L’improbable survie de l’assurance maladie

12 novembre 2012 — 13 Commentaires

La hausse de plusieurs millions des personnes de plus de 65 ans, combinée à la forte hausse des dépenses de santé de cette tranche d’âge, condamne à moyen terme l’assurance maladie telle que nous la connaissons.

Peu avant les élections américaines, je discutais avec des amis de ce héros cool qui avait importé la sécurité sociale à la française – ce qui n’est pas le cas – dans cette jungle d’égoïsme barbare que sont les Etats-Unis. Je n’ai pas trop d’avis sur cette réforme, mais je ne suis certainement pas aussi enthousiaste que la plupart de mes compatriotes. Mais ce qui m’a frappé dans cette discussion, avec des gens sortis d’HEC, c’est à quel point ils sont ignorants des dures réalités comptables.

J’ai manqué l’opportunité de leur faire remarquer que le système de générosité qu’ils chérissaient tant, en France, était mourant, ce que personne n’ose admettre ou que tout le monde ignore, malgré la fameuse rumeur sur le « trou de la sécu ». Evidemment, la sécurité sociale ne va pas mourir sous la présidence Hollande, mais il suffit à mon avis de deux paires de mains pour compter le nombre d’années à vivre de notre gentil système s’il n’est pas remis à plat. Et comme toujours, les jeunes auront financé un système dont ils ne profiteront jamais.

Je vous propose donc quelques images dures à admettre sur l’avenir de la branche maladie de notre sécurité sociale. Les sources sont le Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM) et l’Institut National d’Etudes Démographiques (INED).

Le premier graphique résume les dépenses remboursées par l’assurance maladie par tranche d’âge et par individu en 2008. On n’y voit que les personnes âgées « coûtent » énormément plus que le reste de la population. Evidemment, on ne doit pas conclure de ce graphique que les personnes âgées représentent l’essentiel des dépenses, car si elles sont certes plus coûteuses par individu, elles sont aussi moins nombreuses.

Mais la répartition des dépenses par âge devient intéressante quand on la combine au deuxième graphique, qui représente la répartition de la population par âge en 2012 (bleu) et en 2030 (rouge). On constate clairement que la population se déplace vers les tranches d’âge supérieures à 65 ans.

Si ce n’est pas assez clair, le graphique suivant résume la variation de la population entre 2012 et 2030 par tranche d’âge.

A ce niveau, si vous avez l’habitude de manipuler des chiffres, vous comprenez qu’un énorme problème se profile, une forte hausse des coûts due à l’arrivée massive des baby-boomers dans les âges où ils coûteront très cher à l’assurance maladie.

Mais ce n’est pas tout. Ni le coût des dépenses de santé, ni leur structuration par âge n’est fixe. Non seulement les dépenses de santé croissent plus rapidement que la richesse nationale, mais en plus cet effet est-il beaucoup plus fort pour les soins aux personnes âgées. L’image suivante résume l’évolution de ces dépenses entre 1992 et 2000. Ce sont les données fournies par le HCAAM dans son rapport de 2010. Autant dire que les gens qui s’occupent des prévisions sont inquiétants, vu qu’ils utilisent des données de 10 ans d’âges pour voir le futur.

Désormais quelques calculs. Je prends l’hypothèse que le taux d’emploi de la population active reste stable (65%) et que les dépenses de santé progressent selon le rythme décrit par l’évolution 1992-2000.  De manière semblable, l’organisme en charge du Medicaid et Medicare aux Etats-Unis estime que le 2824 milliards de dollars de dépenses en 2012 passeront à 4638 milliards de dollars en 2020 (source – table 17). Comme seules les forces actives de la société peuvent financer l’assurance maladie, je rapporte les dépenses ainsi projetées en 2030 au nombre d’actifs occupés.

Bien sûr, mes hypothèses sont grossières, j’ai fait avec ce que je trouvais de mieux dans le rapport du HCAAM. Mais le déséquilibre est si colossal (on peut le diviser par deux, cela ne change pas grand-chose) que je me permets de conclure : c’est mal parti !

Bibliographie :

« Vieillissement, longévité et assurance maladie », HCAMM, avril 2010

13 responses to L’improbable survie de l’assurance maladie

  1. 

    Je me disais bien qu’il y avait un souci et que les gouvernements successifs etaient incapables de prendre les bonnes decisions mais si je vous fais confiance sur le calcul (je ne vais pas verifier, le raisonnement me suffit), le dernier graphique est edifiant.
    Et je suppose qu’on peut faire la meme chose avec les caisses de retraite…

    A priori, il y a une coquille : "le taux d’emploi de la population active reste stable (65%)". Je ne fais pas confiance aux chiffres du chomage mais la, ca ferait 35% au lieu de 10% annonces! Il doit s’agir du taux d’emploi de la population tout court, non?

  2. 

    Désolé Acrithène,

    Vous ne parlez pas d’une réalité comptable. Vous forcez le trait, en estimant qu’un dérapage des frais des années 1990 est la norme. En clair, vous excluez innovation, baisse tendandanciel des coûts avec les génériques (il y a de moins en moins de médicaments nouveaux qui sortent) et réduction de remboursement, personne ne doute réellement que celles-ci vont venir.

    Et puis si demain, les gens n’ont plus les moyens de payer leur frais de santé, les entreprises vont baisser leurs tarifs!

    Là où je suis d’accord avec vous, c’est qu’une saine concurrence des assurances et du secteur médical peut amener plus rapidement et moins douloureusement à cette baisse des frais de santé et à la durabilité de notre système de couverture sociale.

    • 

      Je joue peut-être sur le terme comptable (quoique, le déficit existe déjà et est déjà monstrueux, dans les 20 milliards par an).

      En revanche, les médicaments ne représentent que 18% du budget de l’Assurance Maladie. Donc ce n’est pas là-dessus que vous ferez des économies. D’autant que j’imagine que les médicaments les plus coûteux sont ceux pour lesquels il n’y a pas de génériques.

      En revanche je n’exclus pas la réduction de remboursement, c’est tout l’objet de l’article de dire que celle-ci est inévitable. Pour moi une assurance maladie qui ne rembourse plus est la même chose qu’une assurance maladie qui ne survit pas vu que le remboursement est précisément sa vocation.

      Vous dîtes que je grossis le trait en prenant les années 1990 comme norme. Je n’en sais rien, vous non plus je pense. Je prends les dernières données disponibles.

      Maintenant, il y a des pays où les données sont plus accessibles. L’organisme en charge du Medicaid et Medicare aux Etats-Unis estime que le 2824 milliards de dollars de dépenses en 2010 passeront à 4638 milliards de dollars en 2020. Donc outre atlantique, ils s’attendent à la continuation de la hausse. Vous semblez bien confiant de votre côté.

      • 

        Je suis effectivement un incorrigible optimiste. Et le terme comptable n’est, en fait, pas si mal choisis que ça, s’appuyer sur le passé pour décrire un futur probable, ça ressemble à la juste valeur…

  3. 

    Étant professionnel de la santé, je vous trouve encore trop optimiste sur l’explosion des dépenses liée au vieillissement car les aînés consomment de plus en plus et c’est un euphémisme !
    Quant aux avancées technologiques, elles empirent le phénomène puisqu’elle augmente la durée de vie.
    Une seule solution : Accepter que la mort est un phénomène naturelle et ne pas vouloir continuer ce chalenge qui consiste à voir dans la mort, un échec de la médecine.
    Bon WD

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