Politique de l’Emploi (1/3) : Quelques règles basiques

26 septembre 2012 — 23 Commentaires

A l’occasion du franchissement de la barre des 3 millions par la statistique officielle du chômage, je vous propose une série de trois articles synthétisant quelques idées fondamentales sur le fonctionnement du marché du travail.

  1. Dans ce premier article, je raconte l’histoire d’un petit village agricole sujet au progressisme social. L’analyse porte sur les notions que les étudiants américains appellent ECON101, c’est-à-dire les raisonnements sur l’équilibre des marchés décrits dans un premier cours d’économie.
  2. Dans le second billet, j’ajouterai un second produit et un second village, afin de replacer la discussion dans un contexte « international ».  (lien à venir)
  3. Enfin, dans le dernier billet, je rendrai l’histoire un peu plus dynamique, pour expliciter l’effet de l’instabilité conjoncturelle sur l’emploi. (lien à venir)

Suivant cette feuille de route, laissez-moi vous conter aujourd’hui l’histoire d’une économie primitive et libre et de son évolution progressiste vers l’utopie socialiste.

Un village rustique

La peuplade dont je vous narre le « combat social » s’était installée le long d’un fleuve, en une région si désertique qu’il suffisait de s’éloigner de quelques lieues pour que la terre devienne stérile. Et parmi les terres cultivables, possédées par les capitalistes, celles les plus proches du fleuve donnaient les meilleurs fruits, jusqu’à 100 quintaux de blés l’année, tandis que les terres des champs les plus éloignés avaient des rendements parfois deux fois moindres. Voici une carte des champs et de leurs rendements.

Plan des champs et de leurs rendements

Allocation et salaires dans un marché libre

La culture d’un champ nécessitait l’emploi d’un travailleur à temps plein. L’organisation de la production et des échanges était laissée aux principes de la liberté et du consentement mutuel, ce qu’on appelle aujourd’hui la loi du marché.

Comme la peuplade comprenait 25 paysans, l’issue du marché fut la suivante.

  • Les 25 champs les plus productifs furent mis en culture
  • Et le salaire des paysans fut fixé au niveau du rendement du 26ème champ le plus fertile, soit 65 quintaux de blé pour l’année.

Il était impossible qu’il en soit durablement autrement. En effet, à supposer que le salaire fut en dessous de 65 quintaux de blé par paysan, alors des propriétaires de champs n’étant pas parmi les 25 les plus productifs trouveraient rentables de mettre leur terrain en culture. Ainsi, ils priveraient les champs les plus proches de la rivière de main d’œuvre, et ces derniers seraient contraints d’élever leurs salaires jusqu’à 65 quintaux pour s’assurer que ceci ne se produise plus. Inversement, si le salaire devait trop largement dépasser 65 quintaux, on ne trouverait pas 25 champs rentables, et certains paysans se retrouveraient sans travail. Une telle situation mettrait les travailleurs en concurrence pour un nombre d’emplois insuffisants et ferait baisser les salaires jusqu’à 65 quintaux.

C’est la dure loi du marché que le marché du travail n’est à l’équilibre que lorsque le niveau des salaires est égal à la productivité du meilleur emploi non existant.

Champs mis en culture par le marché (en jaune)

Le salaire minimum

Un jour, les villageois se réunirent pour élire un chef. C’était un homme progressiste et très généreux qui leur avait promis à tous davantage de blé pour nourrir leurs familles. Qui pouvait contester l’humanisme d’une telle idée ? Aussi son premier acte en tant que gouvernant fut de décider que les salaires seraient désormais égaux à 80 quintaux de blé, et non plus à 65.

Hélas, un certain nombre de champs produisant moins de 80 quintaux, leurs propriétaires décidèrent logiquement de ne plus les exploiter. Seuls 20 champs restant en culture, 5 paysans se retrouvèrent sans emploi.

Evidemment cela créa du mécontentement, et certains se sentirent floués par la mesure. Pour autant, à l’élection suivante, le chef fut réélu avec 80% des voix, soit celles des 20 paysans ayant profité de sa politique.

Effets de l’instauration d’un salaire minimum

Une charge sociale pour aider les chômeurs

Mais comme le grand chef était un homme très généreux et non un politicien soucieux de ses seuls électeurs (ce qui n’est pas toujours le cas), il eut pour soucis de secourir ces nouveaux démunis.

Il décida donc que désormais, de chaque champ cultivé serait prélevé 5 quintaux de blé l’année afin de nourrir les chômeurs. Pour les propriétaires de champs, cela était finalement assez semblable à une baisse de 5 quintaux du rendement de leur terre. Aussi, deux des champs ne produisant que 80 quintaux, il n’apporterait à leur propriétaire que 75 quintaux de les cultiver. Mais cette culture coutant les 80 quintaux du salaire minimum, les deux champs en questions furent mis en jachère en attendant des jours plus propices aux affaires… et les deux paysans qui les exploitaient vinrent s’ajouter à la masse des nécessiteux, désormais au nombre de 7.

Effets de la charge sociale destinée à aider les chômeurs

Réduction du temps de travail

Le chef eut alors une dernière idée. S’il n’y avait désormais plus assez de champs mis en culture pour occuper tout le monde, il fallait simplement qu’un champ occupe plus d’une personne. Pour cela, son idée était de réduire le temps que la loi autorisait à travailler quotidiennement. Ainsi, un technocrate avait-il calculé qu’il ne faudrait plus 1 mais 1,1 travailleur pour cultiver un champ. Aussi, était-il convenu qu’une telle mesure accroîtrait de 10% l’offre d’emploi. On convoqua les 18 paysans ayant toujours un emploi pour leur demander leur avis – cela s’appelait le dialogue social – et ces derniers exigèrent que cette mesure n’entraina point de baisse des salaires. Ce qui fut accordé.

Ainsi, il coûtait désormais 80*1,1=88€ d’exploiter un champ. Et les champs dont le rendement était inférieur à ce coût furent à leur tour laissés en friche. Seuls les 12 champs bordant le fleuve furent laissés en culture, occupant 13,2 paysans. Les 11,8 autres se retrouvant sans emploi.

Effets d’une réduction du temps de travail à salaire constant

Plus tard, la situation catastrophique contraignit le chef socialiste à s’allier à la prêtresse des flots pour assurer sa réélection. Mais en échange de son soutien, cette dernière exigea qu’il soit interdit de cultiver les champs bordant le fleuve car l’agriculture, en ces endroits, troublait la quiétude des crocodiles sacrés… Mais je préfère arrêter ici ce chapitre et laisser le reste à votre imagination.

Billet suivant : Politique de l’Emploi (2/3) : Le leurre de la mondialisation

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23 réponses à Politique de l’Emploi (1/3) : Quelques règles basiques

  1. 

    Supposons maintenant qu’il faille 65 qintaux de blé pour vivre et qu’il y ait 30 paysans (et seulement 25 champs qui peuvent fournir ces 65 quintaux de blé). et 5 autres qui peuvent fournir 60 à 30 quintaux de blé.

    Que faire?

    Quand au dernier point, supposons que les crocodiles mangent les poissons qui mangent les larves des insectes qui tuent les boeufs qui permettent de cultiver les champs.

    Que faire?

    • 

      Comment arrive-t-on à la première supposition ? Comment la population a-t-elle atteint ce niveau difficilement soutenable ? Si le marché est "en charge" depuis le début, la population n’aura pas atteint ce niveau de surpopulation. Et puis, la famine existe-elle vraiment en France ?

      Pour la seconde supposition, dans ce cas il est directement dans l’intérêt des propriétaires de champs de faire attention aux crocos… donc pas besoin d’Etat ;)

      • 

        1. Parceque les paysans avaient l’habitude de consommer un produit B devenu désormais inutile et payaient les 5 personnes de plus pour faire autre chose.

        2. Euh…. sauf que le croco qui est présent dans le champs 1 risque de bouffer le paysan 1 et augmente son rendement, il va donc le tuer et jouer passager clandestin.

        • 

          1. La réponse à cette question se trouve chez Smith et Malthus, ils mourront de faim. Si ce scénario est probable, il faut peut-être encourager les gens à faire moins d’enfants. Maintenant, on se demande pourquoi soudainement les gens seraient atteints par une crise de frugalité telle que vous la décrivez. Je pense que la non satiété est une hypothèse supérieure.

          2. Il faut ouvrir un marché du droit à tuer les crocos…

          • 

            1. Sauf que la terre est capable de les nourrir, donc je pense sincèrement qu’ils se mettront à voler avant de mourrir, ce qui détruira le potentiel productif et la faillite. On peut aussi supposer qu’ils vont se mettre à produire un produit C.
            Je pense que la France est un peu dans ce cas. Les quintaux de blés étant remplacés par les dépense contraintes de notre civilisation moderne.
            J’attends la vision en dynamique…

            2.OK, qui ouvre ce marché…

  2. 

    Pourquoi les théories économiques sont toujours expliquées par des exemples agricoles? Cette politique de l’emploi marche dans une société où la production est exactement quantifiable. Cela se rapproche plus d’une exploitation au Kenya qu’une en France.
    Dans notre société européenne où le secteur tertiaire est le plus développé, une telle répartition des salaires est caduque. Si l’on fait travailler ces 25 paysans dans un hôpital, une école, à la municipalité ou dans le bâtiment (des secteurs aussi indispensables au bon fonctionnement de cette société que l’agriculture), on ne peut fixer les salaires de manière aussi radicale, sachant que la productivité n’est pas mesurable. L’attaque à l’utopie socialiste devient ici donc irrelevant.
    Mais, maintenant, lorsque l’on observe que la part revenant au propriétaire ne se mesure pas en production non plus, mais que cette part est grossie et se divise entre un groupe d’actionnaires (propriétaires certes, mais gourmands), la part versée au propriétaire se doit de croître. Ainsi, le constat est le même: Les propriétaires, tout aussi prêts à élire une personne qui leur donnera de plus amples revenus (dans ce cas, un élu proche du capital), recevront cette récompense, car l’élu, soucieux de plaire à son électorat, n’a pas jugé bon de répartir correctement les ressources du village avec les travailleurs.
    Pour accroître cette part, l’élu (ou le grand chef si vous voulez) trouvera un autre technocrate qui dira qu’il faut seulement 0,8 paysan pour cultiver un champ. De fait, les propriétaires licencieront une part des paysans et travailleurs, et donneront plus de travail à ceux les plus productifs, en échange d’une compensation salariale en partie proportionnelle à l’augmentation de leurs bénéfices résultant du plan de licenciement. Il le justifieront par un slogan productiviste (travailler plus pour gagner plus), et feront croire aux 80% employés que leur effort n’est pas en vain. Le chef, fort du soutien des propriétaires et de l’acquiescement de la majorité des salariés, sera réélu. Les propriétaires auront augmenté leurs ressources, en baissant leur coût du travail, mais en faisant croire que la rémunération est justement répartie entre les salariés restants.
    Reste le problème que la production n’est pas mesurable dans 70% des cas : les services. Comment mesurer et accroître la productivité d’un docteur, d’un enseignant ou d’un macon (on peut pas lui demander de construire plus de maisons qu’il n’y a d’habitants). Quelle politique adopter alors dans ce type de société? L’exemple du village agricole est déplacé.
    Dernier mot, même au Kenya ce type de village n’existe pas. Le rachat des propriétaires terriens forcé par des groupes ou entreprises étrangères change la donne et contribue à une mainmise de ces groupes sur de dumbing-down des salaires.

    • 

      Bonjour et merci pour ce commentaire détaillé.

      Les raisonnements décrits dans ce billet sont assez robustes à l’introduction d’incertitude. Si vous convenez avec moi que pour chaque employeur, il existe un salaire en-dessous duquel il est prêt à embaucher, et au-dessus duquel il ne le souhaitera pas, alors vous pouvez remplacer dans mon raisonnement le rendement agricole par ce niveau de salaire. Vous obtiendrez, pour ce qui est du niveau des salaires et du nombre de personnes employées les mêmes effets. Les autres agrégats (production, profits de propriétaires…) seront dégradés, mais il n’y a aucune surprise au fait qu’une mauvaise information coûte de l’argent.

      Ensuite, pourquoi ce salaire « limite » gravite-t-il autour de la productivité marginale ? Et bien, les employeurs veulent réaliser un profit, et ils n’emploient que dans cet objectif. Or pour savoir si un emploi rapporte de l’argent il suffit d’estimer la productivité et de la comparer au salaire. Bien entendu, il ne s’agit que d’une estimation car cette productivité est soumise à un nombre immense d’inconnues (qualité du travailleur, prix du bien produit…). Cependant il y a plusieurs raisons qui permettent dans les faits une assez bonne convergence. Citons-en deux :

      1. Le tâtonnement. Une firme fait varier sa masse salariale à la marge. Si l’emploi de son n-ème employé ne lui a rien rapporté, elle n’emploiera pas le n+1-ème.
      2. Une rude loi évolutionniste. Les entreprises qui survivent et se développent sont celles capables de réaliser correctement ce genre d’analyse.

      La question de la non mesurabilité est au fond assez secondaire, c’est plus la capacité d’estimation et la correction qui est décisive. Lorsqu’un boulanger recrute une caissière, il ne sait pas combien cela va lui rapporter, mais on peut supposer qu’il espère que ce sera davantage que le salaire versé. Et si a posteriori il a fait erreur, ce qui se verra bien à la fin de l’année, il y à nombre de moyens par lesquels cette erreur sera corrigée : licenciement, faillite, exemple pour le boulanger d’à côté, blocage du salaire (donc correction à la baisse par l’inflation)…

      Sur le reste de votre commentaire, je partage votre point de vue. Oui, les entreprises créent autant de dysfonctionnement sur les marchés en détournant les pouvoirs de l’Etat que les salariés et les syndicats. Cependant, on aurait tort de voir d’un côté les entreprises, et de l’autre les salariés, comme deux groupes toujours opposés. Lorsque le gouvernement décide d’arroser le secteur automobile de l’argent des contribuables, c’est avec la bénédiction des deux groupes à l’intérieur de cette industrie, et cela est créateur de chômage dans d’autres secteurs (mais personne n’y verra de lien).

      • 

        Oui et on en revient toujours à la même chose: si des salauds-de-patrons-capitalistes peuvent obtenir une position dominante en corrompant des élus…c’est bien que ces même élus ont bcq trop de pouvoir pour pouvoir leur donner cette position dominante !

        A petite échelle il n’y a qu’à voir la façon dont sont attribué les marchés "publics" en mairie…pour quiconque à cotoyé cela de près c’est assez écœurant de voir les pouvoirs illimités quasiment despotique des élus ! Mais on va là encore accuser les salauds d’entrepreneurs qui corrompent les élus..

  3. 

    Le but de mon commentaire n’est pas de polémiquer mais j’aime bien ces petits exercices alors voilà comment je vois l’évolution des choses dans ton village :

    Je suis propriétaire d’un champs qui produit 100, je gagne donc 35. Avec de tels revenus, je peux racheter TOUS les terrains qui produisent 65 ou moins car il ne valent rien.

    Ensuite, je mets en culture, un champs qui produit 65 et je paye le paysan 70. Je pourrais payer tout mes paysans 70, j’en ai les moyens mais non, il est plus économique de ne surpayer que celui qui travaille le champs à 65. Les propriétaires des champs à 70 sont contraint de vendre, ils ne peuvent pas payer 70, mais moi oui, donc je rachète.

    Mais voilà, vous savez c’est la crise même au fond du désert, et si je décidais de payer mes paysans 60, ou plutôt 50 pour faire un compte rond ?
    Pas de problème, je possède les champs peu productif personne ne pourra donc me faire concurrence en embauchant mes paysans. Ils devront donc se contenter de 50.

    Et puis comme je ne suis pas un mauvais bougre, les propriétaires ruinés pourront eux aussi cultiver mes champs pour 50, faut bien que tout le monde mange !

    Il va sans dire que rapidement les autres propriétaires de champs trouverons que payer 65 un paysan est ruineux et que 50 est le prix du marché puisque je paye les miens 50.

    • 

      Ah, le cas Rockefeller. Intéressant.

      Oui je suis globalement d’accord avec vous, il est possible, et même fréquent, que les marchés ne soient pas compétitifs et que cela affecte négativement le marché du travail (pas seulement d’ailleurs). Monopoles, fusions-acquisitions, ententes, cartels… autant de choses que le gouvernement doit combattre en découpant les vilains qui suivraient la stratégie que vous décrivez.

      Quelques remarques, qui ne remettent pas fondamentalement en cause votre commentaire, mais importantes :

      *Non, les champs en friche ne valent pas "rien". La meilleure preuve est que vous décrivez une stratégie dans laquelle leur possession permet d’extraire une rente. En retour, le propriétaire du champ en friche cherchera à capter la plus grande part de cette rente au moment où vous viendrez lui faire une offre d’achat.

      *La stratégie que vous décrivez est applicable à peu de marchés, typiquement les ressources naturelles. En effet, pour l’industrie ou les services, vous ne pouvez pas empêcher une nouvelle usine/boutique de s’ouvrir (sauf à corrompre le gouvernement… ce qui s’est déjà vu).

      *Enfin il y a un problème de passager clandestin dans votre mécanisme. La stratégie que vous mettez en place est profitable à tous les propriétaires de champs fertiles, aussi chacun d’entre eux aura intérêt à adopter une attitude attentiste et à attendre qu’un de ses semblables prenne l’initiative (et le coût des champs en friche). Il n’est donc pas du tout clair qu’un propriétaire prenne cette initiative (on analyserait le cas dans un modèle de théorie des jeux non coopératif, personne ne suivrait cette stratégie, attendant que quelqu’un d’autre la mette en place à ses frais).

  4. 

    Point par point :
    * "capter la plus grande part de cette rente au moment où vous viendrez lui faire une offre d’achat." Tout à fait mais selon les lois NATURELLES du marché la vente se fera !

    * "applicable à peu de marchés" En fait non, c’est applicable à la plupart des marchés, par exemple, si tu trouves que les propriétaires des usines de pneu prennent trop de marge, tu fais comment pour monter une usine de pneu à partir de rien ? Et en supposant que tu ais de gros moyen, tu vas débarquer et tu ne feras pas un carton car les acteurs existants te ferons une guerre et ils sont déjà implanté, pas toi. Il y a aussi l’exemple de Free, Free n’a pu s’implanter que parce que Orange a été forcé de lui louer son réseau. On voit bien que les trois acteurs en place n’étaient pas pressé de se faire la guerre.D’ailleurs Free n’a pu s’implanter que grâce au buzz terrible qu’il a fait et à la diabolisation des autres sinon les offres Sosh et B&you aurait eu tôt fait de tuer Free.

    Et puis c’est pas très fair-play de changer les règles du village pour votre démonstration.

    *Passager clandestin ? Non je dirais plutôt une gestion dynamique: prendre les parts de marché de ses concurrents, il n’y a rien de plus naturelle. Je n’ai pas poussé le raisonnement prédateur plus loin mais on voit bien que rapidement, il n’y aura plus que 2 ou 3 gros propriétaires qui feront la loi et les prix du marché du blé et des salaires.

    C’est marrant d’ailleurs, c’est un peu que le cinéma propose dans les western, le petit village rustique et libéral où règne le plus souvent un grand propriétaire.

    J’ajouterais que dans votre exemple un syndicaliste, face à une tel injustice de revenus, proposera peut-être un salaire minimum à 60 euros, ce qui sera totalement compatible avec la justice sociale et le meilleur rendement de la production.

    • 

      * Je ne suis pas anarchiste, je ne crois pas à l’existence naturelle des marchés. Les marchés sont des institutions, garantis par la loi et une certaine dose de régulation. Oui, certains marchés tendent, si on les laisse faire, vers la concentration. Et il faut les en empêcher…

      * Pourquoi "à partir de rien" ? Pourquoi un grand conglomérat industriel ne pourrait pas se lancer dans les pneus ? BMW est passé des avions, aux frigos, puis aux voitures… Apple ne faisait pas de téléphones il y a dix ans … En vérité, la plupart des marchés sont "relativement" contestables, et la plupart des marchés incontestables le sont à cause de la protection étatique.

      * Oui, mais pas selon la stratégie que vous décrivez. Et oui, je pense que l’Etat doit intervenir pour l’empêcher. Les lois anti-trust existent depuis plus d’un siècle et sont essentielles.

      En revanche, compenser un effet de monopole en en rajoutant un autre (syndicat) est une mauvaise idée. Autant briser le monopole.

      • 

        * on est d’accord

        * oui et heureusement que ça ne se passe pas comme ça car, par exemple, Apple pourrait fort de sa iRente lancer une marque low cost aPoire sous Windows 8 qui aurait tôt fait de flinguer ses concurents. Avec une simple dose de vente à perte ou même pas vu sa puissance d’achat sur les composants (oui les PC Apple ont les même composants qu’un PC).

        * Le marché sait très bien faire avec les lois anti-trust, Microsoft a filé un coup de main à Apple fin des années 90 pour éviter que ça se voit trop.

        * Un syndicat n’est pas un monopole ?!? C’est juste une organisation qui représente les salariés et qui négocie le partage des revenus, les conditions de travail … Rien qui ne devrait faire peur au propriétaire. Après bien entendu, il existe des dérives hallucinantes …

        Ah, si l’homme était bon, le communisme serait un système universel. D’ailleurs, c’est bien ce système que tu utilises au sein de ta famille (femme et enfants) ?

        • 

          Le communisme n’est absolument pas opposé au libéralisme lorsqu’il est librement consenti (famille).

          D’ailleurs, les libéraux ne prétendent pas empêcher les communistes d’être communistes entre eux… ;) Dommage que les communistes ne leur rendent pas la pareille !

          • 

            "libéraux ne prétendent pas empêcher …"

            C’est un biais classique mais bizarre de croire qu’un libéral en économique sera une personne bonne en générale. Et un communiste, un mangeur d’homme.

            Pourtant nombreux sont ceux qui se réclame de l’économie libéral et pourtant, sont prêt à légiférer par exemple pour pénaliser l’homosexualité. Les plus grand cleptocrate US se réclame également de l’économie libérale, c’est d’ailleurs souvent les même.

            Faut pas s’étonner qu’en France, libéral = loup dans la bergerie, c’est tellement vrai ailleurs … On peut dire la même chose pour le communisme.

            Mais on s’éloigne du sujet :-)

            • 

              Le libéral n’est pas "bon" en soi, mais aimant la liberté (la sienne et celle des autres par voie de conséquence, seule garantie de la première), il sera par nature "moins mauvais" que beaucoup. Pas forcément une personne "bonne" mais certainement pas non plus une personne "méchante" comme beaucoup aiment à le décrire.

              L’homosexualité est "pénalisée" depuis quasiment la nuit des temps. On parle de nos temps de la "légaliser", ce qui suppose encore une intervention de l’État. Et une intervention couteuse (sinon, les homosexuels n’auraient aucun intérêt à cette "sur-légalisation" – mariage etc.), ce qui rend immédiatement bon nombre de libéraux très réticents. Non pas à cause des homosexuels (ils ont bien le droit de faire ce qu’ils veulent, tant que cela ne nuit pas aux autres), mais bien de l’État.

              D’ailleurs avec un État réduit à ses fonctions régaliennes (Justice, sécurité, défense/diplomatie), on n’aura pas vraiment besoin de ce genre de débat. Pour autant la grande majorité des libéraux est pour la liberté des homosexuels de faire ce qu’ils veulent. Et contre le fait de les subventionner, aider, ou autre. Contre aussi, en revanche, le fait de pénaliser quiconque en pense/dit du mal. Voire quiconque les discrimine (c’est bien le droit de tous, sauf du gouvernement).

  5. 

    Bonjour,
    j’ai du louper l’introduction à l’introduction à l’économie, mais nous sommes censés être en situation non régulée en début d’histoire, alors :
    1) Pourquoi et par qui le salaire de tous les paysans est-il fixé alors que leurs productions diffèrent ? Ou bien parlons-nous d’une production collective ?
    2) Où sont les consommateurs ? Si j’ai bien compris, c’est bien dans le rapport production – consommation que se fixe le prix ?

    • 

      Bonjour,

      1)

      Quand vous achetez une place de cinéma, vous payez le même prix que tout le monde. Pourtant, tout le monde n’en profite pas de la même façon, certains aiment, certains n’aiment pas. Ici, c’est la même chose, tous les salariés reçoivent le même salaire car tous les salariés sont identiques, même s’ils ont une utilité différente selon le champs auquel ils sont affectés.

      D’où vient le salaire ? Le salaire vient de la négociation. Si un propriétaire veut payer moins de 65 quintaux, il y aura plus de champs rentables que de paysans, donc trop d’emplois pour le nombre de travailleurs. Les employeurs se feront concurrence pour le recrutement et le salaire montera jusqu’à 65. Inversement, s’il est supérieur à 65 quintaux, c’est les paysans qui seront trop nombreux et se bâteront pour les emplois. Faisant chuter les salaires jusqu’à 65.

      2)

      Ici, on parle du marché du travail. Le produit est le travail des paysans. Les consommateurs sont les employeurs (ils "consomment" la ressource "paysan"), les paysans sont les offreurs (ils vendent leur travail).

      (Les consommateurs de blé sont à la fois les paysans et les propriétaires)

  6. 

    Bonjour Acrithène,
    Avec quel logiciel as-tu réalisé ce schéma ?

    Cordialement.

  7. 

    Bonjour et merci pour cet article intéressant, une fois encore.

    Que pensez-vous de celui-ci ? : http://www.optimum-blog.net/post/2005/03/21/52-et-dire-quils-sont-keynesiens-chapitre-2

    • 

      Le raisonnement est valide, mais la question c’est la plausibilité de l’hypothèse. Concrètement, il faut une entreprise en situation de monopole sur le marché du travail. Or à qui s’adresse le SMIC ? Aux populations peu qualifiées. Par nature, la population peu qualifiée n’a pas de spécialité, elle constitue une masse relativement homogène de millions de personnes. Est-il vraisemblable que seule une entreprise embauche cette masse de millions de personnes ? Non, il n’y a clairement pas de monopsone sur le marché de l’emploi peu qualifié.

      Si on évoque le marché des chercheurs en finance en France, oui il y a une situation, sinon de monopsone, au moins d’oligopsone (un faible nombre d’employeurs possibles)… Pareil pour les ingénieurs spécialisés dans l’aérodynamisme des missiles sol-air. Mais le SMIC est-il conçu pour ces salariés ?

      Les monopsones importants en France sont ceux de l’Etat : les enseignants, les médecins, etcetera sont soumis très largement à un monopsone public.

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