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Ce qui est fascinant dans le marketing politique, c’est sa capacité à générer des débats absurdes dont la longévité atteint souvent des semaines, et parfois des décennies. La méthodologie est simple, lire Descartes, et suivre l’inverse de ses préceptes. Si vous êtes mathématicien, vous essayez de poser votre problème de la plus simple des manières pour le résoudre le plus rapidement. Si vous êtes politicien, faîtes le contraire, et vous embrouillerez peut-être les électeurs bien au-delà de votre propre horizon politique.

Sans aucun doute, le « pacte de responsabilité » est un concept qui sonne, même à l’oreille peu avertie, plus pipologique que mathématique. Et comme tous les concepts ainsi définis, il a le potentiel de générer des débats sans queue ni tête. D’un côté du champ de bataille, ses promoteurs défendent les emplois créés par une réduction du coût du travail. A l’opposé, ses adversaires dénoncent un cadeau fait, sans contrepartie, au patronat.

Ce débat est ubuesque pour la simple raison que les cotisations sociales ne sont, pour l’essentiel, pas payées par les entreprises. En conséquence, ne faisant pas partie du coût du travail, leur réduction n’est ni un cadeau pour les entreprises ni une piste prometteuse pour lutter contre le chômage. Ce qui, bien entendu, ne signifie pas qu’il ne faille pas les baisser.

Suis-je à ce point ignorant qu’il faille me montrer une feuille de paye pour me faire constater que les entreprises doivent s’acquitter de cotisations patronales conséquentes ? Justement, le « pacte de responsabilité » n’est finalement qu’une embrouille parmi un spectacle de prestidigitation qui dure depuis des décennies et dont l’illusion fondamentale est le partage légal du financement de la Sécurité Sociale entre salariés et employeurs.

L’idée que l’Etat répartit, par des taux administratifs, le poids des charges sociales entre employeurs et salariés n’a que trois conséquences concrètes. Organiser un débat absurde sur la définition de ces taux. Faire croire à la population salariée qu’elle obtient un service remarquable au regard de ce qui lui en coûte. Et enfin de devoir consacrer trente minutes du cursus de sciences économiques à expliquer aux étudiants que cette répartition légale n’a aucune espèce d’importance. Comme le résume Joseph Stiglitz dans manuel (1988), « cela ne fait aucune différence que les cotisations sociales soient payées pour moitié par l’employeur et pour moitié par le salarié, ou entièrement par l’un ou l’autre. »

Ce n’est pas l’Etat qui décide de qui paye les charges sociales (et les impôts en général), mais l’offre et la demande. La partie qui sur laquelle tombe le poids des cotisations est celle qui ne peut dire à l’autre : « si tu ne les prends pas à ta charge, je m’en vais ». Que les salariés décident de démissionner s’ils n’obtiennent une augmentation de salaire pour compenser la hausse des charges, et les employeurs devront prendre à leur charge des cotisations dîtes salariales. Que les employeurs réduisent leur demande de travailleurs en réaction à une hausse des charges dîtes patronales, et le salaire net de l’économie baissera (ou ralentira) de sorte que le coût en sera en définitif porté par les salariés.

En somme, l’Etat décide de la somme des taux, et les mécanismes décrits plus haut se chargent de la répartition réelle de l’impôt, de ce que les économistes appellent « l’incidence fiscale ». Le taux administratif ne fait que créer une ligne comptable, le salaire brut, qui n’intéresse ni l’entreprise (ce n’est pas ce qu’elle paye) ni le salarié (ce n’est pas ce qu’il reçoit).

Evidemment, cette illusion existe depuis plus d’un demi-siècle et imprègne si bien la société toute entière qu’on n’hésite pas à bâtir des politiques économiques dessus. Leur effet, généralement contenu dans la marge de l’inflation, est limité au temps de renégociation des salaires. Aussi, la première question à se poser est de savoir qui paye les cotisations patronales ? En effet, si ces cotisations sont réellement payées par les salariés, la mesure ne changera, à moyen terme, ni le coût du travail ni le taux de chômage.

Trois intuitions théoriques conduisent à penser que les charges sont essentiellement portées par les salariés. La première est que le coût du travail est lié à la productivité au sein d’un marché qui dépasse les frontières nationales. On ne peut faire payer aux entreprises le coût de la santé si elles peuvent s’installer ailleurs. La seconde est que les entreprises sont plus enclines à adapter leur masse salariale au coût du travail que les salariés ne sont sujets à adapter leurs temps de travail aux variations du salaire net. La dernière raison est que le salarié devrait être relativement indifférent à l’existence des cotisations vu que celles-ci lui sont rendues sous la forme de prestations. Bien sûr, cette dernière intuition suppose une Sécurité Sociale relativement efficace.

D’un point de vue empirique, un grand nombre de pays, France comprise, ont connu des variations de taux de cotisations depuis la création des Etats-providence. La plupart du temps à la hausse, mais parfois aussi à la baisse. Un résultat récurrent se dégage des études empiriques sur ces politiques : les variations de cotisations se répercutent sur les salaires nets et non sur le coût du travail, et surtout n’ont en conséquence pas d’effet significatif sur le chômage. Le cas le plus frappant et extrême est sans doute la suppression de la Sécurité Sociale chilienne en 1981. Sur la seule année 1982, les cotisations patronales chutèrent de 8.5% au Chili, sans effet ni sur le taux de chômage ni sur le coût du travail (Gruber, 1997).

Les emplois au SMIC constituent une exception importante à ces raisonnements, dans la mesure où la contrainte légale empêche le marché de s’ajuster librement. Mais dans ce cas faudrait-il concentrer la réduction de charges sur cette partie de la population, voir prendre le problème à la racine en supprimant le salaire minimum. J’ajoute à ce billet que c’est au niveau du SMIC que se concentre le chômage en France, comme le montre ce graphique issue de l’Enquête Emploi 2012 et emprunté à David Thesmar sur son compte twitter (@dthesmar).

Taux de chômage selon le salaire moyen de la CSP - Enquête Emploi 2012

Taux de chômage selon le salaire moyen de la CSP – Enquête Emploi 2012

Gruber, Jonathan, 1997. "The Incidence of Payroll Taxation: Evidence from Chile," Journal of Labor Economics, University of Chicago Press, vol. 15(3), pages S72-101, July.

Stiglitz, Joseph, 1988. Economics of the Public Sector, Second Edition, W W Norton and Company, New York and London, chapter 18 ("Tax incidence") (traduit par l’auteur)

Depuis un petit moment j’ai derrière la tête l’idée de faire un billet qui explique simplement l’immense intérêt de l’économétrie à mes lecteurs. Je ne doute pas que ces certains d’entre eux aient déjà lu sur la toile le texte d’un économiste « autrichien » (je parle ici de l’école dite « autrichienne » d’économie, pas de la nationalité) auto-proclamé leur expliquant que les économistes «  mainstream » n’ont rien compris car ils croient analyser des liens de causalité là où les statistiques n’offrent que des corrélations.

Bref, je cherchais un article d’économétrie relativement simple – très rare – qui établisse un lien de causalité convaincant sur un sujet de fond susceptible d’intéresser le grand public. Et j’ai trouvé le candidat idéal, un article du Journal of Econometrics sur les effets de l’assurance chômage (Lalive, 2008)

La problématique est de savoir si l’assurance chômage crée du chômage. Il se trouve en effet qu’on observe une corrélation entre les paramètres de l’assurance chômage (taux de remplacement du salaire et durée d’indemnisation) et le taux de chômage, que ce soit dans le temps ou dans l’espace. Interpréter cette corrélation est compliquée car au moins trois types d’histoires peuvent l’expliquer.

  1. D’abord, il est possible que ce soit l’assurance chômage qui augmente le taux de chômage. Plus les chômeurs sont indemnisés, moins ils s’empressent de retrouver un emploi. Par ailleurs, plus l’assurance chômage est importante, plus le sont les charges sociales qui la financent. Le coût du travail s’en trouve augmenté, décourageant l’emploi.
  2. Histoire inverse : c’est l’importance du chômage qui créée une demande politique des citoyens pour un système d’assurance plus développé. C’est alors le niveau du chômage qui modifie la manière dont il assuré.
  3. Autre possibilité, c’est une troisième variable non observée qui cause les deux phénomènes. Par exemple une idéologie politique qui implique à la fois une forte indemnisation du chômage, et par ailleurs des dysfonctionnements économiques causant le chômage.

Bref, lorsque A et B sont corrélés (c.a.d. s’observent généralement en même temps), on ne sait pas si c’est A qui cause B, B qui cause A, ou C qui cause à la fois A et B.

En médecine, on prendrait deux groupes de rats identiques, on donnerait un traitement actif au premier groupe, et un traitement placebo au deuxième. Mais en économie, hors de la Corée du Nord, expérimenter est plus compliqué. Cependant, il arrive que tels ou tels politiques ou évènements créent une situation semblable à une expérimentation.

En 1988, l’Autriche a très fortement prolongé la durée des indemnisations chômage. Mais cette réforme n’a concerné qu’une partie des autrichiens. En effet, elle était limitée à une partie du pays, et seulement aux plus de 50 ans. Ainsi, cette réforme a créé à la fois un groupe test et un groupe contrôle.

La carte qui suit montre en bleu les régions d’Autriche qui étaient concernées par la réforme.

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Ici, les gens ayant une formation scientifique auront peut-être envie de m’arrêter. Si en médecine, le chercheur avait pris pour son échantillon de contrôle des rats d’un âge différent du groupe testé, son expérience aurait eu bien peu de valeur. Or dans le cas du chômage, il est évident que les plus de 50 ans sont affectés différemment du reste de la population active. Par ailleurs, si le gouvernement autrichien a choisi de n’appliquer sa réforme qu’à certaines régions et pas à d’autres, ce n’est sans doute pas par hasard. Bref, les deux groupes doivent différer au regard du chômage pour des raisons qui n’ont pas de rapport direct avec l’assurance chômage.

Certes. Mais qu’en est-il de la différence entre un autrichien ayant à peine plus de 50 ans et de celui ayant à peine moins. Sont-ils fondamentalement différent ? Qu’en est-il de l’autrichien qui vit à 10 minutes de la frontière de la zone réformée et à l’intérieur vis-à-vis de celui qui vit à 10 minutes de l’autre côté de cette frontière ? Sont-ils fondamentalement différents ?

Leurs principales différences au regard du chômage sont le fait d’être éligibles ou non à l’allongement de la durée d’indemnisation. Et l’analyse de cette discontinuité permet d’établir un lien de causalité impressionnant, montrant l’effet pervers de cet allongement. Pour filer l’analogie médicale, il faut dire que cet allongement constituait un traitement de cheval vu qu’il faisait passer la durée d’indemnisation maximale de 30 à 209 semaines.

Le premier graphique montre la durée moyenne de chômage des hommes par âge après la réforme, dans les régions concernées. On voit clairement une forte discontinuité au seuil d’applicabilité de la réforme. Les personnes étant juste au-dessus de 50 ans restent deux fois plus longtemps au chômage que celles juste en dessous.

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Le second graphique suit la même logique. Il présente la durée du chômage des plus de 50 ans, selon leur distance de la frontière de la zone de traitement : à l’extérieur de la zone à gauche, à l’intérieur à droite. On observe une discontinuité semblable.

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Les deux graphiques qui suivent sont exactement les mêmes que les précédents, mais avant la réforme. La discontinuité y était clairement moins évidente.

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Notons que l’effet final est relativement limité : une semaine d’allongement du chômage pour dix semaines d’allongement des indemnités.

Source : Lalive, Rafael, 2008. "How do extended benefits affect unemployment duration A regression discontinuity approach," Journal of Econometrics, Elsevier, vol. 142(2), pages 785-806, February.

Ce billet propose une revue de littérature des études empiriques sur le contrôle des loyers. Hausse des loyers à long terme, baisse de la qualité, dérèglement de la bonne allocation des logements, hausse du chômage…

Dans les cours d’introduction à l’économie, le contrôle des loyers est souvent l’exemple canonique d’une politique stupide. La cause est à ce point entendue qu’une enquête de 1992 interrogeant plus d’un millier de professeurs faisait du contrôle des loyers l’objet du plus grand consensus au sein de la communauté des économistes. Seul un sur vingt estimait que ces contrôles ne dégradaient par la qualité des logements ni n’en réduisaient la quantité disponible (Alston et al, 1992).

Je vous ai décrit dans un billet précédent les conséquences théoriques des projets de Mme Duflot. Mais notre ministre n’est pas la première démago que la terre ait portée, et, en dépit du bon sens, le contrôle des loyers a déjà existé un peu partout et depuis bien des années, de sorte que les économistes ont déjà eu l’occasion de tester empiriquement les prévisions de la théorie. Petite revue des effets observés…

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La jeunesse des pays fragilisés migre vers les pays sains. Ce faisant elle aggrave durablement les déséquilibres générationnels de la pyramide des âges des pays endettés au profit des pays sains. L’équilibre budgétaire de la Sécurité Sociale des pays en crise s’en trouve d’autant plus dégradé à long terme.

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L’expérience de la crise économique actuelle montre que non content de créer du chômage structurel en période d’expansion, la protection de l’emploi est impuissante à empêcher la hausse du chômage induite par une récession.

Dans un précédent billet, je vous avais exposé quelques raisonnements théoriques sur la protection de l’emploi qui montraient :

  • Que la protection de l’emploi conduisait à une augmentation du chômage structurel ;
  • Qu’elle dégradait la productivité des emplois existants ;
  • Et que son effet sur le chômage conjoncturel était équivoque.

Je ne reviens pas sur les raisons de la perversité de la protection, vous renvoyant aux détails de mon billet sur le sujet. En revanche, je vous propose aujourd’hui quelques graphiques avec des données plus récentes afin de tester ces conclusions.

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Contrairement à l’Allemagne et le Royaume-Uni, en France les fils d’immigrés non-européens sont économiquement moins intégrés que leurs parents.

Dans un billet sur les taux de pauvreté, je cherchais à vous convaincre que le la différence dans les taux de pauvreté entre Etats-Unis et la France n’était qu’un artifice, qui traduisait deux différences entre les deux pays, sans rapport direct avec leur capacité à lutter contre la pauvreté. D’abord l’écrasement des classes moyennes en France conduisait à un seuil de pauvreté (défini comme 50% du revenu médian) bien plus bas en France ($10 000 ppa) qu’aux Etats-Unis ($15 500 ppa). Et ensuite, que les Etats-Unis avaient accueillis bien plus d’immigrés venus des pays pauvres, principalement hispaniques, ces deux dernières décennies que ne l’avait fait la France. La part de la population américaine née hors des Etats-Unis est en effet de 12,7%, tandis que la part de la population française née hors de l’Union Européenne n’est que de 5,1%.

L’idée était que si la France accueillait plus d’immigrés, elle aurait aussi beaucoup plus de pauvres. Cette thèse amène naturellement à s’interroger sur le devenir de nos immigrés.

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Le système d’assurance chômage des intermittents du spectacle cause des dysfonctionnements majeurs du marché du travail dans cette industrie, dont le coût – 16 milliards d’euros sur ces 20 dernières années, pour sa seule partie visible – est à la charge du reste de l’économie.

L’économie du spectacle est un serpent de mer de la dépense publique. Un serpent dont le coût est inchiffrable vu que cette économie profite d’un grand nombre de fontaines à subventions, de la redevance audiovisuelle, aux subventions aux arts, mais aussi par son régime d’assurance chômage si particulier. Ce dernier, sur ces seules vingt dernières années, représente un trou d’environ 16 milliards d’euros.

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Comprendre la politique de l’emploi tient davantage de la psychologie que de la science économique. Et c’est sans doute pourquoi la politique diverge tant, sur cette question, des recommandations des économistes. N’étant pas psychologue, je me limiterai à souligner deux aspects clés du problème.

  • Premièrement, les citoyens sont plus sensibles à ce qui est visible qu’à ce qui ne l’est point. Or la société et ses commentateurs – qu’il s’agisse de ses représentants politiques, de ses journalistes et même de ses intellectuels – se focalisent bien davantage sur les emplois qui existaient mais ont disparus, que sur ceux qui pourraient exister, mais ne verront jamais le jour.
  • Deuxièmement, l’homme est bien plus averse aux pertes qu’il ne trouve de bonheur dans les gains [1].

Ainsi l’opinion publique porte excessivement son attention sur la destruction des emplois, et trop peu sur leur création. En effet, les destructions d’emplois sont non seulement bien plus visibles, mais en plus sont-elles perçues comme bien plus douloureuses que les créations ne sont réjouissantes. Pourtant, le progrès économique tient pour l’essentiel à un processus que Joseph Schumpeter appelait destruction-créatrice, et on ne peut empêcher la destruction sans faire caler l’économie toute entière.

Aussi, si nous souhaitons étudier l’évolution du chômage de manière correcte, devons-nous considérer ses variations comme la différence des destructions ET des créations d’emplois. Et donc analyser les deux phénomènes avec une égale attention. L’objet de ce billet est donc principalement de vous présenter les conséquences perverses de la protection sur les créations d’emplois, conséquences qui, au regard de leur nocivité, sont trop largement ignorées du public.

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David Ricardo

Suite de ma série de billets sur l’emploi… Je propose dans ce second billet de remettre la question de la mondialisation à sa juste place dans le débat sur le chômage, c’est-à-dire à une place bien moins centrale que celle que lui donnent les hommes politiques, les syndicats et les journalistes.

L’enjeu le plus important sera de vous convaincre que les causes du chômage ne se trouvent pas à nos frontières mais à l’intérieur du pays, et d’éjecter le concept pipologique de la compétitivité des nations.

Oubliez la compétitivité !

Le débat économique est régulièrement pourri par des notions qui ne sont pas pertinentes. La compétitivité en est un des meilleurs exemples.

Ce concept obsède les politiciens pour deux raisons. La première est que chacun y trouve son intérêt. Certains en font une contrainte obligeant à réduire le coût du travail et à accroître la productivité, les autres s’en servent pour justifier davantage de protectionnisme. La seconde raison est que la compétitivité est un concept tellement répandu par les commentateurs et accepté par le grand public, qu’il est impossible de la déclarer hors sujet.

Pourtant, appliquée aux nations, la compétitivité est une arnaque intellectuelle. Elle agglomère grossièrement un certain nombre de concepts économiques, principalement les coûts, la productivité, la qualité… et les analyse dans le cadre d’une relation de rivalité. Cette analyse est viciée pour deux raisons grossières :

  1. D’abord, la réduction des coûts, les gains de productivité et les améliorations qualitatives sont des fins en soi, et ce même dans une économie autarcique. Loin d’être les moyens de la compétitivité, c’est la compétition qui constitue un moyen d’inciter les individus à réaliser ces objectifs.
  2. Par ailleurs, la rivalité entre deux groupes suppose a) une communauté d’intérêt claire au sein de chaque groupe et b) une divergence d’intérêt entre les deux groupes. Or lorsque Mercedes baisse le prix de ses automobiles, peut-on dire que « La France » est lésée ?  Renault peut-être, mais les consommateurs français, qu’il s’agisse de particuliers ou d’autres entreprises, certainement pas. Aussi, le raccourci qui consiste à décrire une compétition entre France et Allemagne au même titre qu’il existe une compétition entre Mercedes et Renault n’est pas pertinent.

Suis-je une espèce de marginal qui ne comprend rien au monde ? Alors que j’écris ce billet, j’ai à côté de moi l’excellent Economie Internationale de P. Krugman (Princeton) – espérons qu’il m’apporte quelque crédit auprès des keynésiens qui l’adorent - et M. Obstfeld (Berkeley), un manuel de 700 pages réputé être la référence sur le sujet, et dont l’index passe sans ménagement de « Comores » à « Compte courant ». Ces gens-là, non plus, ne croient pas le concept de compétitivité pertinent.

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A l’occasion du franchissement de la barre des 3 millions par la statistique officielle du chômage, je vous propose une série de trois articles synthétisant quelques idées fondamentales sur le fonctionnement du marché du travail.

  1. Dans ce premier article, je raconte l’histoire d’un petit village agricole sujet au progressisme social. L’analyse porte sur les notions que les étudiants américains appellent ECON101, c’est-à-dire les raisonnements sur l’équilibre des marchés décrits dans un premier cours d’économie.
  2. Dans le second billet, j’ajouterai un second produit et un second village, afin de replacer la discussion dans un contexte « international ».  (lien à venir)
  3. Enfin, dans le dernier billet, je rendrai l’histoire un peu plus dynamique, pour expliciter l’effet de l’instabilité conjoncturelle sur l’emploi. (lien à venir)

Suivant cette feuille de route, laissez-moi vous conter aujourd’hui l’histoire d’une économie primitive et libre et de son évolution progressiste vers l’utopie socialiste.

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