Retraites – Le coût de la réformette pour un jeune : 33 000€

29 août 2013 — 26 commentaires

Ce billet estime la valeur financière de la réforme des retraites annoncée par le gouvernement. Pour un jeune entrant sur le marché du travail en 2014, la perte a une valeur présente de 33 000€.

Tant pis pour le chômage, le gouvernement a fait le choix d’une poursuite de la stratégie de la gestion des retraites par le matraquage fiscal du travail et par la cavalerie : accroître les sommes investies par les jeunes pour rembourser les promesses faites à leurs grands-parents.

Un des grands avantages du système par capitalisation, c’est sa grande transparence. Au moindre changement dans les perspectives futures de l’économie, les marchés boursiers réagissent et la valeur des sommes provisionnées pour la retraite capitalisée est réévaluée par le marché. Cette transparence joue contre la capitalisation, car elle donne l’impression d’une très forte instabilité. Au contraire, comme personne ne s’amuse à calculer la variation de valeur des retraites par répartition, personne ne réalise leur volatilité.

D’où ce petit billet, dont l’objet est d’estimer combien un jeune de 20 ans a perdu dans la mini-réformette des retraites que le gouvernement nous a annoncée. Concrètement, le gouvernement propose d’augmenter progressivement les cotisations sociales de 0.6 point et d’allonger la durée de cotisation à 43 ans. Cela induit une perte totale de 73 000€ pour un jeune « moyen » entrant sur le marché du travail en 2014, répartie au cours des 43 prochaines années. La valeur financière actuelle de cette perte est d’environ 33 000€.

Hypothèses

Pour établir cette facture, faisons quelques hypothèses grossières mais simplificatrices et raisonnables sur le futur :

  • Notre jeune commence à travailler en 2014, il touche tout au long de sa vie le salaire moyen correspondant à sa tranche d’âge.
  • Le salaire moyen et le plafond de la sécurité sociale progressent de 1% par an, tandis que le salaire moyen progresse aussi de 1.65% par année d’âge (reflétant la structuration des salaires par âge donnée par l’INSEE).
  • Tous les chiffres sont donnés en euros de 2013, supposant l’absence d’inflation (les paramètres actuels du système de retraite le rendent neutre à l’inflation).
  • La distinction cotisations salariales/cotisations patronales n’a pas d’existence économique réelle. Il s’agit d’un résultat basique d’économie publique (explications)

La feuille de calcul Excel est disponible en bas de page.

Facture de la hausse du taux de cotisations

L’an prochain, notre jeune touchera un peu moins de 20 000€ brut, et la hausse de 0.3 point de pourcentage des cotisations retraites ne lui coûtera que 59€. A première vue, pas de quoi s’affoler. En 2017, il gagnera un peu plus de 21 000€, la hausse aura atteint son maximum de 0.6 point, et lui coûtera 130€ par an. Rien de dramatique, tout juste de quoi payer la redevance pour regarder Plus Belle la Vie.

Enfin, en 2056, il touchera un peu moins de 60 000€ bruts, et le surplus de 0.6 points de cotisations lui coûtera 340€. Au total, d’ici qu’il prenne sa retraite en 2056 après 43 années de cotisations, la hausse des prélèvements lui aura coûté en tout 9 075€.

Facture du rallongement de la durée de cotisation

Cotisations supplémentaires

Le rallongement de la durée des cotisations implique que notre jeune, plutôt que de s’arrêter en juin 2055, ne s’arrêtera qu’en décembre 2056.

Cela lui rajoute six mois de cotisations en 2055. En supposant un salaire brut de 57 400€ et un plafond de la Sécurité Sociale à 55 687€, cela ajoute 4 636€ de cotisations au régime général, et 2 837€ de cotisations au régime complémentaire (non cadre).

Similairement, en lui ajoutant une année complète en 2056, on lui ajoutera 9 365€ de cotisations au régime général, et 5 973€ au régime complémentaire.

Soit une facture totale pour le rallongement de la durée de cotisation de 22 781€.

Perte de pensions

Par ailleurs, notre jeune perd les pensions qu’il aurait dû recevoir entre juin 2055 et décembre 2056, vu qu’il continue à travailler.

Avec une moyenne des 25 meilleures années (sous plafond) à 42 526€, et un taux de liquidation de 50%, il aurait reçu une pension de 21 263€ au titre du régime général. Comme il perd cette pension pour une année et demie, sa perte totale à ce titre est de 31 895€.

A la perte de pension du régime général faut-il encore ajouter la perte de la pension du régime complémentaire. Pour faire simple, en estimant qu’un non-cadre reçoit une pension complémentaire égale à 30% de sa pension générale, la perte est de 9 568€

Perte totale et valeur actuelle

Si nous faisons les comptes, on arrive à une perte totale, sur l’ensemble des 43 prochaines années, et juste au titre de la réformette, de 73 319€.

Evidemment, ce chiffre n’est pas révélateur de la valeur actuelle de la perte. 1€ perdu dans 40 ans ne vaut pas 1€ perdu aujourd’hui, à cause de la composition des intérêts. A supposer un taux d’intérêt réel (après soustraction du taux de l’inflation) égal à 2%, la valeur actuelle de la perte s’établit à 33 149€.

C’est-à-dire que si un couple de retraités choqué par la traite des jeunes voulait ouvrir un compte bancaire rémunéré à 2% au-dessus de l’inflation afin de compenser la perte financière infligée au notre nouveau travailleur, il faudrait qu’il lui fasse un don de 33 000€ au 1er janvier 2014. Le capital et les intérêts perçus permettront de payer exactement les coûts de la réforme.

Lien vers la feuille de calcul

26 responses to Retraites – Le coût de la réformette pour un jeune : 33 000€

  1. 

    ce billet commence par un mensonge.
    la hausse des cotisations retraite sera de 0.3% pour le salarié.
    et non pas de 0.6%
    Ce blog continue de diffuser un mensonge éhonté en affirmant que les cotisations patronales sont supportées par le salarié.
    A l’université d’été du MEDEF Moscovici a promis une baisse des charges patronales dès 2014 (cotisation allocation familiales).
    Cette baisse bénéfieciera à l’entreprise , le salarié n’en aura aucune retombée sur son salaire.
    Donc cela prouve que e blog dit n’importe quoi car cette baisse de la cotisation patronale serait remboursée au salarié si la théorie exposée sur ce blog était vraie.

    • 

      Quand on dit qu’une prédiction par encore observée falsifie une théorie, c’est qu’on est une bille en science.

      Le fait de prévoir que dans un an les pommes vont s’élever au-dessus des nuages n’est pas une preuve des mensonges de Newton, c’est juste une ânerie.

  2. 

    Vos calculs sont grossièrement truqués car vous y incluez les cotisations patronales.
    Il faut être une bille pour avaler ces approximations..

  3. 

    Ce billet élude la question principale: le jeune « moyen » retrouvera-t-il en prestations de retraite l’équivalent des cotisations payées, ou moins (ce que laisse entendre l’introduction) car il devra compenser l’insuffisance de cotisations des générations antérieures.

      • 

        @ Traité ici
         » Autrement dit, avec les paramètres actuels et un âge de la retraite à 70 ans, la pension versée sera deux fois moindre que si vous aviez placé votre argent dans des obligations d’Etat. ».

        Encore un raisonnement falsifié car le calcul se fonde sur le placement en obligations à 2% de montant regroupant à la fois des cotisations patronales et salariales; alors qu’il faut considérer seulement les cotisations salariales retraite.
        pourquoi.
        un simple exemple:
        si le salarié a des périodes de chomage indemnisé (ce qui est une hypothèse forte) , ce calcul incluant les cotisations patronales tombe de lui même (son généreux employeur qui cotise pour lui n’existe plus). En revanche le compteur de trimestres validés ne s’arrête pas et s’incrémente pour le salarié sans emploi.
        Ainsi un salarié ayant une carrière s’étalant sur 43 ans (de 26 à 69 ans), ayant accompli au moins 25 années de plein emploi , et même si il a subi du chomage à différentes périodes pour une durée cumulée pouvant aller jusqu’à 18 ans; percevra de toute façon une retraite pleine sans abattement. d’une valeur annuelle de:
        de salaire moyen annuel (des 25 années travaillées) X 50%

        • 

          J’ai répondu à votre objection sur un autre billet. Merci de ne pas la répéter inutilement.

          Pour les lecteurs, le caractère fictif de la distinction salariale/patronale est un dérivé direct du théorème de l’équivalence fiscale, qui n’a rien d’une théorie libérale mais un résultat relativement basique de l’analyse économique.

          Pour de plus amples détails :

          Blogs :

          - http://www.ecopublix.eu/2007/09/qui-paie-les-impts.html
          - http://www.ecopublix.eu/2007/11/qui-paie-vraiment-les-cotisations.html
          - http://gregmankiw.blogspot.fr/2007/04/tax-incidence-in-illinois.html
          - http://theoreme-du-bien-etre.net/2013/01/02/letat-ne-decide-pas-de-qui-paie-les-impots/

          Wikipedia :

          - http://en.wikipedia.org/wiki/Tax_incidence

          Et un manuel d’un économiste keynésien bien connu :

          J E Stiglitz, Economics of the Public Sector, Second Edition, W W Norton and Company, New York and London, 1988, chapter 18 (« Tax incidence »)

          Disponible ici : http://fiesta.bren.ucsb.edu/~costello/courses/ESM204/Readings/Stiglitz%20-%20Tax%20Incidence.pdf

          A la page 490, dans le résumé : « It makes no difference whether the social security tax (paryoll tax) is paid half by the employer and half by the employee, or entirely paid by one or the other »

          • 

            oui mais vous ne répondez pas à la question essentielle donnant l’avantage incontestable à la repartition.

            Un salarié qui sur une carrière de 43 ans n’aura travaillé que 25 années et le reste du temps aura été au chomage, subit-il réellement une perte , comme vous le prétendez , s’il avait participé à une retraite par capitalisation (pendant les seules 25 années où cela lui était possible d’épargner)

            • 

              Cette question n’a pas de sens. Subit-t-on une perte dans un système où on prend l’argent des autres (ceux qui travaillent) ? Of course not.

              Mais c’est une fausse question. La vraie question c’est, quitte à prendre l’argent des autres, vaut-il mieux les placer dans la capitalisation ou dans la répartition, et la réponse est la capitalisation.

              Votre objection ne porte pas sur la redistribution entre classe d’âges (la répartition) mais au sein d’une classe d’âge entre revenus (la « solidarité »). On peut très bien avoir un système par capitalisation communiste, si c’est ça votre soucis.

        • 

          ce qui est verse par le patron est ce qui n est pas percu par l employe d une certaine maniere ( autrement dit que cela soit le patron ou l employe qui paie la cotisation revient presque au meme c est juste de l habillage de mots.) Soyez un peu curieux et regarder le cas du Danemark et vous comprendrez votre raisonnement inepte … La France est pour moi la championne pour trouver des noms de taxes qui font croire que c est toujours un autre qui paie , c est un leurre. Pour reprendre une phrase de Bastiat tres juste « L Etat est le fantasme selon lequel chacun s efforce de vivre aux depens des autres »

  4. 

    C’est la rentrée et en pleine forme.

  5. 

    De toute façon, la fiscalité en aurait pris une partie… ;)

  6. 

    Le titre de l’article et le premier paragraphe (avec la phrase « accroître les sommes investies par les jeunes pour rembourser les promesses faîtes à leurs grands-parents ») fait preuve d’une mauvaise fois certaine, en continuant d’entretenir le mythe du conflit de génération.
    Contrairement à ce que votre titre laisse entendre, ce ne sont pas les « jeunes » qui payent pour les vieux en réalité, c’est plutôt les « bientôt vieux » : si vous refaites le calcul en prenant le cas d’un salarié moyen ayant 40 ans en 2014 (en prenant vos chiffres, je lui attribue un salaire brut de 27k€ annuel), vous pouvez observer que le cout actualisé de la reforme pour cet individu sera de 43k€ (soit près de 30% de plus que pour votre « jeune »).
    Pourquoi ? Tout simplement parce que votre raisonnement est biaisé, l’essentiel du « cout » de la réforme pris dans votre calcul se situe dans la prolongation de la durée de cotisation (= de travail) ce qui n’a tout simplement pas de sens … A titre de comparaison, un jeune commençant à travailler en 2014 devrait vivre 12 ans de plus en moyenne qu’un « vieux » partant en retraite aujourd’hui, l’évolution de l’espérance de vie « coutant » donc au vieux plus de 160 000€ par rapport au jeune : scandaleux non ? ;)

    • 

      Mais rassurez-vous, ladite réforme devra être refaite très bientôt. La décision qui vient d’être prise n’est qu’une étape. Donc le jeune qui vivra 12 ans de plus (reste à voir) va le sentir passer si nous ne changeons pas de méthodologie.

  7. 

    Ce calcul est intéressant. Mais la présentation sous forme de « pertes » est trompeuse.
    Il est bien possible que le système continue à faire des promesses encore trop généreuses même aux jeunes. Qui sont bien sûr intenables.

  8. 

    Excellent billet as usual. Vous semblez avoir des trolls, tant mieux, c’est la rançon du succès!

    • 

      De plus, ils permettent de rappeler que les cotisations patronales sont en fait payées par les salariés. Deux idées en un billet. Le double effet kiss cool.

  9. 

    Billet bien polémique comme on les aime ! Du bon boulot d’analyse pour foutre un coup de pied dans la fourmilière. Pour compléter et pour ceux qui dénoncent le conflit de générations (inévitable?) : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=72475

    Signé un entrepreneur de 25 ans qui préférerait augmenter ces salariés pour le bon boulot qu’ils font plutôt que de signer des chèques à l’URSSAF.

    PS : Pour le vivre je calcule le salaire qu’on donne à un collaborateur sur la base du coût du travail (comprenant cotisations salariales & patronales + avantages en nature), ce qui dans la pratique confirme le principe d’équivalence.

    • 

      Je gagnerais donc 60.000 euros brut par an en 2056 et à inflation 0% !!!

      Si ta prédiction se réalise, je veux bien donner 66.000 euros sur 43 ans.

      La France est vraiment un pays de rêve … 60.000 euros/an hummmm.

      • 

        Entre 1980 et 2010 (pas vraiment une période faste), le salaire brut (ce dont parle l’article) a progressé d’un tiers. Rapporté à 43 ans (2056-2013), cela fait tout rond 50%.

        Comme le salaire brut moyen en 2008 était de 42 179€ pour les 56-60 ans, on obtient par application du même taux de croissance dans les 63 500€ pour une personne de cet âge en 2056.

  10. 

    un taux réel à 2% me parait assez élevé puisque le 30 ans francais est sous les 1%. Ce qui masque la double peine liee au fait que les 50 ans et plus s’arrogent au passage directement la baisse des taux qui leur permet t-c-é-p-a de capter immediatement la moitie de 8% de 100k moyen, dans un cas sur 2 (un jeune sur deux va emprunter une somme moyenne de 100k de duration 8 ans, et je pose l hypothese que la hausse de pouvoir d achat se repartit egalement entre les deux parties).
    pour moi c est donc plutot 0,67*73 +2 = 51K

    COR, sors de ce corps !!! ou est passé Acrithene ?

    • 

      Le taux OAT 30 ans est à 3.5%, on n’est pas si loin de l’hypothèse une fois l’inflation retirée.

      De toutes manières, l’esprit de l’article n’est pas de dire si le vrai chiffre est 50k ou 30k, mais de montrer que c’est en dizaines de milliers d’euros.

      • 

        La Pologne est en train de faire machine arrière .
        Les retraites par capitalisation sur des fonds privés seront remplacées par un système de retraite par répartition.
        pourquoi ?
        Les polonais ont compris que retraites par capitalisation = injustices
        et que la retraite par capitalisation est synonyme de spéculations boursières; avec risque de profits spectaculaires pour certains mais surtout perdre beaucoup pour le grand nombre).
        Et cela personne n’en veut.
        La Pologne rend donc son verdict après avoir essayé la capitalisation.t.
        les retraites par capitalisation ça ne marche pas.
        Pourquoi ça fonctionnerait en France ?

        • 

          « La Pologne rend donc son verdict après avoir essayé la capitalisation ».
          La Pologne ou les Polonais ?
          Souhaitons bon courage aux victimes non consentantes de ce joyeux suicide collectif.

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