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Augustin Landier et David Thesmar publient Dix idées qui coulent la France. Petite présentation d’un essai qui mérite la lecture de l’électeur français.

couvertureTout jeune étudiant en classes préparatoires, la lecture d’un essai par Paul Krugman a largement contribué à m’orienter vers l’économie académique. C’était La mondialisation n’est pas coupable. Cet essai est d’abord une brillante présentation des vertus du libre-échange. Mais c’est surtout un démontage en règle de l’économie « populaire », une démonstration par l’exemple que ce qui est une évidence pour l’immense majorité des gens, des journalistes ou des hommes politiques, n’a en fait ni cohérence conceptuelle ni soutien empirique. D’ailleurs, le titre original de l’essai était Pop Internationalism, ce qui clarifiait l’intention de Krugman : prendre à rebrousse-poil ce que M. Tout le Monde considère comme allant de soi. Cette lecture m’a convaincu que l’économie était fascinante car contre-intuitive.

Et parce que l’économie est contre-intuitive, son rapport au grand public est particulièrement ingrat. Les gens aiment bien lire ce dont ils sont déjà convaincus. Il faut une pédagogie énorme pour les faire changer d’avis, et du génie pour y parvenir sans créer d’animosité ou d’arguments d’autorité à l’envers : « ce mec n’a jamais bossé dans une usine ! ». Cependant, les textes qui attaquent l’incompréhension du grand public ne sont pas seulement les plus courageux, ils sont aussi les plus utiles au débat démocratique.

Longue introduction pour enfin évoquer le sujet de ce billet : Dix idées qui coulent la France, un essai par Augustin Landier et David Thesmar paru la semaine dernière. La démarche de ce livre est celle que je viens d’exposer : démembrer les grandes idées reçues qui, en gangrénant le monde politique, les médias et les cafés, concentrent les efforts de la nation de la plus inutile manière.

Les dix idées auxquelles s’attaquent Landier et Thesmar pourraient être synthétisées en trois :

  1. La politique doit lutter contre la désindustrialisation du pays ;
  2. L’Etat stratège dirige mieux l’économie que le marché ;
  3. Les problèmes (et donc les solutions) sont européens ou mondiaux.

Trois problématiques qui sont en fait intrinsèquement liées. Elles concernent (1) l’incapacité du pouvoir central à établir un diagnostic pertinent dans une société complexe,  (2) les effets néfastes de l’administration d’un traitement à la fois mauvais et sans rapport avec la maladie réelle du patient, puis (3) le renvoi bien pratique des responsabilités sur des acteurs extérieurs.

Dans le fond, c’est l’éternel débat de l’évolutionnisme contre le créationnisme. Le marché modèle le futur par la sélection naturelle : les entreprises, les institutions, les individus qui font la démonstration de leur compréhension de l’évolution de la société attirent les capitaux, le prestige, les responsabilités. Le reste est sélectionné par la faillite, et réorienté vers des activités plus utiles. La centralisation de l’Etat stratège réduit l’hétérogénéité des idées, et, au contraire du marché, plus ses initiatives sont mauvaises, plus grandes sont les ressources qui y sont consacrées, et donc détournées des initiatives pertinentes.

Le livre de Landier et Thesmar n’est pas une explication théorique des désavantages du centralisme de l’Etat vis-à-vis de l’organisation efficace qui nait des échanges libres. Des centaines de livres ont déjà été écrits à ce sujet. Plutôt, l’ouvrage propose à l’honnête citoyen de se laisser convaincre par une revue des grandes questions économiques qui se posent à la France d’aujourd’hui. Les idées dénoncées par les auteurs débordent de nos téléviseurs, elles monopolisent les ondes radios, et font l’objet d’un curieux paradoxe : tout le monde semble connaître la maladie, tout le monde prétend connaître le traitement, et pourtant aucune amélioration n’est observée. Les auteurs livrent un diagnostic différent (original dans le débat public, mais relativement orthodoxe chez les économistes) sur le mal français.

Et comme la démarche est vraiment de convaincre le lecteur de changer d’avis, le livre cite un grand nombre de références (livres, articles académiques, rapports…) et analyse un grand nombre de statistiques et d’enquêtes aux échelles internationale, nationale ou régionale. Afin que le lecteur sceptique se prêtant au jeu puisse se faire une opinion critique des thèses défendues par Landier et Thesmar, ces derniers proposent un site web dédié avec des dizaines de graphiques (et les données sources), de statistiques et de références disponibles en ligne (près d’une cinquantaine).

D’accord ou pas d’accord avec les thèses développées, le livre mérite la lecture justement parce qu’il est utile au sens où (1) il n’a pas été écrit pour flatter les idées préconçues mais aller à leur encontre et (2) parce plutôt que de chercher à persuader par la rhétorique et le bullshit, il vous offre honnêtement l’opportunité de vérifier les faits qu’avancent les auteurs et d’accéder à un grand nombre de leurs sources. Bref, suivant la démarche de ce blog, il vous prend au sérieux !

Une fois n’est pas coutume, le Parti Socialiste a trouvé aux Etats-Unis quelque chose qui l’inspire. Un Américain vivant à l’étranger doit à son pays d’origine le différentiel d’impôt avec le pays d’accueil.

Le concept fait rêver les socialistes, qui chiffrent à des dizaines de milliards le manque à gagner fiscal de l’émigration. A mon avis, leur estimation comptable est en réalité loin du compte, vu les retombées économiques immenses du fait qu’un grand nombre de nos têtes bien faîtes fuient à l’étranger. Mais ils prennent le problème essentiellement à l’envers, tant ils observent le monde à travers le filtre du fisc. La perte ne vient pas du fait que l’émigration des élites économiques réduit les recettes fiscales, mais du fait que la fiscalité, entre autre chose, fait perdre à la France des ressources humaines à forte valeur économique. 200 000 français vivraient aux Etats-Unis, contre 30 000 américains en France. Une dysmétrie qui devrait inquiéter.

Mais revenons à l’argument tacite de l’exemple américain. Si les Etats-Unis le font, c’est que l’idée n’est pas une vilaine chasse communiste. Mais l’analogie aux Etats-Unis est grotesque, car l’impôt revêt des deux côtés de l’Atlantique de réalités totalement différentes. Le taux de prélèvement obligatoire est  de 27% aux Etats-Unis, contre 45% en France. Certes, le problème est ici un peu plus complexe que le montant agrégé des recettes de l’Etat, mais c’est un bon proxy des différentiels d’imposition.

Pour visualiser la différence, je vous propose deux cartes. Chacune représente les pays dans lesquels le taux de prélèvement obligatoire est supérieur à la France (ou aux Etats-Unis) sont en rouge, et les autres en  vert. Ainsi le citoyen américain peut visiter l’essentiel du monde développé sans se trouver en un lieu fiscalement avantageux relativement à sa patrie. A contrario, une main suffit pour compter les cinq pays ayant un taux de prélèvement obligatoire supérieur à celui de la France.

USAFranceSource : Heritage Foundation, 2012

La responsabilité de l’euro dans le déficit commercial de la France ne résiste pas à l’analyse des échanges français avec ses partenaires de l’Union Monétaire.

La politique et les faits, cela fait deux. Pour montrer le rôle de l’euro dans la piètre performance commerciale de la France, une bonne chose est de regarder les échanges commerciaux à l’intérieur même de l’Union Monétaire. A priori, ces échanges sont immaculés de tout effet négatif attribuable aux taux de change.

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Jusqu’au début des années 1980, la croissance de la richesse par habitant était plus importante en France que dans le monde anglo-saxon. Depuis, la tendance s’est inversée.

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La comparaison des taux de pauvreté entre nations ne rime à rien, vu que le seuil de pauvreté varie d’un pays à l’autre.  La France n’a un taux de pauvreté deux fois inférieur à celui des Etats-Unis que grâce à l’écrasement des classes moyennes et au différentiel migratoire. 

En temps de crise, la pauvreté est un sujet omniprésent, en particulier lorsque les inégalités de revenu s’accroissent. Les opportunités de citer les statistiques de la pauvreté, et en particulier le taux de pauvreté, ne manquent pas.

Hélas, le taux de pauvreté est souvent utilisé à tort et à travers, notamment par le biais de comparaisons entre deux années, ou entre deux pays. Or comparer le taux de pauvreté de deux pays, ou de deux années éloignées, ne tient plus de l’art des statistiques mais plutôt de la manipulation du débat publique ou bien de l’incompétence.

Je ne suis pas un amateur de la théorie du complot qui prétend que les statistiques sont truquées, mais simplement que les commentateurs qui les utilisent le font en méprisant leur définition, ce qui leur permet de faire croire aux gens l’inverse de ce que disent effectivement les données.

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L’analyse des taux d’emprunt grecs, portugais et irlandais au plus fort de la crise montre que les dégradations de notes suivent le marché, et non que ces dégradations accroissent le coût de financement des Etats.

Une des principales nouvelles économiques de la semaine dernière était la dégradation de la note financière de la France par Moody’s, seconde des trois grandes agences à retirer à la France sa note parfaite de AAA.

Immédiatement, journalistes, hommes politiques et groupes de pression (par exemple le MEDEF) y sont allé de leur commentaire sur la gravité de cette nouvelle. La vérité est que le peu d’importance dont disposent les agences de notation se trouve essentiellement dans la réglementation bancaire, et par exemple dans leur utilisation par la Banque Centrale Européenne. Quant aux marchés financiers, ils s’en moquent totalement. Autrement dit, les notes accordées par Moody’s, Fitch and Standard & Poor’s ne changent pas le coût auquel se financent les Etats.

Il y a une explication théorique au désintérêt total des investisseurs pour ces notes : l’efficience des marchés financiers. Cette théorie stipule que les prix des actifs financiers reflètent correctement leur valeur au regard des informations publiques disponibles. Contrairement à ce que beaucoup de commentateurs laissent entendre sur cette théorie, afin de l’utiliser comme homme de paille, elle ne prévoit absolument pas que les prix reflètent parfaitement la valeur des actifs financiers (ce qui empêcherait les krachs), tout simplement car de nombreuses informations pertinentes sont indisponibles. A l’impossible, nul n’est tenu.

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Dans un billet précédent, je citais des estimations de la BCE montrant qu’avant la crise, la dette implicite des gouvernements de la zone euro, rapportée au PIB, était trois fois supérieure à celle des Etats-Unis. Parmi les commentaires, se trouvait la référence au fiscal gap, c’est-à-dire à la valeur des écarts futurs entre dépenses et recettes du gouvernement. Ces deux statistiques sont assez différentes :

  • La dette implicite représente des engagements tacites de l’Etat dérivant de dépenses qui ont déjà eu lieu. Par exemple, les droits à la retraite que vous estimez dériver des cotisations que vous avez déjà payées.
  • Le fiscal gap représente la valeur présente de la différence entre la projection des revenus de l’Etat et de ses dépenses à long terme. Ce n’est pas à proprement parler de la dette, car la dépense n’a pas encore été effectuée.

La grande différence, c’est que le fiscal gap est une mesure prévoyante, les déficits anticipés peuvent être évités par une réforme adéquate. En revanche, le non remboursement de la dette implicite n’est possible qu’en cas de défaut sur les engagements tacites pris par l’Etat : réduction du montant des retraites promises, par exemple. La dette implicite vient de déséquilibres des budgets historiques qui n’ont pas été enregistrés par la comptabilité explicite. Le fiscal gap est un déséquilibre des budgets prospectifs. Pour prendre une métaphore médicale, la dette implicite est un mal à guérir, le fiscal gap est un mal à prévenir.

En fait, le fiscal gap est intéressant car il mesure la pérennité du statu quo, c’est-à-dire la capacité financière de l’Etat à maintenir la composition actuelle de ses dépenses et revenus. Et d’une certaine manière, il englobe la prise en charge de la dette implicite.

Le graphique suivant fournit des estimations récentes du fiscal gap pour les pays de l’OCDE. Une bonne manière de le lire, serait :

« Sans effort sur les dépenses, les Etats-Unis devraient immédiatement augmenter leur taux d’imposition de 9,5 points de pourcentage du PIB, s’ils souhaitent que leurs engagements financiers en 2050 soient inférieurs à 50% du PIB »

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Généralement, j’essaye d’aller un peu à l’encontre des clichés. Il en sera différemment dans ce billet.

Chacun à l’image de l’Allemagne austère et prévoyante et de la France dispendieuse et rêveuse, et cette perspective est souvent adoptée par les politiciens de droite, et même parfois de gauche. Cette interprétation des différences d’une rive à l’autre du Rhin résiste-t-elle à l’analyse des chiffres ? Hélas, un regard sur les comptes nationaux des deux pays corrobore parfaitement le cliché.

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Cette année, la dette publique de la France a franchi le cap des 90% du PIB. Si la crise européenne est inédite à de nombreux égards, c’est loin d’être la première fois que des économies avancées atteignent un tel niveau d’endettement. Aussi un petit regard sur les épisodes historiques de surendettement public peut-il nous offrir une perspective sur les conséquences du franchissement de ce cap.

Carmen Reinhart (Harvard), Vincent Reinhart (Morgan Stanley) et Kenneth Rogoff (Harvard) ont répertorié 26 occasions au cours desquelles des économies avancées avaient franchi le seuil des 90% et présentent les caractéristiques de ces épisodes dans le Journal of Economic Perspectives de cet été [1].

Trois grands enseignements sont à retenir de ce retour sur l’histoire des deux derniers siècles :

  • Lorsque la dette publique dépasse les 90% du PIB, la croissance économique est significativement affectée.
  • Ce ralentissement économique n’est pas empêché par le maintien de taux d’intérêts faibles, tels qu’en bénéficient actuellement des pays comme l’Allemagne ou la France.
  • Enfin, et surtout, lorsque la dette publique franchit le seuil des 90%, c’est en moyenne pour une durée proche du quart de siècle !

Les précédents historiques

La frise historique à droite représente les épisodes de surendettement (>90% du PIB) des économies avancées depuis deux siècles. Si ni l’Allemagne, ni la Suisse, ni le Danemark ou ses voisins Scandinaves n’y figurent, c’est qu’ils n’ont à ce jour jamais atteint ce niveau de dette. Au contraire, certains pays comme l’Italie ou la Grèce semblent être abonnés au surendettement depuis leur existence moderne. Cela laisse songeur quant aux effets pervers du secours que nous leur portons en nous imaginant naïvement que cela n’impactera pas la bonne tenue de leurs comptes publics dans le futur.

D’autres nations comme la France et le Royaume-Uni ont connu pendant de longues périodes de tels niveaux d’endettement, en grande partie de par leur engagement dans les affaires du monde. D’ailleurs, il semble qu’avant la Seconde Guerre mondiale, la guerre perpétuelle entre les nations européennes les condamnait éternellement à l’endettement massif.

La première source du surendettement, c’est donc les guerres, les conflits napoléoniens et mondiaux représentant trois épisodes importants. L’ « avantage », c’est que pour les pays n’étant pas soumis aux réparations de guerre (comme la France de 1870, ou l’Allemagne de 1918), les dépenses à l’origine de l’endettement disparaissent d’elles-mêmes. La durée de ces endettements est assez variable. Les pays du Benelux, très fortement touchés par la Grande Guerre, se sont pourtant débarrassés de leur dettes en quelques années tandis que le Royaume-Uni a maintenu un endettement public supérieur à 90% du PIB de 1917 à 1964, soit pendant près d’un demi-siècle ! Les guerres de plus faible ampleur peuvent aussi créer de forts niveaux endettements : j’évoquais dans un autre article la dette d’indépendance des Etats-Unis.

L’autre source évidente de dette, ce sont les crises économiques : la dépression de 1873-1896, la crise des années 1930, la crise des subprimes. Elles se conjuguent d’ailleurs assez souvent avec les conflits armés. Je vous avais en revanche montré que la dette actuelle n’était pas une conséquence de la fin des Trente Glorieuses, mais en était en grande partie l’héritage.

Il y a enfin les endettements qui surgissent au milieu de la paix et de la prospérité. Dans le cas de l’Italie et de la Grèce contemporaines, la convergence de l’inflation en vue de l’intégration monétaire a pu y participer. La chute soudaine de l’inflation fait s’envoler les taux réels sur l’ancienne dette. Certains y verront le signe que l’inflation est la solution pour faire disparaître la dette… En vérité cela montre que l’inflation est une forme d’imposition pernicieuse, qui en disparaissant, plombe le budget des Etats.

La principale cause de la dette de paix et de prospérité est l’Etat-Providence. On peut dire qu’il s’agit de la dette la plus douloureuse, car ses causes ne disparaissent ni avec l’armistice ni avec le retour d’une conjoncture favorable.

Mais au-delà de l’origine des surendettements, ce qui frappe, c’est leur durée. Reinhart(s) et Rogoff calculent que la durée moyenne de ces épisodes de surendettement au-delà de 90% du PIB est de 23 ans. Cela signifie qu’au regard de l’histoire, 2035 paraît une date consensuelle pour un retour de la dette publique française en-deçà de 90% du PIB.

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Il y a un millénaire déjà, les chinois, soucieux de recruter les mandarins parmi les candidats les plus instruits de leur empire, recopiaient leurs copies afin d’en garantir l’anonymat. Et le principe selon lequel l’argent public devait être dépensé de la plus efficace manière, c’est-à-dire en recrutant les meilleurs, inspirait également, jusqu’à maintenant, tant le mode d’attribution des marchés publics que de recrutement des serviteurs de la République française.

Si la manière de sélectionner les meilleurs fait régulièrement débat, le principe semblait consensuel. Mais avec les emplois d’avenir, le gouvernement regarde résolument vers l’innovation. En réservant des emplois rémunérés aux trois quarts par l’argent des contribuables aux candidats détenteurs d’un certificat de médiocrité scolaire, le socialisme dépoussière la vieille méritocratie bourgeoise. A en croire le communiqué du conseil des ministres, vous ne pourrez prétendre à ces 150 000 emplois si vous êtes bachelier ou mieux, à moins de vivre dans une région particulièrement frappée par le chômage.

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