Surendettement public : ce que nous dit l’Histoire

21 octobre 2012 — 22 Commentaires

Cette année, la dette publique de la France a franchi le cap des 90% du PIB. Si la crise européenne est inédite à de nombreux égards, c’est loin d’être la première fois que des économies avancées atteignent un tel niveau d’endettement. Aussi un petit regard sur les épisodes historiques de surendettement public peut-il nous offrir une perspective sur les conséquences du franchissement de ce cap.

Carmen Reinhart (Harvard), Vincent Reinhart (Morgan Stanley) et Kenneth Rogoff (Harvard) ont répertorié 26 occasions au cours desquelles des économies avancées avaient franchi le seuil des 90% et présentent les caractéristiques de ces épisodes dans le Journal of Economic Perspectives de cet été [1].

Trois grands enseignements sont à retenir de ce retour sur l’histoire des deux derniers siècles :

  • Lorsque la dette publique dépasse les 90% du PIB, la croissance économique est significativement affectée.
  • Ce ralentissement économique n’est pas empêché par le maintien de taux d’intérêts faibles, tels qu’en bénéficient actuellement des pays comme l’Allemagne ou la France.
  • Enfin, et surtout, lorsque la dette publique franchit le seuil des 90%, c’est en moyenne pour une durée proche du quart de siècle !

Les précédents historiques

La frise historique à droite représente les épisodes de surendettement (>90% du PIB) des économies avancées depuis deux siècles. Si ni l’Allemagne, ni la Suisse, ni le Danemark ou ses voisins Scandinaves n’y figurent, c’est qu’ils n’ont à ce jour jamais atteint ce niveau de dette. Au contraire, certains pays comme l’Italie ou la Grèce semblent être abonnés au surendettement depuis leur existence moderne. Cela laisse songeur quant aux effets pervers du secours que nous leur portons en nous imaginant naïvement que cela n’impactera pas la bonne tenue de leurs comptes publics dans le futur.

D’autres nations comme la France et le Royaume-Uni ont connu pendant de longues périodes de tels niveaux d’endettement, en grande partie de par leur engagement dans les affaires du monde. D’ailleurs, il semble qu’avant la Seconde Guerre mondiale, la guerre perpétuelle entre les nations européennes les condamnait éternellement à l’endettement massif.

La première source du surendettement, c’est donc les guerres, les conflits napoléoniens et mondiaux représentant trois épisodes importants. L’ « avantage », c’est que pour les pays n’étant pas soumis aux réparations de guerre (comme la France de 1870, ou l’Allemagne de 1918), les dépenses à l’origine de l’endettement disparaissent d’elles-mêmes. La durée de ces endettements est assez variable. Les pays du Benelux, très fortement touchés par la Grande Guerre, se sont pourtant débarrassés de leur dettes en quelques années tandis que le Royaume-Uni a maintenu un endettement public supérieur à 90% du PIB de 1917 à 1964, soit pendant près d’un demi-siècle ! Les guerres de plus faible ampleur peuvent aussi créer de forts niveaux endettements : j’évoquais dans un autre article la dette d’indépendance des Etats-Unis.

L’autre source évidente de dette, ce sont les crises économiques : la dépression de 1873-1896, la crise des années 1930, la crise des subprimes. Elles se conjuguent d’ailleurs assez souvent avec les conflits armés. Je vous avais en revanche montré que la dette actuelle n’était pas une conséquence de la fin des Trente Glorieuses, mais en était en grande partie l’héritage.

Il y a enfin les endettements qui surgissent au milieu de la paix et de la prospérité. Dans le cas de l’Italie et de la Grèce contemporaines, la convergence de l’inflation en vue de l’intégration monétaire a pu y participer. La chute soudaine de l’inflation fait s’envoler les taux réels sur l’ancienne dette. Certains y verront le signe que l’inflation est la solution pour faire disparaître la dette… En vérité cela montre que l’inflation est une forme d’imposition pernicieuse, qui en disparaissant, plombe le budget des Etats.

La principale cause de la dette de paix et de prospérité est l’Etat-Providence. On peut dire qu’il s’agit de la dette la plus douloureuse, car ses causes ne disparaissent ni avec l’armistice ni avec le retour d’une conjoncture favorable.

Mais au-delà de l’origine des surendettements, ce qui frappe, c’est leur durée. Reinhart(s) et Rogoff calculent que la durée moyenne de ces épisodes de surendettement au-delà de 90% du PIB est de 23 ans. Cela signifie qu’au regard de l’histoire, 2035 paraît une date consensuelle pour un retour de la dette publique française en-deçà de 90% du PIB.

Effets sur la croissance et les taux d’intérêts de la dette publique

Ce quart de siècle de surendettement qui semble nous être promis a-t-il une importance ? Les données recueillies montrent que oui, et surtout que les désagréments ne dérivent pas seulement de la hausse des taux d’intérêts. Autrement dit, ce n’est pas parce que la France et l’Allemagne ont vu paradoxalement leurs taux d’intérêt chuter qu’elles n’ont pas lieu de s’inquiéter pour l’effet de la dette publique sur leur activité économique.

Le tableau qui suit indique, pour chaque pays, ses taux de croissance annuels moyens et ses taux d’intérêt moyen, en distinguant les années où la dette publique était inférieure à 90% du PIB et celles où elle les dépassait. On remarque que l’effet sur les taux d’intérêts est historiquement beaucoup moins clair que l’effet sur la croissance économique. Ainsi, en période de surendettement, les Etats-Unis empruntent généralement à des taux très inférieurs, mais leur croissance est pourtant extrêmement affectée.

Si l’on tente d’organiser cette analyse par épisode, on constate que s’il n’est finalement pas si rare que les périodes de surendettement coïncident avec des taux d’intérêt réels plus faibles, elles s’accompagnent en revanche dans l’immense majorité des cas d’un ralentissement de la croissance économique. La matrice qui suit indique, pour chaque épisode de surendettement, si les taux d’intérêts et les taux de croissance se trouvaient en-dessous ou au-dessus de la moyenne historique du pays considéré.

Pour prendre pleinement conscience de la gravité du problème, essayons de mettre un chiffre par habitant pour le coût d’un ralentissement de la croissance économique lié au surendettement. Le tableau suivant représente la perte par habitant et par année, au terme d’une période de surendettement public, selon sa durée et la perte de croissance annuelle occasionnée. Je prends le cas du français moyen de 2011, et je prends l’hypothèse que sans dette publique nous aurions une croissance annuelle réelle de 2% par habitant. Si je lis donc la première case en haut à gauche, j’obtiens « si l’épisode de surendettement dure 15 ans et occasionne une croissance annuelle par habitant de 0,50%, alors le français moyen aura un revenu de 6 973€ inférieur à si la croissance avait été de 2% ». 6 973€, c’est plus du quart du PIB français par habitant…

Un tableau plus haut vous montrait que le surendettement pouvait facilement coûter un bon point de pourcentage à la croissance économique, et ce sur une période dépassant souvent les vingt années. Vous constaterez de cette analyse de sensibilité que cela à un coût final énorme sur le niveau de vie.

Les aspects inédits de l’épisode actuel

Par rapport aux antécédents historiques, la crise européennes de la dette publique a au moins deux caractéristiques inédites : le déclin démographique, et la pression fiscale qui s’exercent sur nous.

Commencez par réfléchir à ce petit problème : si l’Etat a un déficit égal à 5,2% du PIB (France 2011), quelle part du pouvoir d’achat des citoyens doit-il prélever pour résoudre ce déficit ? Une réponse spontanée pourrait-être 5,2%, mais cela néglige l’existence d’impôts préalables.

Dans un pays où les recettes de l’Etat représentent 50,7% du PIB, les citoyens ne disposent en moyenne, pour leur propre consommation, que de 49,3% du PIB. Aussi si on leur prélève 5,2% supplémentaire, c’est 5,2%/49,3%=10 ,5% de leur pouvoir d’achat dont on doit les priver. Soit le double.  Donc, à niveau de déficit égal, plus les impôts existants sont forts, plus la facture est douloureuse pour le pouvoir d’achat du contribuable. En 1912, l’Etat représentait environ 10% des dépenses de la nation, contre cinq fois plus aujourd’hui. Le poids de 5,2% de déficit dans sur les consommations privée a donc quasiment doublé !

Pour revenir sur la démographie, depuis le XVIIIème siècle, la population européenne a quintuplé. La dette publique est un processus de Ponzi, et il est évident qu’elle est moins douloureuse quand une personne emprunte mais que deux remboursent. Ainsi que le montrent les projections de l’ONU sur la population mondiale, la population active européenne va décroître dans les décennies futures. C’est la première fois que le poids de la dette par travailleur va croître non seulement sous l’effet de la dégradation des finances publiques mais aussi par déclin de la population active.

__________________

[1] Reinhart, Carmen M., Vincent R. Reinhart, and Kenneth S. Rogoff. 2012. "Public Debt Overhangs: Advanced-Economy Episodes since 1800." Journal of Economic Perspectives, 26(3): 69–86.

22 responses to Surendettement public : ce que nous dit l’Histoire

  1. 

    analyse très complète et très interessante mais une question me taraude.
    La croissance est elle un but ?

    • 

      "La croissance est elle un but ?"

      Seulement si vous êtes vivant ! Tous les organismes vivants tendent à la croissance, que ce soit au niveau de l’individu ou au niveau collectif. Chacun cherche toujours à faire croitre ce qu’il "a". Connaissances, richesses, sagesse, sainteté, choisissez ce qui vous importe le plus et voyez… vous VOULEZ la croissance. D’ailleurs, d’aucuns pourraient même considérer qu’est vivant ce qui vise à croitre, sans se tromper de beaucoup.

      Ce qui est contestable, au moins en partie, c’est la façon dont on va mesurer la "croissance". Et ce dont on va mesurer la croissance, le PIB ici. Il est notamment construit par agrégation des "valeurs ajoutés" par les entreprises (notion assez contestable hors d’une vision purement comptable) et la part de salaires de la dépense publique (ben oui, quoi, toute unité monétaire servant a payer un fonctionnaire est une richesse crée, on le sait bien). Cependant, une mesure alternative de la richesse nette crée chaque année à différents échellons se heurte à des problèmes d’implémentation, de mesure, et on fait donc avec ce qu’on a.

    • 

      Le bonheur est l’objectif des individus. La plupart en tout cas.

      A chaque individu de définir ce qui le rend heureux. Dans une société d’abondance, ceux qui préfèrent la misère ou une richesse modérée sont libres de s’y limiter. En revanche, dans une société de misère, ceux qui aiment l’abondance seront déçus.

      La croissance est la réduction de la rareté. La rareté est une contrainte. Or dans un problème décisionnel rationnel, l’assouplissement d’une contrainte ne peut qu’améliorer le résultat final.

  2. 

    Bonjour,
    Si je ne m’abuse, tous les pays européens sont endettés. Mais endettés envers qui?

    De plus, prenons l’example des pensions. Le citoyen cotise pour sa pension tant qu’il est actif. L’état en profite pour faire des dépenses. Quand l’état doit payer la pension, il n’a plus l’argent et doit emprunter, ok, jusque là c’est clair. Mais au final, que devient l’argent des pensionnés? Il sera dépensé en partie, donc l’état le récupérera partiellement par la TVA, et ce qui ne part pas en TVA rentrera dans les comptes d’une entreprise, qui payera de l’impôt sur ses bénéfices, ses salaires,… Peut-on donc schématiser en disant que finalement l’argent sera:
    – Partiellement de retour à l’état
    – Partiellement chez des travailleurs qui ont fourni des services au pensionné
    – Partiellement chez les héritiers du pensionné
    Ensuite, les travailleurs et les héritiers vont consommer à leur tour, et l’état récupèrera encore un peu plus du montant, etc…
    Si l’état récupère moins que ce qu’il a payé, la conclusion n’est-elle pas que l’argent du pensionné sert finalement à enrichir des tiers?
    Ne sommes-nous pas face à une inconsistence inhérente à notre modèle économique? A partir du moment ou des entités s’enrichissent, comment l’état pourrait-il ne pas être en déficit sans réinjecter de l’argent dans le système?
    La solution théorique n’est-elle pas d’abolir l’héritage (je dis théorique car en pratique, j’imagine que l’argent disparaitrait sur des comptes offshores, et que la proportion d’argent noir augmenterait)?

    • 

      Bonjour,

      Il est très improbable de réaliser un raisonnement dynamique correcte sans poser un système d’équations rigoureux.

      Par exemple, l’Etat ne récupère rien sur la TVA. Il prélève du pouvoir d’achat à certains (les actifs), qui donc dépenseront autant en moins, réduisant la recette de la TVA. Ce prélèvement est transféré à d’autres, qui eux consommeront davantage, augmentant la recette de la TVA. A priori, l’effet net sur la TVA est nul.

      Votre raisonnement néglige que les activités de l’Etat n’existent que par destruction d’activités privées (le fonctionnaire ne travaille pas dans une entreprise, l’épargne prêtée à l’Etat n’est pas investie ailleurs, les dépenses payées par les impôts réduisent la consommation privée). Dès lors les prélèvements fiscaux qui en dérivent auraient de toutes manières existé !

      Je n’ai pas très bien compris le reste.

      • 

        Je vais essayer d’éclaircir mon propos.
        Dans un système fermé sans création de monnaie (prenons ces hypothèses pour simplifier la compréhension), la somme des gains est forcément nulle. Les gains peuvent être classifiés en 2 catégories :
        – Le gain de l’état, GE
        – La somme des gains des citoyens, ∑Gi

        Soit : GE + ∑Gi = 0

        Si on ne veut pas que l’état s’endette, il faudrait GE >= 0, soit ∑Gi <=0.

        Mais aujourd'hui on a GE 0.

        Première conclusion: Dans un système fermé sans création de monnaie, si en moyenne les citoyens s’enrichissent, c’est forcément aux dépends de l’état, ce qui n’est pas viable à long terme.

        A noter que si GE=0, ∑Gi=0.
        De plus, on sait qu’il est plus facile de gagner de l’argent lorsqu’on a de l’argent, soit:
        Definisson Xi, l’argent du citoyen i à son entrée dans le système.
        Si ∑ GR est la somme des gains des 50% de la population ayant le plus grand Xi
        Et ∑ GP est la somme des gains des 50% de la population ayant le plus petit Xi
        On aura :
        ∑GR>∑GP (en moyenne les plus riches s’enrichissent plus)
        ∑Gi = ∑ GR + ∑ GP =0 (dans le cas théorique ou GE=0)
        Donc ∑GP 0

        Deuxième conclusion: Même lorsque le budget de l’état est en équilibre, on aura forcément un enrichissement des riches et un apauvrissement des pauvres, ce qui n’est pas viable à long terme non plus.
        En fait, dès qu’un groupe d’individus s’enrichit de manière systématique, c’est aux dépends d’un autre groupe. La seule solution pour avoir un système viable à long terme est donc d’empêcher l’enrichissement cumulé de génération en génération, car cela se ferait forcément au détriment de l’état ou des plus pauvres, car GE + ∑ GR + ∑ GP = 0.

        Je ne vois donc que 2 solutions à ce problème:
        1. Faire en sorte qu’avoir de l’argent n’aide pas à gagner plus d’argent: idée intéressante, mais je ne vois pas de moyen réaliste de la mettre en place
        2. Abolir l’héritage, afin que toutes les générations partent sur un pied d’égalité. Plus de détail sur mon blog: http://politiquedubonsens.wordpress.com/2012/12/02/comment-reduire-la-dette-des-etats/.

        • 

          Bonjour,

          Merci d’avoir mis votre propos en équations. Vous faîtes erreur dans votre appréhension de ce qu’est la monnaie et de ce qu’est une dette. Imaginons, une économie à 4 agents, A,B, C et D. Considérons qu’il y a un stock de 200 pièces d’or, réparties entre C et D.

          C et D ne font de transactions qu’entre eux, de sorte que les pièces d’or restent entre leurs mains.

          Durant une période 1, A vend une maison pour une valeur de 100 pièces d’or à B. Etant donné que B n’a pas cet or, il ne peut payer immédiatement A. A a donc une créance de 100 pièces d’or sur B, et B une dette de 100 pièces d’or vis-à-vis de A.

          A la période 2, B vend des moutons à A pour une valeur de 100 pièces d’or à A. Comme A n’a pas de pièces d’or, il donne une créance à B d’une valeur de 100 pièces d’or. Les dettes de la période 1 et celles de la période 2 étant parfaitement en miroir, elles s’annulent entre elles et disparaissent.

          Cette petite histoire illustre que les questions de dette n’ont qu’un rapport fictif avec la monnaie, qui ici ne sert que d’étalon de valeur commun à la maison et aux moutons. La monnaie n’est qu’un voile abstrait, qui n’a pas ici d’impact concret sur les échanges entre A et B, ni sur la manière dont varient leurs dettes. La variation de leur patrimoine et de leur dettes tient à la production de biens et de services, qui ne sont en rien un stock constant et fixe.

          Imaginez que vous ayez une dette de 10€ vis-à-vis d’un ami. Vous savez qu’il souhaite s’acheter un gâteau au chocolat avec. Vous pouvez très bien faire le gâteau au chocolat et le lui donner en échange de l’annulation de la dette. Et d’ailleurs, votre dette de 10€ venait justement du fait qu’il vous avait fourni un bien ou un service d’une valeur de 10€ et que vous ne lui aviez rien donné en échange, sinon la reconnaissance de cette dette vis-à-vis de son travail.

          Pour reprendre Jean-Baptiste Say : « L’argent n’est que la voiture des produits. Tout son usage est de voiturer chez vous la valeur des produits que l’acheteur avait vendus pour acheter les vôtres. (…) C’est donc avec la valeur de vos produits transformés momentanément en une somme d’argent que vous achetez, que tout le monde achète les choses dont il a besoin. »

          Autrement dit, on ne rembourse pas ses dettes avec de la monnaie, mais avec son travail. Et le travail n’est pas une donnée fixe qu’on découperait en parts, contrairement à votre raisonnement.

          Si vous voulez comprendre l’économie, une première étape salutaire est d’oublier la monnaie et de ne raisonner qu’avec les biens et les services, qui s’échangent entre eux. Ce sont les biens qui constituent la richesse, les billets n’en sont qu’une représentation symbolique.

          Puis quand vous aurez avancé, vous découvrirez que la quantité de monnaie en circulation suit la quantité des biens et services échangés.

          • 

            J’envisage que vous puissiez être vous-même dans l’erreur car la monnaie n’est pas un voile et la longue querelle entre la monnaie-signe et la monnaie-marchandise ne résulte que de l’incompréhension générale de l’origine de la monnaie.
            Tout d’abord la richesse n’est qu’un regard et un professeur d’économie ne devrait pas avoir le droit d’enseigner avant d’avoir expliqué la différence entre une richesse, un encombrement et un déchet. Le crottin de cheval est déchet pour le cheval, encombrement pour le promeneur et richesse pour le jardinier.
            Au début n’est pas le troc qui est l’échange des avoirs mais le don de soi et l’accueil des autres qui est l’échange des êtres. Mais cet échange des êtres ne se fait que dans un groupe qui existe pour un but donné. C’est son lien social à l’intérieur duquel se fait l’échange des êtres.
            C’est lorsque le pouvoir s’aperçoit que, dans cet échange des êtres, il y a des tire-au-flanc qu’il invente la contrainte ou la monnaie. La monnaie comme le monument vient de moneo, forme causative de la racine grecque men qui est le souvenir. La cause du monument comme de la monnaie est de se souvenir. A chacun est donné une quantité de matière rare, recherchée, pérenne, légère et divisible et tout bien et tout service est alors chiffré. L’apparence de troc et d’échange des avoirs apparait et les inutiles sont vite à court de monnaie.
            La monnaie est donc de l’énergie humaine stockée qui peut faire des entreprises avec de l’énergie humaine vive qu’est le travail si ces deux énergies arrivaient à se marier plutôt que de se combattre par codes de commerce et code du travail interposés.
            Vos créances non payées sont une création de monnaie comme tous les délais de paiement, les cartes de crédit, les budgets déficitaires, la double écriture des banques et bien sûr l’intérêt des prêts.
            Cette création de monnaie, de fausse monnaie, est automatiquement annulée par un double impôt qui est la dévaluation pour les épargnants et la hausse des prix pour les consommateurs. Cet impôt privé, au profit de ceux qui créent légalement de la fausse monnaie contrairement à tous les principes, a fait au 20ème siècle la fortune des banques et le drame pour l’instant incompris des peuples qui en deviennent pourtant complices par le plaisir qu’ils ont à regarder les farces électorales et à croire que la croissance vaincra la crise. Cela évite de voir que nous ne vivons que sur un double esclavage, dans l’espace garce au libre échange, dans le temps grâce à la servitude volontaire aux échéances de fin de mois.
            Mais cela s’appelle la crise et nos dirigeants croient au quadrige des fées : changer l’espace avec l’Europe et le mondialisme, changer le temps avec la recherche et l’innovation, changer les hommes avec la formation et laisser Dieu faire le travail avec la manne divine laïque que l’on appelle croissance.
            Tant qu’ils croiront en leur rêve tout se compliquera encore davantage et un changement de paradigme est indispensable.
            Il est encore temps de réagir si nous voulons éviter que la grande violence nous remettent les yeux en face des trous.

            • 

              Ce que vous dîtes est, pour la première moitié de votre commentaire, la même chose que moi, sauf que je cherche à faire simple pour mon lecteur, étant plutôt un adepte de la parcimonie. Oui la créance a ici rôle monétaire. La monnaie est donc créée par le travail, comme l’a été la créance. Ce que je veux montrer au commentateur c’est justement qu’il n’y a pas de stock fixe comme le suppose son raisonnement. Pas de gâteau à partager sans que rien ne se créée ou ne se détruise comme il le présuppose.

              En revanche, vous avez tort de qualifier cette créance de fausse monnaie. Elle est adossée à la création d’un actif réel, une maison. Elle ne cause aucune dévaluation, vu que dans le cas présent elle est créée en même temps qu’un bien de même valeur.

              • 

                Nous n’allons pas jouer au ping-pong mais je qualifie ces créances impayées de création de fausse monnaie car si ce qui a été vendu est en effet le fruit d’un travail, en jouir sans payer est une création de fausse monnaie jusqu’à sa destruction au moment du paiement réel.
                C’est tout le problème de la stupidité du PIB où l’on additionne en volume les ressources (PIB et importations) pour remplir les emplois en volume (consommation, exportations).
                Comment comprendre la croissance à la française par la consommation si on ne réalise pas que l’INSEE calcule le PIB en volume ?

        • 

          Merci pour ces bons conseils et encouragement, mais je ne vous suis qu’à moitié.
          Imaginons qu’entre les périodes 1 et 2, un loup mange les moutons de B. B ne peux pas rembourser A comme convenu, et A réclame le remboursement des intérêts en attendant le remboursement du capital.

          N’ayant plus de moutons, il faudra bien trouver une "monnaie d’échange", la monnaie étant le plus convénient.
          B va donc emprunter de l’argent à C (voire à A!) afin de rembourser A.

          Partant de là, A va pouvoir faire fructifier son argent, construire une maison qu’il pourra ensuite louer à B,…

          Bref, lorsque le fils de A démarrera dans la vie avec l’héritage de A, il aura plus d’argent que le fils de B, et plus de probabilité d’en gagner encore plus, même éventuellement en travaillant moins que B. Je ne vois pas en quoi votre raisonnement montre qu’il y a un trou dans le mien, ni ou est ce trou.

          Mais ce que je comprends le moins, c’est "que la quantité de monnaie en circulation suit la quantité des biens et services échangés".
          Je suis débutant, ok, mais là je suis perdu. Qu’appelez-vous "suivre la quantité des biens et services échangés"? De ma maigre connaissance en macro-économie, j’ai appris que la quantité de monnaie était fixe, jusqu’à ce qu’on "fasse tourner la planche à billets", avec l’inflation pour conséquence.

          Finalement, je suis d’accord sur un point: J’ai négligé "le progrès", et je suis d’accord qu’avec la même quantité d’argent, on peut augmenter les biens et services. Mais il me semble que cela n’a pas d’impact sur mon raisonnement et surtout la conclusion: si on veut donner les même chances à chacun, la seule manière est d’abolir l’héritage.

          • 

            Si les moutons de B sont mangés, B fait faillite. A ne sera pas remboursé, peut-être lui même fera-t-il faillite en conséquence. Cela s’appelle le risque. C ne prêtera de l’argent à B que s’il existe une raison de penser que B produira un bien ou une service dont la vente permettra de rembourser sa dette.

            Votre trou vient du progrès, le gâteau n’est pas fixe.

            Oui les fils de riches ont plus de chance dans la vie. Cela dit, je ne suis pas pour l’égalité des chances par le bas. Ce n’est pas en dégradant la situation du fils du riche qu’on améliore celle du pauvre, justement parce que la richesse se produit avant de se partager. Or le riche ne transmet de la richesse à son fils que parce qu’il a travaillé pour cela. Que ce don soit "inégalitaire" ne signifie pas qu’il prive les pauvres de quoi que ce soit, car cette richesse transmise du père à son fils est prélevée sur le travail du père et non sur quoi que ce soit venant du pauvre. A nouveau, il ne s’agit pas d’un gâteau fixe, le père travaille pour agrandir le gâteau en espérant transmettre cet accroissement à son fils. S’il ne peut pas le transmettre, le gâteau sera plus petit (parce qu’il aura moins travaillé ou moins épargné), et peut-être cela se fera-t-il au détriment du pauvre, d’ailleurs.

            La monnaie est créée par les banques commerciales lorsqu’elles accordent des crédits, et non par la planche à billet. Seule les pièces et les billets sont produits par ce que vous appelez planche à billet, et ce pour les besoin des banques commerciales. Ils ne représentent qu’une petite partie de la monnaie. Inversement, la monnaie est détruite lorsque les gens remboursent leurs crédits auprès des banques. Elle est donc constamment en variation, constamment détruite et recréée. Ainsi la quantité de monnaie peut croître ou décroître, selon que le volume des remboursements de dettes est inférieur ou supérieur au montant des émissions de crédits.

            Vous pouvez lire l’article "création monétaire" sur wikipédia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Cr%C3%A9ation_mon%C3%A9taire

            Dans la pratique, aujourd’hui, la variation de la masse monétaire est contrôlée par la banque centrale, de sorte qu’elle suive la quantité des biens et services justement pour garantir la stabilité des prix. Quand la quantité de monnaie s’accroît plus vite que la quantité de biens, vous observerez de l’inflation. Lorsqu’elle s’accroît moins vite, vous observerez de la déflation. La condition de la stabilité des prix est que les deux croissent à un rythme semblable.

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          "1. Faire en sorte qu’avoir de l’argent n’aide pas à gagner plus d’argent: idée intéressante, mais je ne vois pas de moyen réaliste de la mettre en place "
          Ce point 1 ne pose pas de problème à part celui que vous mentionnez à juste titre .

          "2. Abolir l’héritage, afin que toutes les générations partent sur un pied d’égalité."
          Par contre je me pose cette question sur le point 2 ci-dessus : que deviendra l’argent de cet héritage ?

          Merci .

          • 

            Il y a un moyen très réaliste pour "qu’avoir de l’argent n’aide pas à gagner plus d’argent" c’est redonner son vrai sens à l’usure qui est de demander plus que l’on a prêté comme le disait Luther et de condamner le prêt à intérêt qui est de fait un impôt privé.
            Aristote disait qu’il avait vainement cherché ses organes reproducteurs sur une pièce de monnaie. Le prêt à intérêt est condamné par toutes les religions et toutes les sagesses mais le 20ème siècle s’en est nourri. Cela a donné les 99, 95 % de dévaluation entre le franc Poincaré de 1910 et le passage à l’euro de 2002.
            Mais pour cela il faut comprendre que la monnaie est de l’énergie humaine stockée et ne peut se multiplier que par le travail efficient et la procréation. Nous en sommes loin…

            • 

              Merci pour votre réponse , je suis un non initié et mes cogitations m’ont amené à conclure que la valeur de la monnaie repose sur le travail , ce qui est à peu près pareil à l’explication que vous me donnez dans votre réponse .

              Par contre , je me pose une question sur le point 2 de votre article : « 2. Abolir l’héritage, afin que toutes les générations partent sur un pied d’égalité. »

              Que deviendra l’argent de cet héritage ?

              Merci .

              • 

                Pour l’héritage c’est un vaste sujet qui est celui de la propriété, de l’avoir que certains voudraient déconnecter de l’être. Suivant les sociétés l’avoir appartient aux dieux ou aux peuples et jamais aux individus. La représentation du peuple a fait des lois de confiscation et ampute l’avoir dès qu’il change de main par vente ou succession. L’Etat taxe tout mouvement. Il taxe aussi le non mouvement (ISF taxe foncière, taxe d’habitation).
                Ou doit aller l’argent d’un héritage ? au groupe famille ? C’est aujourd’hui le seul qui soit encore un peu vivant. Est-ce un bien ? Sûrement pas.

            • 

              Le prêt à intérêt est la rémunération du travail non consommé, l’épargne. Cet épargne se multiplie par le biais du détour de production : vous construisez une brouette, ce qui décuple l’efficacité de votre travail, et permet le paiement des intérêts.

              Aristote était aussi partisan du géocentrisme, ainsi que certaines religions.

              • 

                Je pense qu’André répondait à Acrithène et pas à moi. Mais je voudrais dire à Acrithène que l’argent a financé la brouette et que le porteur de la brouette en a fait quelque chose de probablement utile. C’est la définition de l’entreprise qui devrait marier l’énergie humaine stockée qu’est l’argent et l’énergie humaine vive qu’est le travail. Le résultat de ce travail sera utile et donc vendable ou inutile et donc perdu. Il n’y a aucune raison qu’en ca de succès le résultat aille uniquement à l’énergie humaine stockée comme le dit le code de commerce. Mais il n’y a pas plus de raisons qu’en cas d’échec, l’énergie humaine stockée soit la seule à perdre comme le dit le code du travail.

                • 

                  Vous faîtes dire à la loi n’importe quoi pour un avocat. La loi dit que revient aux actionnaires l’ensemble de la valeur ajoutée, une fois versées leurs parts aux salariés et aux créanciers.

                  Elle ne définit pas quelle part est versée à chacun, ce qui dépend du marché. Dans le cas présent, la brouette sera payée à la vraie valeur du travail qu’elle incorpore, sans quoi son porteur préférera la construire lui-même plutôt que de l’emprunter. Ici, c’est donc essentiellement le travailleur qui verra son revenu s’accroître, sauf à supposer qu’un Etat corrompu a attribué un monopole sur les brouettes à une société ou à un syndic quelconque.

                • 

                  Pourquoi poussez-vous à la polémique ? Je m’y refuse par respect de ce que je crois être la vérité et par respect pour vous-même.
                  Si vous me lisez bien vous remarquerez que j’ai écrit que l’entreprise "devrait marier". Ce que vous écrivez est vrai dans le quotidien et l’immédiateté. Ce que j’écris cherche à prendre de la hauteur. Ne pourrions-nous pas additionner nos énergies plutôt que de combattre ?

        • 
          Alain Ramis Cladera 25 novembre 2013 à 14 h 17 min

          Votre raisonnement est faux car prisonnier d un cadre de référence économique.
          Les ressources de la Tere sont limitees mais variables.
          Moins il y a de monde et plus les parts sont grosses c esr evident
          Mais surtout plus le gateau est gros.la surpopulation affecte l environnement.
          D autre part ce sont les pauvres par leur accroissement demographique qui sont responsables de la misere croissante.Pour le bien etre general ce sont les riches qu il faut aider et surimposer les familles nombreuses

  3. 

    Ce serait gentil d’indiquer mon blog au bas de mon commentaire:
    http://www.surlasociete.com

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