Archives de: octobre 2012

Face à la dette publique, l’inflation est-elle notre dernière solution ? C’est en tout cas un remède dont on entend souvent parler. Laissant de côté l’aspect immoral de l’inflation, ce billet propose une petite simulation numérique pour vous convaincre que la destruction de la dette par l’inflation est une illusion passagère.

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Dans un billet précédent, je citais des estimations de la BCE montrant qu’avant la crise, la dette implicite des gouvernements de la zone euro, rapportée au PIB, était trois fois supérieure à celle des Etats-Unis. Parmi les commentaires, se trouvait la référence au fiscal gap, c’est-à-dire à la valeur des écarts futurs entre dépenses et recettes du gouvernement. Ces deux statistiques sont assez différentes :

  • La dette implicite représente des engagements tacites de l’Etat dérivant de dépenses qui ont déjà eu lieu. Par exemple, les droits à la retraite que vous estimez dériver des cotisations que vous avez déjà payées.
  • Le fiscal gap représente la valeur présente de la différence entre la projection des revenus de l’Etat et de ses dépenses à long terme. Ce n’est pas à proprement parler de la dette, car la dépense n’a pas encore été effectuée.

La grande différence, c’est que le fiscal gap est une mesure prévoyante, les déficits anticipés peuvent être évités par une réforme adéquate. En revanche, le non remboursement de la dette implicite n’est possible qu’en cas de défaut sur les engagements tacites pris par l’Etat : réduction du montant des retraites promises, par exemple. La dette implicite vient de déséquilibres des budgets historiques qui n’ont pas été enregistrés par la comptabilité explicite. Le fiscal gap est un déséquilibre des budgets prospectifs. Pour prendre une métaphore médicale, la dette implicite est un mal à guérir, le fiscal gap est un mal à prévenir.

En fait, le fiscal gap est intéressant car il mesure la pérennité du statu quo, c’est-à-dire la capacité financière de l’Etat à maintenir la composition actuelle de ses dépenses et revenus. Et d’une certaine manière, il englobe la prise en charge de la dette implicite.

Le graphique suivant fournit des estimations récentes du fiscal gap pour les pays de l’OCDE. Une bonne manière de le lire, serait :

« Sans effort sur les dépenses, les Etats-Unis devraient immédiatement augmenter leur taux d’imposition de 9,5 points de pourcentage du PIB, s’ils souhaitent que leurs engagements financiers en 2050 soient inférieurs à 50% du PIB »

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Dans mon dernier article sur la dette publique, je vous expliquais qu’au regard des précédents historiques, lorsqu’une économie avancée voit sa dette s’élever au-dessus de 90% de son PIB, elle met en moyenne un quart de siècle à redescendre sous ce seuil. Mais c’est sans compter sur l’énorme dette implicite qui pèse aujourd’hui sur l’Europe des vieux et qui viendra s’ajouter à la dette comptable au cours des 25 prochaines années avec l’explosion du papy boom.

D’après la BCE, avant le début de la crise financière (2007), la somme des dettes explicites et des obligations implicites de la sécurité sociale de la zone euro avoisinait les 400% du PIB, contre 170% aux Etats-Unis. Voyons de quoi il s’agit…

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Généralement, j’essaye d’aller un peu à l’encontre des clichés. Il en sera différemment dans ce billet.

Chacun à l’image de l’Allemagne austère et prévoyante et de la France dispendieuse et rêveuse, et cette perspective est souvent adoptée par les politiciens de droite, et même parfois de gauche. Cette interprétation des différences d’une rive à l’autre du Rhin résiste-t-elle à l’analyse des chiffres ? Hélas, un regard sur les comptes nationaux des deux pays corrobore parfaitement le cliché.

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Cette année, la dette publique de la France a franchi le cap des 90% du PIB. Si la crise européenne est inédite à de nombreux égards, c’est loin d’être la première fois que des économies avancées atteignent un tel niveau d’endettement. Aussi un petit regard sur les épisodes historiques de surendettement public peut-il nous offrir une perspective sur les conséquences du franchissement de ce cap.

Carmen Reinhart (Harvard), Vincent Reinhart (Morgan Stanley) et Kenneth Rogoff (Harvard) ont répertorié 26 occasions au cours desquelles des économies avancées avaient franchi le seuil des 90% et présentent les caractéristiques de ces épisodes dans le Journal of Economic Perspectives de cet été [1].

Trois grands enseignements sont à retenir de ce retour sur l’histoire des deux derniers siècles :

  • Lorsque la dette publique dépasse les 90% du PIB, la croissance économique est significativement affectée.
  • Ce ralentissement économique n’est pas empêché par le maintien de taux d’intérêts faibles, tels qu’en bénéficient actuellement des pays comme l’Allemagne ou la France.
  • Enfin, et surtout, lorsque la dette publique franchit le seuil des 90%, c’est en moyenne pour une durée proche du quart de siècle !

Les précédents historiques

La frise historique à droite représente les épisodes de surendettement (>90% du PIB) des économies avancées depuis deux siècles. Si ni l’Allemagne, ni la Suisse, ni le Danemark ou ses voisins Scandinaves n’y figurent, c’est qu’ils n’ont à ce jour jamais atteint ce niveau de dette. Au contraire, certains pays comme l’Italie ou la Grèce semblent être abonnés au surendettement depuis leur existence moderne. Cela laisse songeur quant aux effets pervers du secours que nous leur portons en nous imaginant naïvement que cela n’impactera pas la bonne tenue de leurs comptes publics dans le futur.

D’autres nations comme la France et le Royaume-Uni ont connu pendant de longues périodes de tels niveaux d’endettement, en grande partie de par leur engagement dans les affaires du monde. D’ailleurs, il semble qu’avant la Seconde Guerre mondiale, la guerre perpétuelle entre les nations européennes les condamnait éternellement à l’endettement massif.

La première source du surendettement, c’est donc les guerres, les conflits napoléoniens et mondiaux représentant trois épisodes importants. L’ « avantage », c’est que pour les pays n’étant pas soumis aux réparations de guerre (comme la France de 1870, ou l’Allemagne de 1918), les dépenses à l’origine de l’endettement disparaissent d’elles-mêmes. La durée de ces endettements est assez variable. Les pays du Benelux, très fortement touchés par la Grande Guerre, se sont pourtant débarrassés de leur dettes en quelques années tandis que le Royaume-Uni a maintenu un endettement public supérieur à 90% du PIB de 1917 à 1964, soit pendant près d’un demi-siècle ! Les guerres de plus faible ampleur peuvent aussi créer de forts niveaux endettements : j’évoquais dans un autre article la dette d’indépendance des Etats-Unis.

L’autre source évidente de dette, ce sont les crises économiques : la dépression de 1873-1896, la crise des années 1930, la crise des subprimes. Elles se conjuguent d’ailleurs assez souvent avec les conflits armés. Je vous avais en revanche montré que la dette actuelle n’était pas une conséquence de la fin des Trente Glorieuses, mais en était en grande partie l’héritage.

Il y a enfin les endettements qui surgissent au milieu de la paix et de la prospérité. Dans le cas de l’Italie et de la Grèce contemporaines, la convergence de l’inflation en vue de l’intégration monétaire a pu y participer. La chute soudaine de l’inflation fait s’envoler les taux réels sur l’ancienne dette. Certains y verront le signe que l’inflation est la solution pour faire disparaître la dette… En vérité cela montre que l’inflation est une forme d’imposition pernicieuse, qui en disparaissant, plombe le budget des Etats.

La principale cause de la dette de paix et de prospérité est l’Etat-Providence. On peut dire qu’il s’agit de la dette la plus douloureuse, car ses causes ne disparaissent ni avec l’armistice ni avec le retour d’une conjoncture favorable.

Mais au-delà de l’origine des surendettements, ce qui frappe, c’est leur durée. Reinhart(s) et Rogoff calculent que la durée moyenne de ces épisodes de surendettement au-delà de 90% du PIB est de 23 ans. Cela signifie qu’au regard de l’histoire, 2035 paraît une date consensuelle pour un retour de la dette publique française en-deçà de 90% du PIB.

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La Folie des Grandeurs

Cet article m’est inspiré d’une excellente lecture, Thinking Fast and Slow de Daniel Kahneman. Kahneman est un psychologue israélo-américain en grande partie à l’origine, avec Amos Tversky, de l’intérêt actuel des économistes pour la psychologie et du développement l’économie et de la finance comportementales. A ce titre, il a reçu le prix Nobel d’économie en 2002. Son livre vient de sortir en version française : Système 1/Système 2, les deux vitesses de la pensée.

Le livre n’est pas consacré à l’économie à proprement parler, mais parce qu’il s’intéresse à la formation des idées, il touche en fait à toutes les sciences humaines. La lecture en est rendue passionnante par les nombreuses expériences – certaines immédiatement réplicables – illustrant le propos de l’auteur. Celles qui m’inspirent ce billet sont des expériences dîtes de priming (« amorçage ») concernant l’argent.

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Vous avez sans doute entendu parler de ce site internet, quiestlemoinscher.com, sur lequel l’enseigne E.Leclerc vous propose de se comparer à ses principales concurrentes. En lisant un quotidien gratuit dans le RER, j’ai été surpris par les écarts de prix décrits par la publicité qui s’y trouvait. J’ai aussi été interloqué par la présence de Carrefour Market dans la comparaison. Il m’a semblé qu’on comparait là deux choses sans grand rapport, et qu’il était attendu et logique que les prix de petits magasins de centres villes dépassent largement ceux d’hypermarchés de banlieues et de campagnes.

Aussi me suis-je demandé comment était effectuée cette comparaison par un juge et partie. Et j’ai été surpris qu’on laisse vivre une telle manipulation.

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Comprendre la politique de l’emploi tient davantage de la psychologie que de la science économique. Et c’est sans doute pourquoi la politique diverge tant, sur cette question, des recommandations des économistes. N’étant pas psychologue, je me limiterai à souligner deux aspects clés du problème.

  • Premièrement, les citoyens sont plus sensibles à ce qui est visible qu’à ce qui ne l’est point. Or la société et ses commentateurs – qu’il s’agisse de ses représentants politiques, de ses journalistes et même de ses intellectuels – se focalisent bien davantage sur les emplois qui existaient mais ont disparus, que sur ceux qui pourraient exister, mais ne verront jamais le jour.
  • Deuxièmement, l’homme est bien plus averse aux pertes qu’il ne trouve de bonheur dans les gains [1].

Ainsi l’opinion publique porte excessivement son attention sur la destruction des emplois, et trop peu sur leur création. En effet, les destructions d’emplois sont non seulement bien plus visibles, mais en plus sont-elles perçues comme bien plus douloureuses que les créations ne sont réjouissantes. Pourtant, le progrès économique tient pour l’essentiel à un processus que Joseph Schumpeter appelait destruction-créatrice, et on ne peut empêcher la destruction sans faire caler l’économie toute entière.

Aussi, si nous souhaitons étudier l’évolution du chômage de manière correcte, devons-nous considérer ses variations comme la différence des destructions ET des créations d’emplois. Et donc analyser les deux phénomènes avec une égale attention. L’objet de ce billet est donc principalement de vous présenter les conséquences perverses de la protection sur les créations d’emplois, conséquences qui, au regard de leur nocivité, sont trop largement ignorées du public.

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Alors que le gouvernement promet de taxer à plus de 60% la valeur créée par les entrepreneurs, il est fort risqué qu’on nous ressorte les mêmes arguments que pour la taxe à 75% du revenu des plus riches ou à propos de l’ISF : très peu partiront/renonceront, et ceux qui partiront seront principalement les rentiers dont la France n’a de toutes manières pas besoin.

Grâce à quelques statistiques compilées par trois économistes de la Banque Mondiale – S. Djankov, C. McLiesh et R. Ramalho – et deux professeurs d’Harvard – T. Ganser et Andrei Shleifer (économiste le plus cité au monde) – nous disposons d’un faisceau d’indices concordant pour éclairer ce débat.

Après avoir calculé le taux total d’imposition effectif de l’entreprise sa première année, les auteurs proposent quelques corrélations semblant assez clairement indiquer que :

L’imposition des entreprises décourage nettement le niveau des investissements…

Corrélation entre imposition des sociétés et investissement

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