Ricardo, Keynes, la dette publique et la jeunesse

8 novembre 2012 — 22 commentaires

David Ricardo

La relance budgétaire ne peut fonctionner que si les citoyens ne comprennent pas pleinement que les déficits présents sont des impôts futurs, ou bien s’ils espèrent égoïstement que leurs descendants paieront à leur place les dépenses présentes.

Est-il possible d’être à la fois une des  principales sources théoriques du marxisme, le plus important penseur du libre-échange et en première ligne de la critique contemporaine du keynésianisme ?

En 1974, Robert Barro croit trouver une faille majeure dans la théorie keynésienne. Mais alors qu’il expose son argument, les bons lecteurs d’un auteur du XIXème, David Ricardo, réalisent que son argument fondamental se trouve dans un texte de 1820. Mais comme le raisonnement en question précède de 116 années la publication de la Théorie Générale de John Maynard Keynes en 1936, personne n’en avait rétrospectivement compris l’importance.

En 1820, David Ricardo s’interrogeait sur l’endettement du Royaume-Uni suite aux Guerres Napoléoniennes. Sa problématique : comment en étaler le remboursement ? Sa réponse : en principe, cela n’a aucune importance.

Ricardo a conscience que sa réponse surprenante est fausse et la nuance de nombreuses objections dérivant d’imperfections économiques. Cependant, sa réponse théorique, l’« équivalence ricardienne », est essentielle. En effet, si elle était vraie, la relance de l’économie par le déficit public, recommandation centrale de la Théorie Générale, serait juste impossible. Dès lors, le raisonnement de Ricardo explicite certaines imperfections économiques absolument nécessaires au keynésianisme.

La connaissance de l’équivalence ricardienne – principe économique totalement inconnu du public – est indispensable à la compréhension de ce qu’est une dette publique, de ce qu’est une relance économique, et des rapports politiques qu’entretiennent entre elles les générations.

Un exposé de l’équivalence Ricardienne  

Le financement d’une dépense publique par un déficit est équivalent à une taxe immédiate.

L’argument théorique de David Ricardo repose sur le fait qu’un déficit présent est un impôt futur. La problématique se résume donc entre payer la dépense publique tout de suite, ou plus tard.

Si le gouvernement prélève l’impôt aujourd’hui, mais que le citoyen préfère payer demain, il lui suffit de réduire son épargne présente. Cette réduction de l’épargne lui permet de consommer aujourd’hui autant que s’il n’avait pas été taxé, et réduit son revenu de demain du montant qu’aurait été la taxe demain. Dans le cas inverse, le citoyen n’a qu’à augmenter son épargne aujourd’hui, et utiliser cette épargne pour payer l’impôt qui lui sera finalement demandé demain.

Le tableau suivant prend l’exemple d’une dépense publique de 10£ et d’un taux d’intérêt à 10%. En ajustant son épargne, le citoyen peut décider du moment où cette dépense affectera son pouvoir d’achat, immédiatement ou plus tard.

Par exemple, si le gouvernement veut différer les impôts (déficit public) mais pas le citoyen (cas en haut à droite), ce dernier augmentera son épargne de 10£, lui conférant demain un surplus de revenu de 11£ qui lui permettra de payer l’impôt différé. Ce dernier s’élèvera d’ailleurs désormais à 11£ vu que 1£ d’intérêts s’est ajoutée aux 10£ initiales.

On remarque, que quel que soit la décision budgétaire du gouvernement, le citoyen peut, par le biais de l’ajustement de son épargne, répliquer le scénario qui lui plaît. Dans le cas en bas à gauche, le gouvernement choisit l’équilibre budgétaire, mais le citoyen préfère l’endettement, c’est-à-dire ne payer que demain. Il réduit son épargne présente de 10£, ce qui implique qu’il aura 10+1£ de moins de pouvoir d’achat demain. Et ainsi, il retrouve le même profil de consommation que si le gouvernement avait opté pour le déficit public.

S’il comprend cela et qu’il a effectivement accès au marché de l’épargne (et si besoin de l’emprunt), alors il devrait être indifférent à la décision du gouvernement. Seule la manière dont il préfère répartir ses dépenses dans le temps devrait commander le niveau de sa consommation dans chaque période.

Pourquoi est-ce si important pour le keynésianisme ?

Le principe de la relance budgétaire keynésienne est de déplacer du pouvoir d’achat futur vers une situation présente dont la morosité économique est attribuée à une demande globale insuffisante. Se faisant, elle prétend réduire l’épargne nette des ménages en leur mettant sur le dos une dette publique.

Or si le citoyen définit son épargne en fonction de ses projets de vie, d’après le raisonnement de la section précédente, le fait que la dépense publique soit financée par l’impôt immédiat ou le déficit ne change pas sa capacité à répartir sa consommation dans le temps comme il le souhaite. Il n’a donc aucune raison logique de se laisser forcer la main. On ne peut pas le forcer à consommer maintenant ce qu’il souhaitait consommer plus tard.

Ainsi, si l’Etat réduit l’épargne nette de l’individu en lui imposant une dette publique, il réagira en revenant au niveau qui lui semble optimal en augmentant son épargne privée. Ce qu’il peut faire sans affecter sa consommation grâce précisément à l’absence de l’impôt.

En d’autres termes, si les individus sont conscients des contraintes de la politique budgétaire et qu’ils ont pleinement accès au marché de l’épargne et du crédit, alors tout stimulus budgétaire pour relancer la consommation devrait provoquer une hausse équivalente de l’épargne privée. Et ainsi, l’effet de la relance serait inexistant.

J’explique dans la suite de ce billet pourquoi l’équivalence ricardienne n’est probablement jamais totale. Cela ne signifie pas que le keynésianisme fonctionne : la non totalité de l’équivalence est nécessaire au modèle keynésien, mais n’est pas suffisante !

Discussions sur les hypothèses

Les économistes keynésiens ne contestent ce que je viens de vous exposer. D’ailleurs ils ne le peuvent pas, c’est mathématique. Ce qu’ils contestent, c’est les hypothèses.

Pour eux, les individus ne comprennent pas que le déficit public est un impôt futur ou alors contestent l’accessibilité du marché du crédit. James Buchanan, un libéral penseur du « marché politique » a aussi souligné l’importance de l’hypothèse d’immortalité des individus dans le raisonnement de Ricardo.

Bref, comme l’avait déjà remarqué Ricardo en son temps, de nombreuses hypothèses semblent réduire la portée de l’équivalence. Dans les faits, les conclusions des études empiriques sur la question vont dans tous les sens, de l’absence totale de réaction de l’épargne privée au déficit public (pas d’équivalence ricardienne) jusqu’à une hausse très forte de l’épargne (forte équivalence ricardienne). Il faut dire qu’il n’y a pas que le déficit public qui explique le niveau de l’épargne, ce qui rend difficile l’isolement des effets dans les séries statistiques.

Analysons de plus près les trois hypothèses nécessaires (mais non suffisantes) à l’efficacité de la relance keynésienne. Pour les deux premières, je cite Paul Krugman, un des plus fervents supporters des déficits actuels.

Incompréhension de la contrainte budgétaire de l’Etat

Paul Krugman :

“[…] very few people have the knowledge or inclination to estimate the impact of current government budgets on their lifetime tax liability”

« […] très peu de gens ont la connaissance ou la volonté nécessaires pour évaluer l’impact des budgets publics actuels sur leurs feuilles d’impôts futures »

Cette hypothèse suppose que vous ne comprenez pas qu’un déficit présent signifie un impôt différé, ou en tout cas que vous peinez à le mesurer pleinement. Aussi, vous ne parviendrez pas à reproduire correctement les ajustements de votre épargne que j’expliquais plus haut. Donc, l’efficacité de la relance induit votre manipulation, elle vient de ce qu’en brouillant votre perception du futur, l’Etat vous conduit à agir différemment de ce qui vous aurait paru optimal si vous aviez pleinement compris votre situation. On vous cache votre dette (publique) pour que vous vous sentiez plus riche que vous ne l’êtes réellement. Vous conduisant donc à faire ce que vous estimeriez être des erreurs.

Deux questions philosophiques se posent. D’abord, le droit d’un gouvernement d’induire délibérément en erreur ses citoyens. Ensuite, la question de savoir si une politique qui se fonde sur l’incompréhension de la population est démocratique. Le peuple peut-il souhaiter quelque chose précisément parce qu’il ne le comprend pas ?

Puis, se pose la question des effets économiques. Il y a peut-être de bonnes raisons pour lesquelles vous auriez épargné si vous aviez compris les implications du déficit. Quels seront les effets pervers quand vous serez, plus tard, surpris par la hausse des impôts ?

Limitation de l’accès au crédit

Paul Krugman :

“[…] many people are liquidity constrained

« […] beaucoup de gens ont des contraintes de liquidité »

La deuxième hypothèse est que certaines personnes n’ont pas un accès total au marché de l’épargne. Ce que veut dire Krugman, n’est pas qu’ils ne peuvent pas épargner, cela vous le pouvez toujours. Il évoque plutôt le fait que la banque n’accepte pas toujours de vous prêter de l’argent. C’est donc le crédit qui vous est restreint.

Autrement dit, si on vous taxe maintenant, et que votre épargne est nulle, vous consommerez l’ensemble de votre revenu après impôts, mais pas davantage car la banque refuse de vous financer. Aussi, si on diffère votre impôt, vous pourrez désormais consommer davantage que vous n’auriez pu précédemment. Dans votre cas, Krugman a raison de dire que l’équivalence ricardienne ne fonctionne pas.

Mais alors se pose une autre question : pourquoi la banque n’acceptait-elle pas de vous avancer de l’argent ? Il y a peut-être de bonnes raisons. D’ailleurs, on reproche souvent aux établissements de crédit de prêter à n’importe qui (la crise des subprimes est l’exemple brûlant). Que veut dire Krugman ? Que l’Etat lui peut s’amuser à avancer de l’argent à des gens à la solvabilité incertaine, là où la morale condamnerait les établissements privés qui le feraient ?

Les gens sont mortels

Le débat sur cette dernière hypothèse est peut-être le plus cynique. Pourquoi l’équivalence ricardienne a-t-elle effectivement besoin de supposer les contribuables immortels ? Simplement parce que si un citoyen s’attend à mourir entre le moment où la dépense publique a lieu et celui où elle sera remboursée, alors il ne paiera pas l’impôt différé. Le transfert de pouvoir d’achat du futur vers le présent est donc net du moindre coût pour lui. Il n’a donc aucune raison d’ajuster son épargne.

Robert Barro n’est pas un fou, et dans son modèle il n’avait pas considéré les individus immortels. Il avait formulé cette hypothèse sous la forme d’une « dynastie immortelle », qu’on pourrait reformuler plus simplement en altruisme intergénérationnel. Autrement dit, l’hypothèse ricardienne tient si les contribuables sont aussi sensibles à l’intérêt de leurs descendants qu’au leur. S’ils sont égoïstes, il n’y a plus d’équivalence ricardienne et les hommes politiques arrosent la génération des électeurs actuels du pouvoir d’achat des électeurs futurs.

James Buchanan, qui avait étudié le texte de Ricardo avant l’article de Barro, était pour cette raison devenu un avocat d’une interdiction constitutionnelle des déficits. En effet, si on suppose les individus rationnels et pleinement conscients des implications fiscales futures, alors l’intérêt principal de la politique budgétaire vient de la capacité d’une génération à capter les revenus des générations suivantes, pas nées, trop jeunes, ou trop inconscientes pour s’y opposer.

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Bibliographie

Barro, Robert J, 1974.”Are Government Bonds Net Wealth?”, Journal of Political Economy, University of Chicago Press, vol. 82(6), pages 1095-1117, Nov.-Dec..

Buchanan, James M., [1958] 1999f. “Public Principles of Public Debt: A Defense and Restatement”.  Vol. 2 of The Collected Works of James M. Buchanan.  Indianapolis, Ind.: Liberty Fund.

Ricardo, David, 1820. Essay on the Funding System

Les citations de Paul Krugman viennent de son blog et son retrouvables facilement.

22 responses to Ricardo, Keynes, la dette publique et la jeunesse

  1. 

    « alors tout stimulus budgétaire pour relancer la consommation devrait provoquer une hausse équivalente de l’épargne privée. Et ainsi, l’effet de la relance serait inexistant. »

    La hausse equivalente n’est-elle pas necessaire quelle que soit la volonte des investisseurs? Si la dette globale augmente (publique+privee), ne faut-il pas que l’epargne augmente en consequence?

    • 

      Je ne suis pas certain de comprendre votre question.

      La dette globale (publique+privée) dépend des investisseurs, vu qu’ils peuvent eux même composer une partie de cette dette.

      Peut-être voulez-vous dire que même si l’Etat parvient à augmenter la dette, il faut bien qu’il y ait une hausse égale du nombre de prêts à l’état ?

      Il doit y avoir plein d’explications tortueuses à ce propos, mais une explication simple serait de dire que ça peut-être de l’épargne étrangère qui finance la dette publique….

      • 

        Effectivement, si la hausse de la dette est financee par l’etranger, tant pis pour eux et la relance pourrait effectivement fonctionner (la hausse des depenses de l’etat augmenterait le PIB au franc le franc). Il faut quand meme une bonne dose d’optimisme pour y croire!

    • 

      Je pense comprendre l’origine de la question de dede et comme souvent en économie, la réponse provient de l’ambigüité du sens des mots utilisés, mais il n’est pas nécessaire de recourir au fournisseur de capital étranger pour équilibrer le système.

      Le stock d’épargne des investisseurs est inchangé lorsque le gouvernement recours au déficit. Les investisseurs remplacent seulement dans leur bilan du cash par une créance de même montant sur l’État. Ne pas confondre le flux de cash et l’effet mix de bilan. Mais ce cash retourne typiquement très vite dans le secteur privé via la dépense publique. Ce cash-inflow compense en grande part l’anticipation d’impôt futur. Il n’a donc pas de raison très convaincante de modifier significativement le comportement d’épargne du secteur privé dans son ensemble, ce que confirment les études empiriques, comme l’indique Acrithène.

      • 

        Petite erreur de raisonnement ou incompréhension de ma part.

        1. Mais ce cash retourne typiquement très vite dans le secteur privé via la dépense publique. (OK)
        2. Ce cash-inflow compense en grande part l’anticipation d’impôt futur. (OK)
        3. Il n’a donc pas de raison très convaincante de modifier significativement le comportement d’épargne du secteur privé dans son ensemble (Attention !)

        Il y a une erreur de raisonnement. L’épargne du secteur privé comprend la dette publique, car c’est le secteur privé qui la paye, le contribuable. Donc, comme vous le dîtes, le secteur privé maintient un niveau d’épargne NETTE constant. Or cette constance de l’épargne NETTE implique une hausse de l’épargne privée égale au déficit public. C’est ça l’équivalence ricardienne.

        La non équivalence ricardienne des études empiriques vient du fait que les citoyens ont des raisons très convaincantes d’augmenter leur épargne, mais ne les comprennent pas !

        La vraie raison pour laquelle il est possible, dans le modèle keynésien de répondre à la question de dede sans faire appel à l’étranger, est qu’en l’absence d’équivalence ricardienne (plus toutes les autres hypothèses du keynésianisme), le PIB n’est une variable explicative mais expliquée. Autrement dit, ce n’est pas un gâteau fixe à partager. Le déficit public se financerait donc pour partie par la ponction d’une épargne qui était destinée aux investissements privés, un effet négatif présent dans IS-LM et appelé « éviction » ; mais aussi pour une deuxième partie en prélevant une fraction de la hausse du PIB permise par la relance.

        • 

          Ah… Les joies de l’économie… My 2 cents:

          Je ne vois pas la transaction entre le privé et le public comme nécessairement une activité d’épargne (la valeur nette -net worth- du secteur privé est inchangée au moment de la transaction) mais comme un asset swap : cash contre bond. La transaction est possible même avec un secteur privé dont le taux d’épargne (savings rate) est nul dans l’année. J’ai seulement besoin d’un stock initial de cash. Il s’agit donc dans cette lecture d’un arbitrage de préférence de liquidité, pour penser à la Keynes, à visée de dé-thésaurisation.

          Il est certes plus classique de présenter la souscription à la dette publique comme une réduction de consommation privée, ce qui, compensé par la consommation publique, donne l’équivalence de demande agrégée, le point de Ricardo me semble-t-il. Mais l’option du simple asset swap est sans doute beaucoup plus fréquente dans le monde réel. Il me semble me souvenir que Ricardo lui-même ne défendait pas vraiment le réalisme de sa proposition élégante au premier abord.

          • 

            Je pense que vous faîtes une erreur en raisonnant en même temps sur les marchés réels (épargne) et monétaire (préférence pour la liquidité).

            Dans le modèle IS-LM, la politique budgétaire est un déplacement du marché réel, c’est-à-dire IS. Ce déplacement crée une tension sur le marché des capitaux, qui fait croître le taux d’intérêt, et donc décourage la préférence pour la liquidité, car elle augmente son manque à gagner (quand l’argent est sous le lit, on a le taux d’intérêt en manque à gagner).

            Tout ce dont nous parlons ici correspond au déplacement de la courbe IS, qui dépend de la fonction de consommation. L’équivalence dit, le déficit ne devrait pas changer la consommation, car la valeur présente des revenus d’un individu est inchangée par rapport à une taxe immédiate. Dès lors, le mouvement de IS est epsilonesque.

            Si IS ne bouge pas, il n’y a aucune raison d’aller inspecter l’effet sur le marché monétaire. Le taux d’intérêt n’aura pas bouger, et donc les détenteurs de liquidité ne verront pas non plus leur comportement changer.

            Si l’équivalence est fausse, c’est pour les raisons évoquées par l’article, qui ne sont pas rationnelle et qui s’explique par des erreurs de jugements des agents économiques. Ce que disent les keynésiens et les manuels.

            • 

              La lecture IS-LM est-elle celle de Barro? Je n’ai jamais lu son papier. Ce ne peut-être celle de Ricardo.

              • 

                Ni Ricardo ni Barro n’utilisent IS-LM, qui est un modèle keynésien que plus grand monde n’utilise hors des salles de classes. On peut très bien expliquer l’implication de l’équivalence dans le modèle IS-LM, en montrant que la courbe (IS) devient insensible à la politique budgétaire.

  2. 

    Bonjour,
    Je comprends le principe, mais quid si la relance de l’État est rentable ? N’est-ce pas là l’argument socle des émules de Keynes ?

    L’État est en récession à cause du capitalisme sauvage,
    L’État s’endette pour relancer l’économie,
    La machine économique repart,
    L’État sera plus riche demain qu’aujourd’hui et remboursera alors sa dette.

    Il me semble que l’équivalence Ricardienne ne s’applique que si l’on fait l’hypothèse que le contribuable aura le même pouvoir d’achat aujourd’hui que demain – donc en gros que la relance de l’Etat n’aura généré aucune croissance.

    • 

      Bonjour,

      Votre raisonnement est déséquilibré.

      Si la relance crée de la richesse nette, c’est a supposer qu’elle a un effet fort sur la demande globale actuelle.

      Imaginons que la création nette dont vous parlez soit de 10 euros par habitant.

      Au nom de équivalence ricardienne, seule cette création nette justifie une hausse de la consommation présente. Mais au nom d’un raisonnement analogue a l’équivalence, cad la capacité de déplacer dans le temps son pouvoir d’achat, il n’y a aucune raison que les agents dépensent ce gain de richesse nette principalement aujourd’hui. Ils en étaleront plus probablement les bénéfices dans le temps.

      En conséquence, l’effet de la relance sera faible et non fort… comme nous l’avions supposé. Ce qui signifie que la création nette serait plutôt de 5 euros. Notre raisonnement n’est donc pas équilibré. Refaites le raisonnement avec 5 euros, et vous trouverez qu’il s’agit en fait de 2 euros, et ainsi de suite jusqu’à trouver que la seule valeur cohérente est nulle ou epsilonesque.

      Et alors l’équivalence ricardienne sera pleinement retrouvée.

      • 

        Et non je ne crois pas que beaucoup de keynésiens sérieux vont jusqu’à prétendre que les déficits réduisent la dette. Leur argumentation tourne autour des hypothèses que j’ai décrites dans l’article.

  3. 

    En tant que membre de la fameuse génération Y, la fin de l’article me semble expliquer très nettement l’un des mécanismes défaillant de notre époque. La génération des baby-bommers ayant massivement vécu sur une philosophie de jouissance sans entrave, on peux résumer leur attitude par quelque chose comme « après moi le déluge » (que ce soit financer, mais aussi écologique ou institutionnel). Dans leur cas et tant qu’ils dominent le climat économique, l’équivalence ricardienne était donc effectivement fausse, et ca expliquerait l’attrait temporaire du keynesianisme, qui pouvait temporairement « marcher ».

    Ainsi, les individus des générations suivantes se trouvent dans 2 cas de figures :
    – des parents individuellement responsables et ricardiens, ayant augmenter leur épargne car bénéficiant des actions de l’état, lassant des descendants avec de l’épargne et une dette étatique écrasante (générée par ensemble de la classe d’âge sans que ces parents ne puissent rien y faire).
    – des parents cohérents avec leur génération, qui ne laisseront que peu ou pas de patrimoine (voir des dettes) à leurs descendants ET une dette étatique écrasante.

    Par ailleurs j’aurais une question :
    l’hypothèse « Incompréhension de la contrainte budgétaire de l’Etat » implique le masse ne comprend pas l’équivalence ricardienne (probablement vraie à court terme si on en croit les programme politiques élus).
    Mais logiquement les gens finissent un jour par la comprendre, soit car les impôts augmentent effectivement (france acutelle ?), soit la dette de l’état cause un problème de solvabilité (sud de l’euro ?). Donc in fine, cette hypothèse keynesienne ne prépare-t-elle pas par nature la prochaine crise, qui apparaitra car l’effet de relance engendre un effet de contraction équivalent directement après interruption de la relance ?
    De plus, la contraction n’est que équivalente si on considère la dépense étatique aussi efficace en tant qu’investissement que la dépense privée, ce qui me semble fortement douteux a titre personnel, les cycles de contractions étant donc condamnés a être un peu plus fort à chaque fois si l’état cause plus de mal-investissements.

    Et pour finir ce long commentaire, bravo pour ce blog, très instructif et stimulant :)

    • 

      Il y a des études empiriques en rapport avec votre excellente question. Certains articles défendent l’idée que l’équivalence ricardienne devient plus forte quand le niveau de la dette publique est plus élevé. Cela peut être expliqué par une meilleure compréhension des implications fiscales, ou tout simplement par le fait que la nécessité du remboursement se faisant plus pressante, les électeurs comprennent que c’est eux et non leurs petits enfants qui devront finalement payer.

      L’équivalence ricardienne ne s’intéresse qu’au mode de paiement d’une dépense publique, elle ne suppose rien à son propos car elle la tient comme préexistante (dette de guerres par exemple). Il faut évidemment toujours se demander si une dépense publique ne constitue pas un prélèvement de ressources du secteur privé que celui-ci aurait mieux utilisé, mais là on rentre dans le bon sens élémentaire… qu’on ignore trop souvent !

      Merci pour vos encouragements

  4. 

    A propos de la contrainte de liquidité, vous excluez, un peu rapidement à mon goût l’aspect irrationnel du marché et de la finance. Les mêmes entreprises, apportant les mêmes revenus (disons bénéfice net) aujourd’hui que en 2007, valent 2-3 fois moins cher aujourd’hui… Elle peuvent donc s’endetter 2 à 3 fois moins, ce qui pénalise leurs perspectives de croissances et réduit d’autant leurs capacité d’endettement.

    Ceci est du à des perspectives de croissances plus faible mais également à une aversion au risque extrème.

    De même, n’importe quelle banque peut faire faillite tous les soirs, si une partie des épargnants décide brutalement de déplacer son compte en banque ailleurs, aujourd’hui en Europe c’est impossible car une grande partie du compte en banque est garantie par l’état).

    A mon sens le problème n’est pas l’intervention de l’état en période de crise. C’est l’intervention de l’état en période de calme, ou l’excés d’intervention de l’état en période de crise. Il n’est pas malsain que l’état cherche à rétablir une confiance qui est ébranlée par l’irrationnel de certains.

    Le problème c’est que cela suppose que les dettes doivent être remboursée rapidement après… Pour pouvoir le refaire encore plus tard…

    • 

      Ce qui gênant dans ce genre de raisonnements, c’est qu’on ignore ou passe l’épargne concrètement ? Les gens la conserve sous leur lit ?

      Dans ces raisonnements, l’épargne double parce que les gens ont peur, et les dettes se divisent par deux parce que les gens ont peur. Evidemment, ce n’est hélas pas possible, les deux devant être, après correction des déséquilibres extérieurs, égales.

  5. 

    Je ne comprends pas trop la réponse.

    Mais je dirais qu’ils la placent en actif qu’ils estiment sans risque (Or, Cash, dettes d’état, immobilier). En plus la dette ne va pas être divisée par 2 instantannément. C’est le flux qui change, pas le solde (à court terme). Et tout actif n’est pas nécessairement la dette de quelqu’un d’autre.

    Et oui parfois (régulièrement même pour certains), ils la mettent sous leur lit! Pourquoi les gens achètent-ils de l’or

    • 

      La réponse dit juste qu’en termes réels, l’épargne de quelqu’un est prêté à quelqu’un d’autre, sans quoi elle ne servirait pas d’intérêts. Et donc si l’épargne de certains montent, la dette d’autres montent aussi.

      Prenons votre liste.

      Or : il n’y en a pas significativement plus qu’avant. Donc cela ne résout pas la question, car les gens qui achètent de l’or le font à des gens qui le vende et récupère la même valeur qu’ils doivent eux-mêmes placer quelque part. Donc ça ne résout pas le problème, ça le bouge d’un épargnant à l’autre.

      Cash : ok, C’est l’argument keynésien. Mais cela ne doit pas représenter l’essentiel.

      Immobilier : c’était une mauvaise idée aux USA ou en Espagne. Mais si on admet, la remarque sur l’or vaut toujours. Celui qui achète place sont épargne, celui qui vend en récupère le même montant à placer ailleurs et donc la question n’est pas résolue (sauf si le nombre de logements augmente).

      Dette d’Etat : oui, c’est une vraie solution. Donc l’épargne ne va pas aux entreprises car l’Etat accroît sa dette. Donc c’est le déficit public qui empêche l’investissement des entreprises. Ce qu’il y a de commode avec cette explications, c’est qu’elle est même constatable dans le modèle IS-LM ( http://en.wikipedia.org/wiki/Crowding_out_(economics) )

      • 

        Vous inversez la causalité… Peut-être que les gens ne voudraient pas prêter aux entreprises mais veulent bien prêter à l’état. Auquel cas, si l’état utilise cet argent pour rompre la crise de confiance. L’état ne pompe pas d’argent aux entreprises, au contraire, il refocalise l’épargne vers le risque… (Encore une fois en période de crise)

        Mais la période de crise est en effet impossible à déconnecter de la reprise. Et peut-être qu’une forte crise régulière compensée par une croissance plus forte encore est mieux qu’une faible croissance éternelle.

        • 

          Ce qui n’est valable que dans une trappe à liquidité, c’est-à-dire une situation où les gens détiennent leur épargne sous forme monétaire, sous leur lit ! Et encore, dans le modèle keynésien.

          Pour l’épargne versant des intérêts, c’est faux et même impossible. Lorsque l’Etat a un déficit, il fait concurrence aux investissements privés S=I+(G-T). L’épargne est séparée entre investissements privés (réels) et déficit public. Donc à déficit public fixe, la hausse de l’épargne se traduit par la hausse de l’investissement, car ce sont les deux versants d’un même marché.

  6. 

    Bonjour,

    De prime abord, je vous félicite pour cet article très bien écrit et fort pédagogique.

    J’ai quelques remarques tout à fait amicales:

    1. Vos arguments à l’encontre du bien-fondé du keynésianisme (obscurantisme, absence de screening des crédits et sacrifice intergénérationnel) sont fort intéressants mais pourraient sans doute être complétés (pour mieux déstabiliser les keynésiens?!).

    – L’inconscience des contribuables comme condition sine qua non de la réussite de la relance budgétaire s’avère moralement condamnable mais ne démontre pas l’inefficacité d’une telle mesure. A la place, je m’appesantirais plutôt sur la faiblesse du raisonnement, qui est « l’équivalence » de la relance. Dans les années 90, le Japon avait mené une relance budgétaire en construisant des auto routes partout qui mènent nulle part. Résultat: le Japon s’est endetté pour rien car il ne s’est toujours pas sorti du piège déflationniste, d’où l’inefficacité du multiplicateur keynésien.
    – L’inefficacité du multiplicateur keynésien viendrait finalement de l’inégalité de l’accès à la relance, surtout dans un contexte fort internationalisé (on le voit bien avec l’excellent résultat de la relance Mauroy).

    2. Il y a un point soulevé dans vos messages que je trouve intéressant de développer davantage.

    – L’éviction qu’exerce l’Etat à l’encontre du secteur privé serait transitoire. L’idée est qu’en générant des revenus supplémentaires dans l’économie l’Etat se retire après que investissements et consommations privés prennent le relais. Le surplus des recettes fiscales permet donc à l’Etat de rembourser le principal et l’accessoire. C’est comme si l’Etat cherchait d’atteindre le point culminant de la courbe de Laffer (puisque les impôts sont différés). De plus, la relance serait d’autant plus efficace si entre temps le déficit est financé par l’épargne étrangère (pour atténuer l’effet d’éviction).

    Ce qui est problématique serait plutôt les hypothèses selon lesquelles la richesse créée serait suffisante pour rembourser la dette à temps (pour que la déflation par la dette ne puisse annuler la relance); le secteur ciblé exercerait des externalités suffisamment importantes.

    Sinon, bonne continuité pour ce blog très intéressant.

    • 

      Je suis d’accord avec vous. Heureusement ce blog est fait pour durer et aura l’occasion de revenir sur ces autres arguments importants.

      Merci beaucoup pour vos encouragements, j’espère vous compter parmi les commentateurs réguliers ;)

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