonnable d’être employable, voici une citation de Friedman :

    "Si on paie ceux qui ne travaillent pas, et si on impose ceux qui travaillent, il ne faut pas s’étonner si le chômage augmente"

    Outre le fait que Moscovici vient de valider expérimentalement la courbe de Laffer, voici qu’en France (hors saupoudrage d’emplois aidés payés par la dette) on valide aussi qu’un modèle social trop généreux fabrique un chômage structurel croissant.

    Ne serait-ce que pour toutes ces constations graves de conséquences mais instructives sur le plan théorique, Moscovici et sa bande méritent le "prix Nobel" d’économie.

    Bien à vous.

  8. 

    Vous écrivez "Bref, lorsque A et B sont corrélés (c.a.d. s’observent généralement en même temps), on ne sait pas si c’est A qui cause B, B qui cause A, ou C qui cause à la fois A et B."

    C’est scientifiquement incomplet : une corrélation n’implique pas nécessairement un lien de cause à effet (ie A n’a pas de lien direct ou indirect avec B).

  9. 

    il est clair qu’avec notre système français, une large proportion de chômeurs indemnisés sont, avant tout, préoccupés de savoir si l’allocation de chômage a bien été virée sur leur compte bancaire, plutôt que d’avoir des actions volontaristes en direction du travail..

    Pôle Emploi ,s’en cache, mais trop de rendez-vous demandés, concernent des questionnement tels que :
    – combien je vais toucher
    – pendant combien de temps
    - que faire pour continuer à toucher, le plus longtemps possible

    Des préoccupations comme :

    - quel secteur recherche en ce moment
    ou
    – contacter un employeur
    sont secondaires pour beaucoup.

    Mais parler de ces choses, vous font condamner par les socialistes bien-pensants.

    • 

      Je suis plutôt d’accord avec ce qui est avancé dans le billet et aussi d’accord avec le fait que le patronat est trop rigide avec l’emploi. Le juste milieu n’est pas encore atteint…
      Personnellement je me suis retrouvé au chômage parce que je travaillais plus que mon chef et que ça se voyait beaucoup trop, bref…

      Riton, je suis scandalisé par ce que vous écrivez et visiblement vous n’avez jamais pris contact avec pôle emploi pour écrire de telles choses.

      Les chômeurs s’inquiètent de leurs indemnités car ils sont en situation précaire et que l’administration de Pôle emploi utilise des stratagèmes pervers pour ralentir ou invalider ces indemnités. Ce qui, en plus du choc émotionnel dû à la perte d’emploi, rajoute à l’anxiété et au stress de devoir payer ses factures. Concernant la recherche d’emploi, je peux vous assurer que Pôle Emploi est le dernier endroit sur terre qui sera compétent de quelques manières que ce soit dans ce domaine. D’autant plus si le niveau d’études est élevé.

      Cdt

  10. 

    Il ne me paraît pas vrai que les autrichiens rejettent les maths, comme l’a bien signalé "BL" ce que refusent les autrichiens c’est d’essayer d’en sortir de règles générales, en sciences sociales, a partir des outils statistiques et mathématiques. Le travail de Mises en œuvre l’Action Humaine est d’ailleurs basé sur la logique aprioriste, qui n’est rien d’autre qu’une méthode transposable au langage mathématique. Les autrichiens ne refusent pas l’emploi des statistiques pour illustrer ou rechercher comprendre mieux des phénomènes humains, ce qu’il n’est pas la même chose que de créer des modèles appuyés sur hypothèses fortes et a partir de ces modèles vouloir approcher la réalité économique ou politique concrète, là reside d’ailleurs la grande critique autrichienne.

  11. 

    Ah! bravo pour l’article. :)

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