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Ce qui est fascinant dans le marketing politique, c’est sa capacité à générer des débats absurdes dont la longévité atteint souvent des semaines, et parfois des décennies. La méthodologie est simple, lire Descartes, et suivre l’inverse de ses préceptes. Si vous êtes mathématicien, vous essayez de poser votre problème de la plus simple des manières pour le résoudre le plus rapidement. Si vous êtes politicien, faîtes le contraire, et vous embrouillerez peut-être les électeurs bien au-delà de votre propre horizon politique.

Sans aucun doute, le « pacte de responsabilité » est un concept qui sonne, même à l’oreille peu avertie, plus pipologique que mathématique. Et comme tous les concepts ainsi définis, il a le potentiel de générer des débats sans queue ni tête. D’un côté du champ de bataille, ses promoteurs défendent les emplois créés par une réduction du coût du travail. A l’opposé, ses adversaires dénoncent un cadeau fait, sans contrepartie, au patronat.

Ce débat est ubuesque pour la simple raison que les cotisations sociales ne sont, pour l’essentiel, pas payées par les entreprises. En conséquence, ne faisant pas partie du coût du travail, leur réduction n’est ni un cadeau pour les entreprises ni une piste prometteuse pour lutter contre le chômage. Ce qui, bien entendu, ne signifie pas qu’il ne faille pas les baisser.

Suis-je à ce point ignorant qu’il faille me montrer une feuille de paye pour me faire constater que les entreprises doivent s’acquitter de cotisations patronales conséquentes ? Justement, le « pacte de responsabilité » n’est finalement qu’une embrouille parmi un spectacle de prestidigitation qui dure depuis des décennies et dont l’illusion fondamentale est le partage légal du financement de la Sécurité Sociale entre salariés et employeurs.

L’idée que l’Etat répartit, par des taux administratifs, le poids des charges sociales entre employeurs et salariés n’a que trois conséquences concrètes. Organiser un débat absurde sur la définition de ces taux. Faire croire à la population salariée qu’elle obtient un service remarquable au regard de ce qui lui en coûte. Et enfin de devoir consacrer trente minutes du cursus de sciences économiques à expliquer aux étudiants que cette répartition légale n’a aucune espèce d’importance. Comme le résume Joseph Stiglitz dans manuel (1988), « cela ne fait aucune différence que les cotisations sociales soient payées pour moitié par l’employeur et pour moitié par le salarié, ou entièrement par l’un ou l’autre. »

Ce n’est pas l’Etat qui décide de qui paye les charges sociales (et les impôts en général), mais l’offre et la demande. La partie qui sur laquelle tombe le poids des cotisations est celle qui ne peut dire à l’autre : « si tu ne les prends pas à ta charge, je m’en vais ». Que les salariés décident de démissionner s’ils n’obtiennent une augmentation de salaire pour compenser la hausse des charges, et les employeurs devront prendre à leur charge des cotisations dîtes salariales. Que les employeurs réduisent leur demande de travailleurs en réaction à une hausse des charges dîtes patronales, et le salaire net de l’économie baissera (ou ralentira) de sorte que le coût en sera en définitif porté par les salariés.

En somme, l’Etat décide de la somme des taux, et les mécanismes décrits plus haut se chargent de la répartition réelle de l’impôt, de ce que les économistes appellent « l’incidence fiscale ». Le taux administratif ne fait que créer une ligne comptable, le salaire brut, qui n’intéresse ni l’entreprise (ce n’est pas ce qu’elle paye) ni le salarié (ce n’est pas ce qu’il reçoit).

Evidemment, cette illusion existe depuis plus d’un demi-siècle et imprègne si bien la société toute entière qu’on n’hésite pas à bâtir des politiques économiques dessus. Leur effet, généralement contenu dans la marge de l’inflation, est limité au temps de renégociation des salaires. Aussi, la première question à se poser est de savoir qui paye les cotisations patronales ? En effet, si ces cotisations sont réellement payées par les salariés, la mesure ne changera, à moyen terme, ni le coût du travail ni le taux de chômage.

Trois intuitions théoriques conduisent à penser que les charges sont essentiellement portées par les salariés. La première est que le coût du travail est lié à la productivité au sein d’un marché qui dépasse les frontières nationales. On ne peut faire payer aux entreprises le coût de la santé si elles peuvent s’installer ailleurs. La seconde est que les entreprises sont plus enclines à adapter leur masse salariale au coût du travail que les salariés ne sont sujets à adapter leurs temps de travail aux variations du salaire net. La dernière raison est que le salarié devrait être relativement indifférent à l’existence des cotisations vu que celles-ci lui sont rendues sous la forme de prestations. Bien sûr, cette dernière intuition suppose une Sécurité Sociale relativement efficace.

D’un point de vue empirique, un grand nombre de pays, France comprise, ont connu des variations de taux de cotisations depuis la création des Etats-providence. La plupart du temps à la hausse, mais parfois aussi à la baisse. Un résultat récurrent se dégage des études empiriques sur ces politiques : les variations de cotisations se répercutent sur les salaires nets et non sur le coût du travail, et surtout n’ont en conséquence pas d’effet significatif sur le chômage. Le cas le plus frappant et extrême est sans doute la suppression de la Sécurité Sociale chilienne en 1981. Sur la seule année 1982, les cotisations patronales chutèrent de 8.5% au Chili, sans effet ni sur le taux de chômage ni sur le coût du travail (Gruber, 1997).

Les emplois au SMIC constituent une exception importante à ces raisonnements, dans la mesure où la contrainte légale empêche le marché de s’ajuster librement. Mais dans ce cas faudrait-il concentrer la réduction de charges sur cette partie de la population, voir prendre le problème à la racine en supprimant le salaire minimum. J’ajoute à ce billet que c’est au niveau du SMIC que se concentre le chômage en France, comme le montre ce graphique issue de l’Enquête Emploi 2012 et emprunté à David Thesmar sur son compte twitter (@dthesmar).

Taux de chômage selon le salaire moyen de la CSP - Enquête Emploi 2012

Taux de chômage selon le salaire moyen de la CSP – Enquête Emploi 2012

Gruber, Jonathan, 1997. « The Incidence of Payroll Taxation: Evidence from Chile, » Journal of Labor Economics, University of Chicago Press, vol. 15(3), pages S72-101, July.

Stiglitz, Joseph, 1988. Economics of the Public Sector, Second Edition, W W Norton and Company, New York and London, chapter 18 (« Tax incidence ») (traduit par l’auteur)

Note : je publie ici ce billet refusé par Contrepoints dont la rédaction pense que je ferais un procès d’intention injustifié. Je précise que l’article original de Contrepoints a cependant été sensiblement modifié dans le bon sens suite à  mon email à la rédaction : la version non modifiée est reproduite en bas de ce billet.

Mercredi 8 janvier, Contrepoints a publié un long article sur les dix informations climatiques de 2013 qui seraient injustement restées discrètes car contraires à l’idéologie dominante sur le réchauffement (lien).

Sur la base d’un sondage des membres de l’American Meteorological Society (AMS), l’article prétend que « la moitié des météorologues américains ne croient pas que l’homme soit le principal responsable du réchauffement climatique ».

Le sondage indique en effet que seulement 52% des personnes sondées déclarent que le réchauffement climatique existe et qu’il est causé majoritairement par l’activité humaine. Pour autant, cela ne signifie pas, comme l’article le prétend, que « 48% pensent le contraire ».

En effet, si on considère que le contraire rassemble les opinions selon lesquelles « le réchauffement climatique n’a pas lieu » et « le réchauffement climatique est causée principalement par des causes naturelles », le même sondage n’aboutit qu’à 9% !

L’ensemble des autres répondants choisissent des réponses intermédiaires :

  • « causes naturelles et humaines d’égales importance » récolte 10%,
  • 20% pensent que les observations scientifiques sont insuffisantes pour conclure,
  • et 11% croient que les observations sont insuffisantes mais que l’homme est au moins partiellement responsable.

On aboutit à 52+10+11=73% des sondés qui, à des degrés d’importance et de certitude divers, déclarent croire que l’homme cause le réchauffement climatique.

L’article de Contrepoints laisse croire que la question du sondage était binaire pour induire que le rapport de force entre les défenseurs du réchauffement anthropique et ses opposants est de 52/48 là où le vrai ratio est 73/11, laissant 16% des sondés agnostiques.

Certes, un ratio de 73/11 reste un ratio insuffisant pour établir qu’une théorie soit un consensus scientifique. Mais alors, pourquoi manipuler le lecteur pour lui faire croire que c’est 50/50 ?

Par ailleurs, le sondage est détaillé par catégorie de répondant, et cela ne va pas vraiment dans le sens de l’exagération faîte des résultats par l’article de Contrepoints. 1821 personnes ont répondu au sondage. Autant dire que ce n’est pas vraiment un sondage élitiste, là où la production scientifique est élitiste par nature.

Parmi les climatologues interrogés et publiant principalement sur la question, 78% défendent la thèse du réchauffement anthropique, et seulement 2% celle du réchauffement naturel. 10% pensent que les deux causes sont d’égale importance. 5% croient l’homme responsable mais pensent que la recherche est encore insuffisante pour conclure. On est alors davantage dans un ratio 93/3.

Les météorologues publiant sur les questions climatiques sont plus partagés mais restent très largement orientés vers la théorie anthropique : le rapport de force est dans leur cas de 79/7.

Bref, l’essentiel du résultat agrégé décrit par l’article de Contrepoints est tiré par des météorologues ne produisant pas de recherche. Si on veut s’en tenir à ce type d’arguments, peut-être devrait-on sonder les professeurs de Sciences Economiques des lycées pour savoir ce qu’ils pensent du marché libre ?

Le sondage a le mérite de montrer que le consensus scientifique est moins grand que ce que la presse mainstream le laisse entendre. On pourrait se limiter à dénoncer ce biais. Au lieu de quoi, on a préféré recourir à l’exacte même manipulation, mais en sens inverse, et dans un degré d’exagération encore plus grand. Les adversaires de la thèse anthropique auraient-t-ils les penchants manipulateurs qu’ils prétendent dénoncer ?

Je n’ai pas vérifié les 9 autres informations, mais j’y encourage quiconque en a le temps.

sondage climat

Référence : Steinhouse N., Mailbach E., Cobb S., Ban R., Bleistein A., Croft P. Bierly E., Seitter K., Rasmussen G., Leiserowitz A.,  » Meteorologists’ views about global warming: A survey of American Meteorological Society professional members « , Bulletin of the American Meteorological Society 2013

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Original (version en cache de google) de la partie de l’article de Contrepoints

3. La moitié des météorologues américains ne croient pas que l’homme soit le principal responsable du réchauffement climatique

Près de la moitié des météorologues et des spécialistes en sciences atmosphériques ne croient pas que les activités humaines soient le principal facteur dans le réchauffement climatique, selon un sondage réalisé par l’American Meteorological Society (AMS).

Le sondage auprès des membres de l’AMS a constaté qu’alors que 52 pour cent des membres de la Société météorologique américaine croient qu’on assistait à un changement climatique et qu’il était surtout dû aux activités humaines, 48 pour cent des membres pensent le contraire.

En outre, l’enquête a révélé que les scientifiques qui professaient des opinions politiques « progressistes » étaient beaucoup plus susceptibles de croire en la théorie du réchauffement climatique d’origine humaine que ceux qui ne professaient pas ces opinions politiques.

La Commission Européenne s’inquiète des excédents commerciaux allemands. Et elle a tort pour deux raisons. D’abord, cela ne la regarde pas. Et par ailleurs, elle a tort sur le fond.

Un bref rappel de ce qu’est la balance commerciale et de ce que signifie un excédent ou un déficit est sur ce sujet toujours important. L’essentiel du débat tourne toujours sur cette idée de compétitivité qui plaît tant aux hommes politiques et qui séduit l’esprit de l’honnête homme lecteur des journaux. Mais les balances commerciales répondent à des réalités beaucoup plus simples qui relèvent de contraintes physiques élémentaires.

Une nation a une balance commerciale positive quand elle envoie davantage de richesses à l’étranger qu’elle n’en fait venir. La contrepartie comptable, et physique, est qu’elle utilise moins de ressources qu’elle n’en produit. Cette production qu’elle n’utilise pas elle-même… passe la frontière, et est prêtée au voisin. En bref, cette nation épargne, prête de la richesse. Le cas inverse est celui d’une nation qui utilise davantage de ressources qu’elle n’en produit. Pour ce faire, elle est contrainte physiquement de faire venir ses ressources d’ailleurs : elle les emprunte.

Dans tout ceci, il n’y a pas vraiment de théorie économique, juste des implications physiques élémentaires qui s’observent dans la comptabilité nationale. Ce qui est important de comprendre, c’est qu’une balance commerciale positive est signe d’une économie qui prête à l’étranger. Une balance commerciale négative, c’est l’inverse. D’ailleurs, il n’y a en soi aucun mal à avoir une balance commerciale positive ou négative, de même qu’il n’y a aucun mal en soi à prêter de l’argent ou à en emprunter. Cela dépend respectivement d’à qui on prête l’argent ou de comment on utilise l’argent emprunté.

Il se trouve que les allemands sont prêteurs. Ce n’est pas une décision de l’Allemagne, mais plutôt l’agrégation du comportement des ménages allemands qui épargnent. Chercher à corriger ce phénomène est une prétention totalitaire. D’ailleurs, d’un autre côté, si l’allemand est prêteur, c’est bien qu’ailleurs, quelqu’un est emprunteur. Voilà pour ma rapide opinion sur le vœu d’un organisme politique de s’immiscer dans les décisions financières des citoyens.

D’un point de vue économique, il faudrait s’interroger sur la raison fondamentale qui pousse un pays à être un prêteur net ou au contraire un emprunteur net. La théorie du cycle de vie est ici utile.

Au début des années 1950, Franco Modigliani avait décrit simplement le comportement financier d’un individu au cours de sa vie.

  1. Jeune actif, il emprunte car il a des besoins de financement importants (maison, éducation…) mais n’a pas encore pu accumuler l’épargne nécessaire. Cet emprunt est possible dans la mesure où ses revenus salariaux futurs permettront de le rembourser.
  2. Dans la seconde partie de sa vie active, notre individu devient prêteur net. Il rembourse ses dettes et constitue le capital qui lui permettra de maintenir son niveau de vie lorsqu’il s’arrêtera de travailler.
  3. Enfin, à la retraite, notre individu recommence à consommer davantage qu’il ne gagne : il consomme son capital.

Autrement dit, il est normal qu’un pays dont une proportion énorme de la population prépare sa retraite se retrouve avec une balance commerciale positive. Les allemands produisent pour le monde entier, car ils espèrent que le monde entier produira pour eux quand une grande partie d’entre eux deviendra dépendante. Cette épargne sert à préparer le financement d’une balance commerciale qui deviendra négative. Le Japon a suivi exactement la même trajectoire. Des excédents colossaux, et aujourd’hui un déficit.

Cette attitude prévoyante est extrêmement saine. Et dans la mesure où une énorme proportion des européens s’apprête à prendre leur retraite, l’Europe entière devrait avoir une balance commerciale positive. C’est d’ailleurs le cas si on considère l’Union Européenne dans son ensemble.

Ce dont la Commission devrait s’inquiéter, c’est des peuples qui vivent à crédit vis-à-vis de l’extérieur alors même qu’une grande partie de leur population va devenir improductive. Le reste du monde ne devra rien aux retraités français, et c’est donc les jeunes qu’il faudra ponctionner pour les entretenir ! Je sais, je radote…

Comme la question de l’immigration est sur le devant de la scène depuis quelques jours, je publie ce billet que j’ai réécrit une dizaine de fois, sans en être jamais satisfait, et que je rechigne à publier car je m’y censure largement, et volontairement. Non que je craigne les conséquences pour moi-même (quoique) de ce que je pourrais écrire, mais simplement parce que je crois que certains aspects du débat deviennent dangereux pour tout le monde lorsqu’ils entrent dans la sphère politique.

Pour conserver un regard froid sur le sujet, je me limiterai à son aspect financier. L’immigration coûte-t-elle de l’argent aux contribuables, ou au contraire en rapporte-t-elle ? Ce problème étant politiquement très clivant, il entraîne des débats récurrents et des études contradictoires reposant pour la plupart sur des sophismes. Les statistiques internationales compilées par l’OCDE dans son dernier rapport sur le sujet permettent de faire le point sur la question.

Le sophisme de la comptabilité instantanée

Il est d’abord nécessaire de dénoncer les raisonnements et études sophistiques portant sur le sujet.

La manipulation la plus fréquente opérée par les économistes et comptables cherchant à montrer les bienfaits de l’immigration consiste à identifier les ménages immigrés et à faire la différence entre les prestations qu’ils reçoivent et les cotisations qu’ils versent. Si ce solde est négatif, l’immigration rapporterait davantage qu’elle ne coûte.

A ce jeu, il est facile de calculer que l’immigration rapporte de l’argent. Il suffit de constater que la part des immigrés dans les actifs est plus importante que dans les retraités. A l’évidence un immigré de trente ans ne coûte rien au système des retraites, et peu à l’assurance maladie… aujourd’hui. Si on appliquait cette méthode à la finance, on aboutirait à la conclusion qu’il faut toujours s’endetter davantage, vu que le différemment du remboursement aboutit à simplement l’ignorer dans une analyse « en instantané ».

Par cette stratégie, Xavier Chojnicki (Lille 2) trouve que les cotisations nettes des prestations d’un immigré étaient de 2 250€ en moyenne (2011). Cette « étude » est régulièrement citée dans la presse ou sur les plateaux télé pour justifier que l’immigration représenterait un gain pour la collectivité. Pourtant, une fois l’ensemble du cycle de vie pris en compte, le même auteur aboutit à une perte de 8 700€ par immigré. Olivier Monso (2008) dans une analyse comprenant aussi l’ensemble du cycle de vie aboutissait à une contribution négative semblable de 7 400€.

Seul le raisonnement intégrant l’ensemble du cycle de vie est économiquement valide, mais le raisonnement en comptabilité instantanée a au moins le mérite d’apporter une nuance utile dans l’appréciation des comptes actuels de l’Etat. L’immigration, causera peut-être d’importants déficits futurs, mais d’après les chiffres de X. Chojnicki, elle n’est pas responsable des déficits actuels, au contraire…

Il est aussi notable que, même en admettant ces chiffres négatifs, les ordres de grandeurs restent relativement faibles. Un million d’immigrés représenterait un coût, sur l’ensemble de leur vie, d’environ 7 à 9 milliards d’euros, c’est-à-dire équivalent à seulement deux années de subventions à l’audiovisuel d’Etat.

Pour l’OCDE, l’immigration serait déjà un coût

Cependant, même en adoptant la démarche de la comptabilité instantanée, l’OCDE conclut quant à elle que l’immigration représente déjà un coût pour la France, en désaccord avec les chiffres de l’étude de Chojnicki. D’après l’OCDE, les ménages immigrés auraient déjà en France une contribution fiscale nette négative de 1 450€, contrairement à la plupart des autres économies développées. Cette particularité de la France vient du fait que l’immigration française est en moyenne plus ancienne que dans les autres pays. Une plus grande proportion de ces ménages se trouve donc dans les tranches d’âge coûteuses.

Le décalage temporel au cœur du problème

Comme je l’ai expliqué, le défaut central de l’analyse comptable « naïve » (instantanée) de l’immigration est qu’elle semble ignorer que les cotisations actuelles des immigrés – qu’elle comptabilise – crée des créances futures (retraites, maladies…) – qu’elle ne comptabilise pas.

Pour corriger en partie ce biais, on peut en particulier exclure de l’analyse le système de retraites (cotisations et pensions), qui y est particulièrement sensible. Dans ce cas, les chiffres de l’OCDE montrent que les ménages immigrés reçoivent légèrement plus de prestations que les ménages natifs, et surtout payent nettement moins de cotisations. En tout, le solde des prestations et des cotisations (hors retraite) est de 4 000€ plus favorable pour le ménage étranger que pour le ménage natif. En faisant l’hypothèse grossière qu’un ménage natif a un solde moyen [prestations-cotisations] égal à zéro (équilibre financier parmi les natifs), cela signifie qu’un ménage immigré coûte en moyenne 4 000€ par an (hors retraites) à la collectivité.

Si on prend l’ensemble du cycle de vie en compte, et qu’on fait une analyse rétrospective des contributions fiscales et des services reçus, le solde devient logiquement particulièrement sensible à l’âge d’arrivée dans le pays. D’après les économistes de l’OCDE, pour les ménages dont le chef de famille a moins de 40 ans l’année de son arrivée, ce solde est positif et devient négatif quand il a plus de 40 ans à son arrivée.

Mais à nouveau, il convient d’être prudent dans l’analyse. Ce solde est la différence au cours de la vie entre l’ensemble des contributions fiscales et des prestations reçues à titre individuel (prestations sociales, aides, dépenses d’éducation) mais ne prend pas en compte les dépenses collectives (routes, défense, justice, police, et tous les dépenses de l’étatisme contemporain).

Réintégrer ces dépenses dans l’analyse serait extrêmement compliqué, et pas toujours justifié pour les dépenses qui ne sont pas proportionnelles à la taille de la population (par exemple le traitement de la dette). Cependant l’OCDE offre de comparer les natifs aux immigrés, ce qui permet de se faire une idée de la correction éventuelle à apporter.

Ainsi, d’après l’OCDE, un ménage immigré paierait, entre 25 ans (âge du chef de famille) et la fin de sa vie, 60 000€ de plus en impôts et cotisations qu’il ne recevra au titre des prestations individuelles. Mais ce chiffre est de 140 000€ pour un natif ! Une manière d’interpréter cette valeur, est que lorsqu’un ménage natif dont le chef de famille a 25 ans quitte la France et est remplacé par un homologue immigré, l’Etat devrait provisionner 80 000€ de pertes nettes. Et bien davantage si on suppose que le français moyen n’est pas représentatif du français qui décide d’émigrer.

La cavalerie comme solution

Comme je l’ai expliqué, si la France est déjà dans le rouge selon l’OCDE, c’est à cause de l’ancienneté moyenne de son immigration. D’après les chiffres de l’OCDE, si elle avait accueilli davantage d’immigrés sa situation budgétaire de long terme serait davantage dégradée, mais sa situation budgétaire présente serait peut-être meilleure, car l’immigré moyen serait plus jeune.

Et sur ce point, l’étude de Xavier Chojnicki dérape totalement en proposant de résoudre le problème par une cavalerie (définition). Imaginons qu’un immigré rapporte 10€ en période 1 et coûte 20€ en période 2. En moyenne la perte est de 10€ par immigré sur le cycle de vie. Cependant, si à chaque période vous doublez le nombre de nouveaux immigrés, le coût total de l’immigration ne se manifestera jamais. En effet, en période 2, votre vieil immigré coûte 20€, mais deux jeunes immigrés vous rapportent 10€ chacun, soit 20€ en tout. Le solde est donc nul. En période 3, vous aurez 2 vieux immigrés, coûtant 40€, et 4 jeunes immigrés cotisants 40€. Solde nul à nouveau, et ainsi de suite…

Ce qui permet à X. Chojnicki d’affirmer à la fois que la moyenne est négative et que le total est quant à lui positif : « Pour autant, l’impact global de l’immigration sur les finances publiques est légèrement positif dans le long terme du fait de l’apport perpétuel d’individus d’âge actif… ». En même temps, on ne peut pas lui en vouloir, toute la Sécurité Sociale fonctionne en cavalerie, ignorant qu’il s’agit d’un mécanisme mathématiquement divergent et donc insoutenable.

Les natifs enfants d’immigrés

Pour être exhaustif, Chojnicki, pour rééquilibrer vers le positif son calcul d’une contribution moyenne négative de 8 700€ sur l’ensemble d’une vie, n’utilise pas seulement la cavalerie mais ajoute aussi la contribution des enfants d’immigrés. Et ce bien qu’il n’apporte aucune donnée sur le sujet.

Il est évident que les secondes générations et les suivantes ne devraient pas être négligées dans les études du coût ou des bénéfices de l’immigration, qui se limitent en général aux « immigrés », c’est-à-dire aux premières générations.

Or les quelques données disponibles sur les « secondes générations » appellent le plus grand pessimisme. D’après Y. Algan (Sciences Po), C. Dustmann (University College London), A. Glitz (Barcelona GSE) et A. Manning (London School of Economics), les secondes générations dont les parents étaient issus du tiers monde sont en France bien plus mal loties que leurs parents (Algan et al., 2010). Les secondes générations du Maghreb auraient un taux d’emploi de 56,3% chez les hommes (vs. 66,3% pour les enfants de natifs) et 47,7% chez les femmes (vs. 58,9%). Ces taux seraient de 32,9% et 21,2% pour les fils et filles d’immigrés du reste de l’Afrique.

Au contraire, les enfants d’immigrés d’Europe du Sud affichent des taux d’emplois non seulement supérieurs à ceux de leurs parents, mais aussi supérieurs aux enfants de natifs : 71,5% pour les fils, 66,7% pour les filles.

L’étude d’Algan et al. est une comparaison entre pays européens, qui tend au regard des performances du Royaume-Uni et de l’Allemagne, à attribuer les échecs de nos secondes générations au moins autant à la France qu’aux immigrés. Au Royaume-Uni, les fils d’immigrés d’Afrique Noire ont un taux d’emploi de 60,6% contre 32,9% en France.

L’hétérogénéité de l’immigration

A l’évidence, l’analyse de l’immigration néglige de s’interroger sur qui sont les immigrés. Ce que montre l’OCDE, c’est que l’âge de leur arrivée est un facteur important dans le calcul de ce qu’ils « coûtent » ou « rapportent » au pays qui les accueille. Mais l’âge n’est pas le seul critère, l’étude d’Algan et al. montre que le pays d’origine est extrêmement déterminant aussi. D’autres qualités particulièrement importantes mais non observables sont décisives, en particulier ce qui motive les immigrés. Il est évident qu’un immigré attiré par des opportunités de travail ou d’investissement meilleures chez nous sera probablement plus rentable que son homologue mû par les promesses de la Sécurité Sociale.

L’immigration peut être une chance, ou un fardeau

L’argument du Front National est que le surplus d’immigration vient prendre les emplois des natifs, comme si l’emploi était une donnée fixe qu’il faudrait partager. La gauche semble incapable de répondre sur le fond à cet argument, dans la mesure où elle adhère au même raisonnement fondamental : la logique des 35 heures étant semblable. Les syndicats contribuent à ce sophisme lorsqu’ils expliquent que reporter l’âge de la retraite n’a pas de sens en l’absence d’emplois, et que les personnes âgées devraient laisser la place aux jeunes. Des commentateurs sérieux allant du très libéral The Economist (lien) au très progressiste Paul Krugman (lien) démontent régulièrement ce sophisme, en vain.

Or, pour faire simple, ce qui crée de l’emploi, c’est la hausse de la productivité ou la baisse du coût du travail. Ce qui crée du chômage, c’est la baisse de la productivité ou la hausse du coût du travail.

Lorsqu’un immigré entre en France pour travailler, il vient partager avec les natifs le poids du système social et de la dette, et donc réduit les cotisations et taxes prélevées sur chacun. Cela réduit le coût du travail et encourage l’emploi.  Si on s’en tient à la logique économique (qui est réductrice), il faudrait accueillir le plus possible de ces gens.

Inversement, un immigré entrant en France et présentant un coût net pour le système social crée du chômage, car ce coût se répercute sur l’imposition de l’activité économique et en particulier le coût du travail. Il vaudrait mieux pour la collectivité des natifs que ces gens restent chez eux.

Mais suivant cette logique, il faudrait aussi expulser des centaines de milliers de français natifs : fonctionnaires oisifs, intermittents du spectacle et l’ensemble des personnes ayant une contribution sociale nette particulièrement négative et n’ayant davantage de droits que la jeune Leonarda que de la seule chance d’être nés en un endroit plutôt qu’un autre.

Dans ce système absurde, il faudrait s’inquiéter au moins autant de l’émigration des plus créatifs et productifs d’entre nous, qui ayant une contribution sociale nette excessivement positive, choisissent de s’expulser eux-mêmes.

Références

  • Yann Algan, Christian Dustmann, Albrecht Glitz & Alan Manning, 2010. « The Economic Situation of First and Second-Generation Immigrants in France, Germany and the United Kingdom, » Economic Journal, Royal Economic Society, vol. 120(542), pages F4-F30, 02. (lien)
  • Xavier Chojnicki, « Impact budgétaire de l’immigration en France », Revue Economique, 62(3), 2011 (lien)
  • Olivier Monso,  « L’immigration a-t-elle un effet sur les finances publiques ? », Revue française d’économie, vol. 23, n°2, pp. 3-56, 2008. (lien)
  • OECD, International Migration Outlook 2013 (lien)

Le « Prix Nobel » d’économie récompense cette année Eugene Fama, Lars Peter Hansen et Robert Shiller pour leurs travaux en Asset Pricing.

Eugene Fama est connu pour deux contributions majeures : la théorie des marchés efficients et le modèle de Fama-French. A mon avis, le comité ayant choisi les lauréats va se faire critiquer pour avoir distingué deux économistes de Chicago (Hansen et Fama), et notamment Eugene Fama, une des figures des « marchés efficients ». Il est bien courageux.

Il se trouve que j’avais publié un long billet de vulgarisation sur ce qu’est l’hypothèse d’efficience des marchés en décembre 2012. C’est sans doute l’occasion de le ressortir.

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SingeEfficience des marchés : pourquoi les singes sont-ils aussi bons que les banquiers ?

Peut-être avez-vous entendu parler de ces expériences consistant à comparer les performances d’investissements de banquiers et celles de singes. Le Wall Street Journal avait mené ces expériences tout au long des années 1990 et avait montré que des singes lançant des fléchettes n’étaient pas significativement moins bons que des analystes financiers dans leurs choix d’investissement.

Sans surprise l’homme de la rue en a déduit que les analystes financiers étaient particulièrement incompétents, qu’ils n’étaient que des charlatans. Et cela flatte l’opinion que se fait monsieur tout le monde des marchés financiers, instables et fondamentalement irrationnels. Cette interprétation est totalement erronée. [Lire la suite]

Depuis un petit moment j’ai derrière la tête l’idée de faire un billet qui explique simplement l’immense intérêt de l’économétrie à mes lecteurs. Je ne doute pas que ces certains d’entre eux aient déjà lu sur la toile le texte d’un économiste « autrichien » (je parle ici de l’école dite « autrichienne » d’économie, pas de la nationalité) auto-proclamé leur expliquant que les économistes «  mainstream » n’ont rien compris car ils croient analyser des liens de causalité là où les statistiques n’offrent que des corrélations.

Bref, je cherchais un article d’économétrie relativement simple – très rare – qui établisse un lien de causalité convaincant sur un sujet de fond susceptible d’intéresser le grand public. Et j’ai trouvé le candidat idéal, un article du Journal of Econometrics sur les effets de l’assurance chômage (Lalive, 2008)

La problématique est de savoir si l’assurance chômage crée du chômage. Il se trouve en effet qu’on observe une corrélation entre les paramètres de l’assurance chômage (taux de remplacement du salaire et durée d’indemnisation) et le taux de chômage, que ce soit dans le temps ou dans l’espace. Interpréter cette corrélation est compliquée car au moins trois types d’histoires peuvent l’expliquer.

  1. D’abord, il est possible que ce soit l’assurance chômage qui augmente le taux de chômage. Plus les chômeurs sont indemnisés, moins ils s’empressent de retrouver un emploi. Par ailleurs, plus l’assurance chômage est importante, plus le sont les charges sociales qui la financent. Le coût du travail s’en trouve augmenté, décourageant l’emploi.
  2. Histoire inverse : c’est l’importance du chômage qui créée une demande politique des citoyens pour un système d’assurance plus développé. C’est alors le niveau du chômage qui modifie la manière dont il assuré.
  3. Autre possibilité, c’est une troisième variable non observée qui cause les deux phénomènes. Par exemple une idéologie politique qui implique à la fois une forte indemnisation du chômage, et par ailleurs des dysfonctionnements économiques causant le chômage.

Bref, lorsque A et B sont corrélés (c.a.d. s’observent généralement en même temps), on ne sait pas si c’est A qui cause B, B qui cause A, ou C qui cause à la fois A et B.

En médecine, on prendrait deux groupes de rats identiques, on donnerait un traitement actif au premier groupe, et un traitement placebo au deuxième. Mais en économie, hors de la Corée du Nord, expérimenter est plus compliqué. Cependant, il arrive que tels ou tels politiques ou évènements créent une situation semblable à une expérimentation.

En 1988, l’Autriche a très fortement prolongé la durée des indemnisations chômage. Mais cette réforme n’a concerné qu’une partie des autrichiens. En effet, elle était limitée à une partie du pays, et seulement aux plus de 50 ans. Ainsi, cette réforme a créé à la fois un groupe test et un groupe contrôle.

La carte qui suit montre en bleu les régions d’Autriche qui étaient concernées par la réforme.

unemployment_austria_map

 

Ici, les gens ayant une formation scientifique auront peut-être envie de m’arrêter. Si en médecine, le chercheur avait pris pour son échantillon de contrôle des rats d’un âge différent du groupe testé, son expérience aurait eu bien peu de valeur. Or dans le cas du chômage, il est évident que les plus de 50 ans sont affectés différemment du reste de la population active. Par ailleurs, si le gouvernement autrichien a choisi de n’appliquer sa réforme qu’à certaines régions et pas à d’autres, ce n’est sans doute pas par hasard. Bref, les deux groupes doivent différer au regard du chômage pour des raisons qui n’ont pas de rapport direct avec l’assurance chômage.

Certes. Mais qu’en est-il de la différence entre un autrichien ayant à peine plus de 50 ans et de celui ayant à peine moins. Sont-ils fondamentalement différent ? Qu’en est-il de l’autrichien qui vit à 10 minutes de la frontière de la zone réformée et à l’intérieur vis-à-vis de celui qui vit à 10 minutes de l’autre côté de cette frontière ? Sont-ils fondamentalement différents ?

Leurs principales différences au regard du chômage sont le fait d’être éligibles ou non à l’allongement de la durée d’indemnisation. Et l’analyse de cette discontinuité permet d’établir un lien de causalité impressionnant, montrant l’effet pervers de cet allongement. Pour filer l’analogie médicale, il faut dire que cet allongement constituait un traitement de cheval vu qu’il faisait passer la durée d’indemnisation maximale de 30 à 209 semaines.

Le premier graphique montre la durée moyenne de chômage des hommes par âge après la réforme, dans les régions concernées. On voit clairement une forte discontinuité au seuil d’applicabilité de la réforme. Les personnes étant juste au-dessus de 50 ans restent deux fois plus longtemps au chômage que celles juste en dessous.

unemployment_austria_age

Le second graphique suit la même logique. Il présente la durée du chômage des plus de 50 ans, selon leur distance de la frontière de la zone de traitement : à l’extérieur de la zone à gauche, à l’intérieur à droite. On observe une discontinuité semblable.

unemployment_austria_border

Les deux graphiques qui suivent sont exactement les mêmes que les précédents, mais avant la réforme. La discontinuité y était clairement moins évidente.

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Notons que l’effet final est relativement limité : une semaine d’allongement du chômage pour dix semaines d’allongement des indemnités.

Source : Lalive, Rafael, 2008. « How do extended benefits affect unemployment duration A regression discontinuity approach, » Journal of Econometrics, Elsevier, vol. 142(2), pages 785-806, February.

Contrepoints a publié aujourd’hui une image bien scientifique montrant que la couverture glacière de l’Arctique était très largement supérieure en Août 2013 qu’un an auparavant. La preuve est à nouveau faite, le réchauffement climatique est en pause ! Et les commentateurs enthousiastes de s’interroger sur quelle galipette les promoteurs de la théorie du réchauffement climatique vont bien pouvoir réaliser pour retomber sur leur pattes.

Image publiée par Contrepoints

Image publiée par Contrepoints

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Ce billet propose une revue de littérature des études empiriques sur le contrôle des loyers. Hausse des loyers à long terme, baisse de la qualité, dérèglement de la bonne allocation des logements, hausse du chômage…

Dans les cours d’introduction à l’économie, le contrôle des loyers est souvent l’exemple canonique d’une politique stupide. La cause est à ce point entendue qu’une enquête de 1992 interrogeant plus d’un millier de professeurs faisait du contrôle des loyers l’objet du plus grand consensus au sein de la communauté des économistes. Seul un sur vingt estimait que ces contrôles ne dégradaient par la qualité des logements ni n’en réduisaient la quantité disponible (Alston et al, 1992).

Je vous ai décrit dans un billet précédent les conséquences théoriques des projets de Mme Duflot. Mais notre ministre n’est pas la première démago que la terre ait portée, et, en dépit du bon sens, le contrôle des loyers a déjà existé un peu partout et depuis bien des années, de sorte que les économistes ont déjà eu l’occasion de tester empiriquement les prévisions de la théorie. Petite revue des effets observés…

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Le plafonnement des loyers a deux effets économiques dominants : la raréfaction des logements et la réduction de leur qualité.

Au regard de la stupidité des lois, Cécile Duflot prépare une performance, qui même pour ce gouvernement, sort du lot : plafonner les loyers.

L’idée est aussi vieille que la démagogie, et tant son ineptie logique que ses effets pervers concrets ont été démontrés et observés à maintes reprises. Déjà Adam Smith faisait justement remarquer que si les prix du blé étaient hauts, c’était que le blé manquait au regard de la demande, et qu’en réguler le prix à la baisse ne changeait rien à la quantité disponible du moment, mais réduisait certainement la quantité qui serait produite les années suivantes.

En 1992, une étude publiée par l’American Economic Review tentait de faire le point sur le degré de consensus au sein de la communauté des économistes (Alston et al, 1992). 1 350 économistes furent invités à s’exprimer sur 40 idées générales. La proposition suscitant le plus grand consensus était : « un plafonnement des loyers réduit la quantité et la qualité de l’offre de logements ». 76,3% répondaient « oui », 16,6% « oui, avec nuances » et seulement 6,5% « non ».

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Depuis la crise financière, la régulation bancaire est un sujet qui passionne et qui a suscité pas mal de critiques vis-à-vis de la communauté des économistes, jugés incapables d’en comprendre les tenants et les aboutissants.

Si on devait résumer le problème bancaire rapidement, on dirait ceci :

  • Lors d’une panique bancaire, un afflux soudain de retraits des déposants peut faire écrouler un système financier relativement sain. Garantir les dépôts permet d’empêcher de telles paniques parmi les déposants, et donc de garantir la stabilité du système.
  • Cependant, lorsque les dépôts sont garantis, le système bancaire a tendance à se développer de façon malsaine car les profits sont privés, et les pertes collectivisées.

Ce problème présente deux solutions raisonnables concurrentes, et une « solution » stupide qui a mené à la crise de 2008.

  • La première solution, d’inspiration libérale, consiste à ne pas garantir les dépôts et à peu réguler l’activité bancaire. Cette solution a pour avantage de permettre un financement performant de l’économie, mais le désavantage de ne pas garantir les dépôts.
  • La deuxième solution est plus interventionniste. Elle garantit les dépôts, mais en contrepartie régule fortement les banques afin que la garantie des dépôts n’entraîne pas des prises de risques excessives.
  • Quant à l’ânerie majeure, c’est d’à la fois garantir les dépôts et de déréguler l’activité bancaire. Auquel cas, l’Etat contraint les banques à faire n’importe quoi.

Ce débat est exposé de la plus limpide des manières par deux modèles économiques classiques et vieux de trente ans : Kareken & Wallace (1978) et Diamond et Dybvig (1983). Ces deux modèles sont amplement suffisants pour avoir une compréhension théorique satisfaisante de la partie bancaire de la crise de 2008.

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