Archives For Paul Krugman

Les médias ne donnent que trop rarement la parole aux économistes réellement réputés. Paul Krugman et Joseph Stiglitz, deux keynésiens, sont les seuls à y échapper.

Les lecteurs de mon blog constituent très probablement une audience « éclairée » qui lit aussi les journaux de référence et regardent des émissions télévisées un peu plus sophistiquées que le journal du soir. Et peut-être lisent-ils aussi d’autres très bons blogs d’économie qu’on trouve sur internet.

Peut-être ont-ils remarqué qu’un blog comme le mien défend des idées ou présentent des données qui sont rarement évoquées dans la presse traditionnelle. On pourrait s’entendre sur le fait que les blogs constituent un complément aux médias dominants. Qu’ils ont une vocation alternative.

Ce serait vrai dans un monde idéal où les journaux proposeraient une synthèse correcte des problématiques économiques, marginalement complétée par des médias alternatifs. Mais c’est totalement faux. Parfois, mes interlocuteurs me parlent des déclarations de tel ou tel économiste dont je n’ai jamais entendu parler. Pour tout vous dire, je lis rarement les journaux, et regarde encore plus rarement la télévision. Mais il me suffit de regarder sur Wikipédia pour découvrir que François Lenglet, éminent économiste des médias, est diplômé en lettres modernes, ou de constater que tel ou tel prétendu économiste travaille chez Natixis pour m’en amuser.

La France ne manque certainement pas d’économistes renommés, mais ils ne passent jamais à la télévision. Sans doute certains préfèrent-ils rester dans leur tour d’ivoire. D’autres enseignent aux Etats-Unis. Mais ce ne sont pas des explications suffisantes. Maurice Allais, dont je ne partage pas les opinions mais qui n’était rien de moins que prix Nobel d’économie, en avait apporté un témoignage révoltant peu avant sa disparition.

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David Ricardo

La relance budgétaire ne peut fonctionner que si les citoyens ne comprennent pas pleinement que les déficits présents sont des impôts futurs, ou bien s’ils espèrent égoïstement que leurs descendants paieront à leur place les dépenses présentes.

Est-il possible d’être à la fois une des  principales sources théoriques du marxisme, le plus important penseur du libre-échange et en première ligne de la critique contemporaine du keynésianisme ?

En 1974, Robert Barro croit trouver une faille majeure dans la théorie keynésienne. Mais alors qu’il expose son argument, les bons lecteurs d’un auteur du XIXème, David Ricardo, réalisent que son argument fondamental se trouve dans un texte de 1820. Mais comme le raisonnement en question précède de 116 années la publication de la Théorie Générale de John Maynard Keynes en 1936, personne n’en avait rétrospectivement compris l’importance.

En 1820, David Ricardo s’interrogeait sur l’endettement du Royaume-Uni suite aux Guerres Napoléoniennes. Sa problématique : comment en étaler le remboursement ? Sa réponse : en principe, cela n’a aucune importance.

Ricardo a conscience que sa réponse surprenante est fausse et la nuance de nombreuses objections dérivant d’imperfections économiques. Cependant, sa réponse théorique, l’« équivalence ricardienne », est essentielle. En effet, si elle était vraie, la relance de l’économie par le déficit public, recommandation centrale de la Théorie Générale, serait juste impossible. Dès lors, le raisonnement de Ricardo explicite certaines imperfections économiques absolument nécessaires au keynésianisme.

La connaissance de l’équivalence ricardienne – principe économique totalement inconnu du public – est indispensable à la compréhension de ce qu’est une dette publique, de ce qu’est une relance économique, et des rapports politiques qu’entretiennent entre elles les générations.

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David Ricardo

Suite de ma série de billets sur l’emploi… Je propose dans ce second billet de remettre la question de la mondialisation à sa juste place dans le débat sur le chômage, c’est-à-dire à une place bien moins centrale que celle que lui donnent les hommes politiques, les syndicats et les journalistes.

L’enjeu le plus important sera de vous convaincre que les causes du chômage ne se trouvent pas à nos frontières mais à l’intérieur du pays, et d’éjecter le concept pipologique de la compétitivité des nations.

Oubliez la compétitivité !

Le débat économique est régulièrement pourri par des notions qui ne sont pas pertinentes. La compétitivité en est un des meilleurs exemples.

Ce concept obsède les politiciens pour deux raisons. La première est que chacun y trouve son intérêt. Certains en font une contrainte obligeant à réduire le coût du travail et à accroître la productivité, les autres s’en servent pour justifier davantage de protectionnisme. La seconde raison est que la compétitivité est un concept tellement répandu par les commentateurs et accepté par le grand public, qu’il est impossible de la déclarer hors sujet.

Pourtant, appliquée aux nations, la compétitivité est une arnaque intellectuelle. Elle agglomère grossièrement un certain nombre de concepts économiques, principalement les coûts, la productivité, la qualité… et les analyse dans le cadre d’une relation de rivalité. Cette analyse est viciée pour deux raisons grossières :

  1. D’abord, la réduction des coûts, les gains de productivité et les améliorations qualitatives sont des fins en soi, et ce même dans une économie autarcique. Loin d’être les moyens de la compétitivité, c’est la compétition qui constitue un moyen d’inciter les individus à réaliser ces objectifs.
  2. Par ailleurs, la rivalité entre deux groupes suppose a) une communauté d’intérêt claire au sein de chaque groupe et b) une divergence d’intérêt entre les deux groupes. Or lorsque Mercedes baisse le prix de ses automobiles, peut-on dire que « La France » est lésée ?  Renault peut-être, mais les consommateurs français, qu’il s’agisse de particuliers ou d’autres entreprises, certainement pas. Aussi, le raccourci qui consiste à décrire une compétition entre France et Allemagne au même titre qu’il existe une compétition entre Mercedes et Renault n’est pas pertinent.

Suis-je une espèce de marginal qui ne comprend rien au monde ? Alors que j’écris ce billet, j’ai à côté de moi l’excellent Economie Internationale de P. Krugman (Princeton) – espérons qu’il m’apporte quelque crédit auprès des keynésiens qui l’adorent - et M. Obstfeld (Berkeley), un manuel de 700 pages réputé être la référence sur le sujet, et dont l’index passe sans ménagement de « Comores » à « Compte courant ». Ces gens-là, non plus, ne croient pas le concept de compétitivité pertinent.

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