Archives For mai 2012

Pourquoi les actionnaires font-ils des cadeaux à leurs dirigeants les moins méritants ? Voilà une question qui laisse perplexe. Le fait que ses parachutes ne soient pas accordés au moment du licenciement mais à celui de l’embauche  donne un premier indice. La théorie des jeux offre toute une série d’explications sur l’intérêt qu’ont les entreprises à promettre un bonus pour cause d’échec… tout un paradoxe !

Un raisonnement par induction inversé

Lorsque vous choisissez un mouvement aux échecs, vous devez analyser la réponse de votre adversaire à chaque mouvement envisageable. C’est sur la base de cette réponse, que vous choisirez votre propre mouvement. Autrement dit, le raisonnement que vous effectuez se fait dans l’ordre anti-chronologique. Un bon joueur tentera d’analyser les conséquences d’un mouvement dans plusieurs tours avant de choisir son action au tour actuel. En théorie des jeux, on appelle cela une résolution par backward induction (la traduction française de « raisonnement rétrograde » n’est franchement pas vendeuse). Voyons comment cela nous aide…

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(Initialement publié en septembre 2010)

La problématique des retraites n’est pas une question comptable comme on aime à le dire. Il s’agit bien davantage d’un souci financier et politique.

Financier, car le système lie une cotisation présente à une pension future, dont le montant et le moment sont incertains à long terme, sujets aux variations du climat économique, politique et démographique. Politique, car son fonctionnement repose sur un marchandage démocratique dans lequel les grands parents empruntent aux parents en échange d’une créance sur leurs petits-enfants, plus ou moins engagés sans avoir voté.

Dans ce jeu, une génération peut se retrouver flouée. Pour l’éviter, chacune se doit calculer son « rendement » (son retour sur investissement). L’objet de cet article est d’expliquer conceptuellement comment, et de mettre en évidence pourquoi l’essentiel des manifestants réclame aveuglement le droit de se faire rouler.

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On ne peut pas résumer le problème de la Grèce au fait que de nombreux grecs ne paient pas leurs impôts. L’euro, en particulier, est souvent incriminé. Petite étude de cas appuyée sur un graphique…

En bleu sur ce graphique, le besoin de financement extérieur représente la différence entre les dépenses de la Grèce (agents privés et publics réunis) et ses revenus (déficit de la balance courante, en comptabilité nationale). On voit que ces déficits ont considérablement cru à partir de la fin des années 1990, faisant exploser la dette (publique et privée) extérieure du pays. Un diagnostic qui précède la crise financière de 2008. En quoi cette évolution est-elle liée à l’euro ?

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Dans un jugement rendu le mercredi 30 juin, l’OMC a déclaré que les aides non remboursables perçues par Airbus depuis « 40 ans » étaient illégales, en particulier celles dédiées à l’A380, qualifiées de subventions à l’exportation.

Bizarrement les deux parties au procès, ainsi que leurs gouvernements respectifs, ont estimé que le jugement allait dans leur sens. Cependant, le fait que l’Europe ait annoncé son intention de faire appel laisse penser que le jugement favorise plus les intérêts américains… Sur cette décision tout du moins, car le cas des subventions reçues par Boeing fera l’objet d’une autre décision.

Cette confrontation qui dure depuis la création de l’organisation et est appelée à durer lève une question. Mais pourquoi donc Boeing et Airbus sont-ils à ce point destinés à occuper l’OMC ?

Au-delà des aspects stratégiques, nationalistes et populistes de cette question, je vous propose une analyse plus économique de la question, accompagnée d’un peu de théorie des jeux.

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Dans une interview au Guardian, Christine Lagarde, directrice générale du FMI, conseillait aux grecs de prendre leur avenir en main et de payer leurs impôts. Cette déclaration a provoqué une nuée d’indignations. Les commentateurs ont contesté sa légitimité à faire de telles critiques, ainsi que le côté caricatural et humiliant de ses propos. D’autres ont critiqué la forme et l’utilité de cette déclaration.

Sur la légitimité, Mme Lagarde représente une des principales sources de financement actuelle du peuple grec, le FMI, dont les fonds proviennent des contribuables du monde entier. Elle a donc le droit et le devoir de poser les conditions de l’aide apportée par l’institution qu’elle préside.

Sur le fond, je vous propose une petite carte qui représente la part de l’économie souterraine, donc non fiscalisée, dans le PIB officiel dans les principaux pays d’Europe, durant les dix années qui ont précédé la crise financière de 2008. Ces statistiques sont établies par Friedrich Schneider, un économiste de premier plan et spécialiste de la question.

Si l’on peut contester l’utilité de la déclaration de Mme Lagarde alors que l’extrême gauche est favorite des élections législatives en Grèce, on s’offusquera encore plus de l’hypocrisie de nos politiciens indignés ! Il est très clair que si l’économie souterraine grecque avait été d’une taille proche de la moyenne européenne, le problème de la dette publique serait bien moins grave. Une conclusion qui vaut aussi pour le Portugal, l’Italie et l’Espagne.

A titre d’information, aux Etats-Unis, la statistique est de 8% seulement du PIB officiel.

Source : Friedrich Schneider, The Shadow Economy and Work in the Shadow : What Do We (Not) Know ?, IZA, Discussion Paper Series, March 2012

L’attribution de la dette publique à tel ou tel gouvernement se fait généralement de manière grossière et inéquitable. Elle consiste à comparer le volume de la dette à son entrée en fonction et à la fin de son mandat. Un tel calcul conduit à attribuer pas loin d’un tiers de l’endettement public à la présidence de Nicolas Sarkozy, et 95% aux gouvernements qui se sont succédé depuis l’élection de François Mitterrand en 1981.

Pourquoi cette méthode est-elle « inéquitable » ? Parce que dans le déficit d’un gouvernement en exercice, on trouve les intérêts versés au titre des dépenses impayées de leurs prédécesseurs. Tant que ces vieilles factures ne sont pas honorées, leur montant croît de manière géométrique par le mécanisme des intérêts composés.

Je vous propose une méthode de ventilation de la dette publique qui conduit à un résultat totalement différent et attribuant la plus grande part de la dette publique aux gouvernements qui ont précédé Valérie Giscard d’Estaing. Ce qui peut sembler absurde quand on sait qu’en 1974, la dette publique était de quelques dizaines de milliards d’euros seulement.

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Connaisseurs de John Maynard Keynes, peut-être avez-vous tiqué sur le titre de cet article. En effet, la citation originale de l’auteur est plutôt « à long terme, nous sommes tous morts ». C’était sa réponse aux critiques quant aux effets de long terme de ses politiques de relance.

L’objectif de ce billet  n’est pas de critiquer Keynes et sa théorie. Je propose plutôt de vous expliquer pourquoi, même en admettant leurs pertinences, les préconisations keynésiennes n’apportent aucune solution à la crise européenne. Keynes avait lui-même décrit des circonstances dans lesquelles telle ou telle de ses recommandations resteraient sans effet.

Avant-hier, l’Allemagne est parvenue à émettre des obligations à deux ans à un taux d’intérêt quasiment nul, 0.07%. Parfois certaines maladies ont des symptômes qu’on peut prendre pour de bonnes nouvelles. Pour vous expliquer pourquoi nous sommes tous morts à court terme dans la perspective de Keynes, il vous faudra passer l’étape d’une introduction à sa théorie…

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Dans les manuels d’économie internationale, notre nouveau président à une maladie à son nom. Etait-ce prémonitoire ?

Retour sur l’ « Engagement 3 » du programme de François Hollande. Dans un billet précédent, je critiquais l’effet fiscal d’une distinction entre réinvestissement et distribution aux actionnaires des bénéfices d’une entreprise.

Aujourd’hui, décryptage d’une autre idée de cet engagement. François Hollande indique qu’il « favorisera la production et l’emploi en France en orientant les financements, les aides publiques et les allégements fiscaux vers les entreprises […] qui seront offensives à l’exportation. »  Objectif implicite : améliorer la compétitivité internationale du pays.

Le souci ? La théorie économique nous apprend que les soutiens financiers aux exportations ont généralement un impact négatif sur la richesse des pays qui les mettent en place*. Parce que vous n’adhérez pas à cet argument d’autorité, je vous en propose une démonstration logique.

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Voici une autre proposition du programme de François Hollande. L’idée des Eurobonds est de faire emprunter les Etats auprès d’une instance européenne qui lèverait sur les marchés des obligations dont l’ensemble de l’Eurozone serait solidaire. Toutes les nations emprunteraient à un taux unique, plus élevé qu’actuellement pour les meilleurs élèves, principalement l’Allemagne, et très nettement inférieur aux exigences du marché pour les pays dont les budgets ont totalement dérapé.

Ces divergences d’intérêts sont le principal obstacle à la mesure. L’Allemagne refuse d’alourdir la charge de ses intérêts pour aider ses voisins. Cependant, la crise européenne de la dette a aussi un coût pour nos voisins d’outre-Rhin, tant parce qu’ils participent aux multiples plans d’aides que du fait que la croissance ralentie du continent plombe leur propre prospérité. Aussi n’est-il pas, a priori, si clair qu’il soit dans leur intérêt de refuser le principe d’obligations communes si cela permettait de sortir de la crise.

L’objet de cet article est d’estimer – grosso modo, et avec quelques hypothèses grossières – le coût et les gains pouvant être attendus des Eurobonds.

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J’ai choisi de lancer ce blog par une lecture attentive du programme économique de notre nouveau président. Aujourd’hui, la distinction «faite entre les bénéfices réinvestis et ceux distribués aux actionnaires. »

L’ « Engagement 3 » de François Hollande préconise de favoriser les entreprises qui réinvestiraient leurs profits plutôt que de les distribuer à leurs actionnaires. Une idée de bon sens pour sanctionner les méchants capitalistes qui voudraient récupérer les fruits de leurs placements quand ils devraient soutenir la croissance des entreprises. Mais le bon sens n’est pas toujours là où la majorité le croit.

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