Seigneuriage : Pourquoi la Banque Centrale ne prête pas à l’Etat

3 juin 2012 — 20 Commentaires

Si l’Etat ne payait pas d’intérêts sur sa dette, comme le fait tout un chacun, la dette publique serait beaucoup plus faible. Si l’Etat ne payait pas ses employés, comme le fait tout un chacun, la dette publique serait aussi beaucoup plus faible ! Loi de 1973 : retour sur une légende urbaine…

Plusieurs de mes amis m’ont déjà interrogé sur l’interdiction que s’est imposée en 1973 l’Etat de se financer gratuitement auprès de sa Banque Centrale. Une interdiction réaffirmée en 1992 par le Traité de Maastricht. La toile regorge en effet de vidéos très convaincantes expliquant toute la crise de la dette publique par cette interdiction, tandis que l’apparente absurdité de cette loi est rappelée par certains politiciens populistes.

Face à cette aberration soit disant évidente, deux choses devraient pourtant nous mettre la puce à l’oreille. La démagogie notoire des politiciens promettant l’abrogation de cette loi, et l’implication que tant de grandes démocraties du monde seraient profondément masochistes.

L’essence de l’argument tient au fait que si l’Etat avait pu emprunter gratuitement, sa dette eut été moindre. Il n’est un grand mystère pour personne qu’il est propice à une bonne santé financière de profiter gratuitement d’un service que tout un chacun doit payer. Et cet argument pourrait être répliqué en de multiples formes absurdes : la dette publique serait aussi moindre si nous avions pu ne pas payer nos fonctionnaires ces quarante dernières années. Si cet aspect sophistique échappe à beaucoup d’entre nous, c’est qu’il porte sur des concepts plus abstraits : le temps et la monnaie.

Dans cet article, j’essaierai de vous montrer en quoi l’emprunt à la banque centrale est un mode machiavélique de financement du déficit public. Economiquement inefficace, socialement problématique et profondément antidémocratique, il ne présente que l’intérêt de taxer le peuple sans qu’il ne le réalise.

« Un gouvernement peut vivre longtemps […] en imprimant de la monnaie papier. C’est-à-dire, qu’il peut ainsi prélever des ressources réelles, aussi réelles que celles obtenues par les impôts. […] Le poids de [cet] impôt est largement étalé, ne peut être évité, ne coûte rien à collecter, et tombe, d’une manière rude, en proportion de la richesse de la victime. Pas de miracle à ce que ses avantages superficiels aient attiré les ministres des finances »

J.M. Keynes, Essai sur la Réforme Monétaire

Deux règles de base

Ce billet repose sur les relations qu’entretiennent le PIB, la quantité de monnaie en circulation, et les prix. Plutôt que de me lancer dans de fastidieuses démonstrations mathématiques, je vous demande d’admettre les deux résultats simplifiés suivants. Je les juge assez convaincants pour me passer d’assommantes équations.

1. La personne qui dispose de 20% de la monnaie disponible détient 20% du pouvoir d’achat de la nation.

2. On ne crée pas de nouveaux biens par le simple fait de créer de la monnaie.

L’effet de l’impôt

Admettons maintenant que l’Etat saisisse par l’impôt 30% de la monnaie de ses citoyens. Leur pouvoir d’achat s’en trouvera amputé d’une égale proportion.

L’effet du prêt de la Banque Centrale

Imaginons ensuite que le gouvernement emprunte à la Banque Centrale une quantité de monnaie égale à 10% de celle déjà en circulation. Pour faire ce prêt, la Banque Centrale émet de la nouvelle monnaie. Si l’ancienne quantité de monnaie était égale à 100€, la nouvelle est alors de 110€. Donc les parts de chaque protagoniste dans la masse monétaire totale ont changé.

  • Les citoyens en possèdent désormais 70*(100/110)=64%
  • Et donc l’Etat détient le reste, soit 36%. Décomposable ainsi :
    • Impôts : 30*(100/110)=27%
    • Nouvelle monnaie : 10/110=9%

D’où une nouvelle décomposition du pouvoir d’achat de chacun.

Comment les citoyens ont-ils concédé des richesses à l’Etat sans avoir payé de nouvelles taxes ? En fait, l’émission monétaire à richesse réelle constante a provoqué une hausse proportionnelle des prix. Bien que ma démonstration par proportions se passe des prix, c’est pourtant leur hausse qui accroît la pression fiscale sur les citoyens.

Les économistes, mais aussi les faussaires, connaissent ce mode de taxation depuis des siècles. On l’appelle « Seigneuriage ». Le seigneuriage est le privilège par lequel l’émetteur de la monnaie peut capter une partie des richesses de manière invisible, et illégale quand c’est un faussaire. Il constituait un privilège féodal que les grands vassaux ont cherché à préserver de l’autorité royale à travers le Moyen-âge. La place du dollar dans le système monétaire international de Bretton Woods à la sortie de la Seconde Guerre mondiale constitue un exemple historique plus récent des abus du seigneuriage. Dans ce système, les transactions internationales devant être payées en dollars, et les Etats-Unis disposant du droit exclusif d’en imprimer, ils bénéficiaient, selon la formule de Jacques Rueff, du « merveilleux secret du déficit sans pleurs qui permet de donner en dollars sans les prendre dans les caisses, de prêter sans emprunter et d’acquérir sans payer. »

Pour le gouvernement, le seigneuriage présente une qualité fiscale précieuse : il est fourbe et invisible. Pour l’économiste, il constitue en revanche une absurdité. En effet, dans notre exemple, un impôt traditionnel de 36% aurait le même effet en termes de prélèvement de richesse aux citoyens, mais éviterait les effets néfastes de l’inflation.

Une dette sans existence « réelle »

Dans mon raisonnement, je n’ai jamais pris en compte l’apparition d’une dette et j’ai au contraire mis en évidence un impôt invisible immédiat. Où est donc passé l’apparition de la dette dans ma démonstration ?

En vérité, ce mode de financement de l’Etat n’a de dette que le nom. Cette dette est totalement virtuelle, elle n’existe pas. C’est d’ailleurs pour cela que les défenseurs de ce mécanisme peuvent affirmer sans risque que, sans sa disparition, la France n’aurait pas de problème de dette publique. Le seigneuriage transforme le déficit public en impôt immédiat via l’inflation. En fait, il évite de manière sournoise l’existence même d’un déficit public « réel ».

Je vous propose trois preuves que ce mécanisme empêche la création d’une dette « réelle ». Une perspective juridique, un point de vue financier, et une preuve de bon sens.

  • Juridiquement, une dette est une obligation de payer quelque chose avant une certaine date. Ici cette obligation de rembourser n’existe pas vu que c’est tout au contraire le prêteur qui a l’obligation légale de reprêter.
  • Pour le financier, c’est un peu la même chose.  Je reçois un prêt sans intérêt que je peux rembourser quand je veux. Conserver ma dette ad aeternam n’a aucun coût. Une telle dette n’a donc aucune valeur économique. On peut l’ignorer.
  • Enfin, une dette est toujours vis-à-vis de quelqu’un d’autre. Ici, la Banque Centrale serait une dépendance de l’Etat. Or l’Etat ne peut avoir de dette vis-à-vis de lui-même. Cela va à l’encontre du bon sens.

Finalement, si la dette a une existence administrative sans existence concrète, c’est bien qu’un impôt la compense de la plus concrète des manières, fusse-t-elle inconnue de l’administration fiscale.

Pourquoi le seigneuriage est tout sauf un impôt « social » ?

Comment cet impôt touche-t-il les citoyens ? La richesse prélevée est strictement proportionnelle au pouvoir d’achat. Aussi sa cousine la plus proche s’appelle-t-elle la TVA, qui a défaut d’être aussi invisible que le seigneuriage est souvent qualifiée « d’indolore ». Or la TVA est généralement l’impôt considéré comme le plus injuste par la gauche redistributionniste. On comprend alors mal pourquoi M. Mélenchon est favorable à un tel mécanisme. A moins qu’il ne soit un peu démagogique ?

Pourquoi est-ce impossible de rétablir ce mécanisme dans l’Union Monétaire ?

Par soucis de simplification, rêvons un instant d’un monde sans les impôts traditionnels. Le tableau suivant décrit avec des chiffres fictifs cette situation à l’échelle de la zone euro.

Maintenant, comme le gouvernement français (GF) a des dépenses électorales en vue mais refuse de lever des impôts impopulaires, il demande leur financement à la Banque Centrale. Cette dernière « imprime » donc à cet effet 10% de monnaie supplémentaire. Les nouvelles parts de la masse monétaire des différents groupes sont les suivantes :

  • Français : 20*(100/110)=18%
  • Autres Européens : 80*(100/110)=73%
  • Gouvernement français : 10/110=9%

Ce dernier tableau montre que les traités européens interdisent le financement des Etats par l’emprunt à leur Banque Centrale pour une très bonne raison. Dès lors qu’une monnaie commune est adoptée, un Etat pratiquant le financement par le seigneuriage lèverait un impôt invisible sur les citoyens des autres nations… Inutile de vous expliciter les problèmes induits…

La disparition du Seigneuriage

Finalement, l’interdiction du financement des déficits publics par les banques centrales a de nombreux avantages.

D’un point de vue démocratique, elle contraint le gouvernement à se financer par des impôts explicites et transparents discutés par le Parlement. Le seigneuriage, parce qu’il constitue un impôt invisible sans existence légale, est profondément anti-démocratique.

Au plan économique, le seigneuriage ne présente aucun avantage vis-à-vis de l’imposition traditionnelle. En revanche, il présente les inconvénients de générer de l’inflation et d’être un impôt sans progressivité possible. Enfin, dans le cadre d’une Union Monétaire, l’existence du seigneuriage serait incompatible avec le juste principe de la territorialité de l’impôt.

20 responses to Seigneuriage : Pourquoi la Banque Centrale ne prête pas à l’Etat

  1. 

    Merci, très clair.

    Ne peut-on pas considérer que l’état redistribue l’intégralité de son pouvoir d’achat aux français (a priori vers les plus pauvres). Ceci ne rééquilibre-t-il pas le côté injuste de l’inflation? Une inflation en Europe n’est-elle pas souhaitable pour réduire les rentes et rembourser les dettes?

    Par contre, ceci explique clairement pourquoi la BCE ne doit pas acheter la dette des états de manière inégales, ceci constitue une spoliation des états "riches" par les états "pauvres" (et donc des pauvres des riches par les riches des pauvres…)

    • 

      Si tu regardes mon article sur l’origine de la dette publique de la France, tu verras que la dette des Trente Glorieuses est toujours prépondérante. Or on l’a pourtant assommée d’inflation à deux chiffres pendant pas mal d’années. Il faudra que je fasse un petit modèle pour expliquer pourquoi l’inflation ne parvient pas à tuer la dette publique. Mais en gros, voilà ce qui se prévisible :

      -La première année, on augmente de 1pt l’inflation, donc le taux réel payé sur la dette publique diminue de 1 pts. D’accord
      -La deuxième année, on a toujours notre gain. Mais on doit refinancer 10% de la dette. Les marchés intègre l’inflation et nous font payé 1pt en plus. Le gain sur les intérêts ne concerne donc plus que 90% de la dette, la part qui n’a pas encore du être renégociée.
      -…
      -La n-ième année le cycle est bouclé et l’ensemble des intérêts est payé à un nouveau taux qui a rattrapé la hausse de l’inflation.

      Alors tu me diras, on a au moins gagné sur les intérêts pendant toutes ses années. Oui mais ?

      Une fois que l’Etat voudra revenir à un niveau raisonnable d’inflation, dans 20 ans, nous aurons par la désinflation le phénomène totalement inverse. Et donc à ce moment nous reperdrons les quelques milliards grignotés. En vérité, on ne peut réduire la dette par une inflation temporaire qu’à condition de la rembourser effectivement, ce que personne n’attend.

      Quant à la première partie sur la redistribution, elle reste dans le cadre de l’article. Si le gouvernement considère qu’il doit prendre aux riches pour donner aux pauvres, alors qu’il aille devant le Parlement, expose ce point de vue, fasse voter une loi allant dans ce sens via un impôt normal. Inutile de s’encombrer de l’inflation.

      Enfin dernier point, l’Europe est un continent vieillissant. Les rentiers, se sont essentiellement les retraités, voulons-nous vraiment attaquer leurs revenus ?

      Enfin ma conviction philosophique est que l’Etat a pour rôle de faire respecter les contrats, en particulier lorsqu’il est contractant. Faire de l’Etat un voyou qui peut à sa guise décider de déprécier ses dettes me pose soucis.

  2. 

    Bonjour,

    Merci de votre article. J’ai moi aussi écrit un article sur le sujet, disponible ici http://tythan.blog.free.fr/index.php?post/2010/12/14/La-mon%C3%A9tisation-des-dettes-publiques que j’avais également publié sur Agoravox.

    Il est extrêmement difficile de faire entendre raison aux adeptes de la pensée magique et/ou antisémites hurlant aux salauds de banquiers escroquant le bon peuple.

    Ces fous furieux mis à parts, il me semble néanmoins qu’il pourrait être souhaitable d’abroger cette interdiction pour profiter des périodes déflationnistes (comme aujourd’hui) afin de soulager quelque peu les comptes publics.

    Au plaisir de vous lire,

    • 

      Bonjour Arthur,

      J’ai lu avec attention votre article et j’ai répondu sur votre blog. Je suis en désaccord avec vous sur un certains nombre de points. En particulier, vous avez amha tort sur l’absence de différence pratique entre la monétisation directe et indirecte. Bien sûr que l’Etat paye des intérêts biens réels. La différence est que le taux visé par la Banque Centrale pour ses opérations d’Open Market répond aux objectifs de la politique monétaire, alors que dans le cas du financement avant 1973 il répondait à la politique budgétaire. En théorie, la Banque Centrale pourrait même réaliser la création monétaire sur l’Open Market par l’achat exclusifs de créances privées ! Au final le taux de l’Etat est réduit par un zeste de seigneuriage du fait que les rachats obligations du trésor sont un instrument traditionnel de l’émission monétaire, mais ce n’est qu’un zeste en comparaison d’un financement direct.

      Ensuite, vous envisagez la monétisation directe comme quelque chose de crédible. Comment répondez-vous à mon argument selon lequel elle permettra à un pays de taxer les citoyens des autres Etats membres. Cela me semble insurmontable d’un point de vue pratique.

      Par ailleurs ne pensez-vous pas que l’Etat est un mauvais garnement, et qu’en l’autorisant à faire des choses la plupart du temps nuisibles et tentantes, au prétexte qu’elles seraient (je ne suis pas de cet avis) bénéfiques en de rares situations, est un peu naïf ?

      Acrithène

  3. 

    Idées reçue sur la loi de 73 qui met les chose aux points sur les debats qui ont conduit à la voter.

    http://www.theorie-du-tout.fr/2012/03/loi-1973-rothschild.html

  4. 

    A mon humble avis, et en regard des faits, cela mérite d’être vu :

  5. 

    L’analyse est intéressante mais elle oublie beaucoup de choses !

    Pour l’auteur de cet article, le retour à une banque centrale constitue la mise en place d’un impôt invisible (l’inflation). C’est vrai… mais il oublie de rappeler qu’emprunter aux banques privées oblige l’Etat à taxer le contribuable, et qu’on ne sait pas vraiment non plus quels impôts servent à rembourser ces banques ! En effet, les intérêts représentent une grosse partie de la dette, et ces intérêts doivent être remboursés. La dette représente le premier poste budgétaire de l’Etat Français !!!

    Ensuite on nous dis "Ici, la Banque Centrale serait une dépendance de l’Etat. Or l’Etat ne peut avoir de dette vis-à-vis de lui-même." Mais ou est le problème ?! L’Etat, se sont les contribuables ! L’argent qui ait pris leur sera redonné si nous n’empruntons plus aux marchés financiers !

    Par ailleurs, l’auteur oublie de dire que certes, l’inflation sera élevé en cas de retour à une banque centrale, mais que le fait de pouvoir rembourser la dette en imprimant de la monnaie (de façon raisonnable), permettra de progressivement réduire les impôts qui étaient destinés à payer la dette. Idéalement, l’Etat ne devrait pas injecter de la monnaie dans le circuit (comme le fait Bernanke aux USA), car cela causerait une trop grande inflation. Idéalement, il faudrait que cette création monétaire soit utilisée uniquement pour rembourser les intérêts de la dette (le reste de la dette serait remboursés par l’impôt, car le contribuable doit assumer ses choix électoraux), et pour financer des projets exceptionnels (pour des relances…).

    En tout cas c’est mon point de vue, et j’espère ne pas me tromper ^^

    • 

      Bonjour,

      Plusieurs réponses à votre commentaire.

      La problématique du billet est de savoir si on devrait emprunter à la banque centrale. Ce que l’article note, c’est qu’il vaut mieux lever un impôt traditionnel.

      Quand on se demande si une décision A est pertinente, et qu’on montre qu’il existe B, une alternative possible et supérieure, alors on prouve que A ne devrait pas exister. Ne pas parler de C, D, E ou F n’est pas un oubli, mais respecte juste le principe de parcimonie, ce qui ‘n’est pas nécessaire à une démonstration ne devrait pas y être.

      Revenons cependant à l’aspect concret de votre remarque. D’abord, l’Etat n’emprunte pas aux banques privées, mais emprunte aux marchés financiers sur lesquels vous et moi pouvons lui prêter en souscrivant ses obligations. Les banques peuvent aussi le faire, mais pas différemment de vous ou mos.

      Contrairement à une relation banque centrale (vous et moi sous la contrainte d’une autorité technocratique) vs gouvernement, le recours au marché est compétitif. L’Etat est en compétition avec les autres demandeurs d’épargne, et les épargnants en concurrence entre eux. Cela assure que l’Etat intègre le vrai coût de sa politique, non seulement le montant nominal de la dette, mais la valeur du temps et du risque, ainsi que le fait qu’il raréfie les capitaux pour les autres investisseurs. Ces trois points rendent nécessaire l’existence des intérêts, qui relèvent d’un coût réel et légitime, et doivent donc être payés..Il serait pervers que ces coûts n’apparaissent pas dans le budget de l’Etat, cela conduirait à de graves dysfonctionnement sur le marché de l’épargne, qui nuiraient aux épargnants (vous et moi, la dette publique est une composante essentielle ne notre épargne via les assurances vie, etc.) et aux autres emprunteurs qui subiraient une concurrence déloyale.

  6. 

    Bonsoir ,

    Par rapport avec votre analyse , que penser de ceci . Merci

    • 

      L’argumentaire est stupide. Il consiste à faire remarquer que si l’Etat peut profiter de quelque chose de payant (ici, le temps) gratuitement, alors sa dette sera moindre.

      Pourquoi ne pas appliquer cette règle aux fonctionnaires ? Si on avait payé les fonctionnaires 0€, la dette publique serait aussi inexistante.

      Comme je l’explique dans le billet, l’emprunt à la Banque Centrale est une expropriation des citoyens. De même que payer 0€ des fonctionnaires serait les exproprier de leur travail. Argumenter sur le fait qu’il n’existerait pas de dette si on pouvait le faire est juste absurde.

  7. 

    Bonjour, cher hôte,

    Un article assez clair et fort intéressant. J’ai juste quelques petites remarques et questions.

    1. Sans être puriste sémantique, je pense que le "seigneuriage" correspondrait plus au différentiel entre le coût de fabrication d’une monnaie et la valeur faciale de cette dernière. On parle, sinon, souvent de taxe inflationniste.

    Je conçois le mécanisme de la résorption de la dette publique par émission monétaire comme suit. Et je voudrais avoir votre avis.

    Dans votre exemple, vous supposez que l’Etat prélève un impôt en amputant le pouvoir d’achat des contribuables. Et plus il y a de monnaie en circulation moins le pouvoir d’achat des agents est important. Mais il est aussi possible que l’Etat opte directement pour une hausse du niveau général des prix sans passer par une imposition supplémentaire.

    L’intérêt pour l’Etat réside donc dans la résorption de ses dettes grâce aux recettes fiscales plus importantes en volume. Si la Banque Centrale décide d’émettre une quantité supplémentaire de monnaie dans l’économie, la demande de monnaie des agents répond logiquement à ce surplus d’offre, d’où une augmentation du revenu d’équilibre (Y’) des agents économiques. En laissant l’assiette fiscale intacte, l’Etat perçoit alors plus d’argent (Y*) de la part des contribuables et rembourse plus facilement ses dettes.

    2. L’intérêt de générer une inflation d’origine monétaire plus forte, dans une économie fermée, est aussi d’augmenter théoriquement le revenu des agents. L’intelligence de l’Etat se manifestera alors par le taux d’imposition qu’il va arrêter pour ne pas annuler la richesse nominale des contribuables. Bien entendu, pour les économistes classiques, quand le nombre de biens produits stagne, point de richesse avec une hausse de la base monétaire. Donc, son intérêt ne sera qu’annuler les dettes publiques avec l’amputation du pouvoir d’achat (moins que proportionnel si l’Etat n’est pas trop endetté) des contribuables. Mais vu que les dettes publiques sont aussi les dettes des contribuables, il y a en quelque sorte un équilibre gagnant gagnant, toute chose égale par ailleurs.

    3. Pour répondre à la question d’emprunts d’Etat sans intérêt, un argument suffit: la Pyramide de Ponzi.

    • 

      On tombe là dans une autre classe d’arguments, qui ont rapport avec l’inflation comme mode de remboursement de la dette. Il me semble que les attaquants de la loi de 1973 ne raisonnent pas sur l’inflation. Evidemment il est difficile de définir exactement ce qu’ils pensent vu que cela n’a pas de sens.

      Si on veut raisonner sur la capacité de l’Etat d’émettre de la monnaie dans le seul but de détruire la valeur réelle des dettes, il me semble qu’on parle d’un autre problème, qui correspondrait davantage à la politique monétaire. Cela dit je suis d’accord avec vous pour dire que les deux sont, en cas de financement du budget par l’émission de monnaie, indissociables.

      Comme vous semblez le dire, grâce à l’inflation, l’Etat rembourse plus facilement ses dettes. Ce qui est très différent que de penser que l’inflation rembourse d’elle même la dette. Il faut de toutes manières un budget excédentaire, ce à quoi l’inflation ne contribue pas vraiment (car les dépenses aussi suivent aussi l’inflation). Si cette condition n’est pas remplie, la dette remontera à son niveau initial dans la phase désinflationniste.

      J’essayais d’expliquer la chose dans cet article : http://theoreme-du-bien-etre.net/2012/10/30/linflation-est-elle-une-solution/

  8. 

    "Ce qui est très différent que de penser que l’inflation rembourse d’elle même la dette. Il faut de toutes manières un budget excédentaire, ce à quoi l’inflation ne contribue pas vraiment (car les dépenses aussi suivent aussi l’inflation)"

    —> En ce qui concerne cette phrase, je me pencherais plutôt sur une asymétrie entre les recettes et les dépenses. Si le revenu (Y’) des agents augmente, les recettes fiscales aussi. En revanche, les dépenses publiques ne suivent pas nécessairement la tendance haussière. En tout cas, dans de la même ampleur. Par exemple, le rehaussement des salaires des fonctionnaires se fait par avancement de grade et non en fonction de l’inflation. Et ça confère une marge de manœuvre assez considérable à l’Etat afin de se rapprocher de l’excédent primaire.

    En tout cas, il est clair, je suis d’accord avec vous, que la taxe inflationniste ne saurait être la panacée. Mais quand l’Etat n’a plus que ça…

    • 

      Je ne sais pas si vous avez raison là dessus, mais ce dont je suis certain c’est que ce n’est pas du tout les arguments que nous proposeraient Mélenchon ou Dupont-Aignan.

      Et puis, l’argument de fond de mon billet reste valide : autant simplement réduire le salaire des fonctionnaires : même effet, inflation en moins.

  9. 

    Cher hôte,

    En tant que libéral, je suis d’accord pour dire que l’administration française est hypertrophiée au point d’être encombrante. Mais la réalité est qu’on n’est pas en mesure de s’en servir comme variable d’ajustement, surtout via la réduction des salaires, ne serait-ce qu’au nom du "réalisme" politique. Car mieux vaut payer identiquement les fonctionnaires et maintenir la même recette fiscale que de réduire le salaire nominal des fonctionnaires (opposition syndicale, etc). Le gel des salaires des fonctionnaires (gel de l’avancement de grade) est une stratégie en cours. Sur ce point, à mon humble avis, la rigidité des prix du travail prend le dessus…

    En tout cas, je suis un fervent défenseur de l’indépendance de la Banque Centrale. Un des avantages, c’est justement de m’épargner de réfléchir comment réduire l’inflation par la suite ;)

  10. 

    l’inflation est un impot sur le capital, pas sur les salaires. Ces derniers sont plus ou moins indexés sur l’inflation.
    S’il y a croissance, la quantité de monnaie peut augmenter sans qu’il n’y ait d’inflation: une part de cet accroissement pourrait revenir à l’état directement, sans taxer personne.

    • 

      Cher Olivier,

      Je pense que beaucoup de salariés sentiraient de manière très désagréable le sens de votre "plus ou moins" en cas d’inflation galopante (genre Allemagne pendant l’entre deux guerre).
      En outre, l’inflation est un impôt sur le capital monétaire (compte en banque, billets, OAT…), le capital en actions, immeubles etc… n’est pas directement touché.

      En revanche je ne suis pas sûr de comprendre comment l’Etat peut récupérer une parti de la monnaie créer sans inflation, en échange de biens existant, sans taxer. Si vous pouviez éclairer ma lanterne.

  11. 

    "réduire le salaire nominal des fonctionnaires"… Déjas je m’étonnes que de brillants économistes négligent l’utilité d’une masse stable de consommation dans le système…
    En suite comme tous les salaires, je concidère que l’échelle (écart entre le plus bas salaire et le plus haut) est beaucoup trop importante… Il est de X1000 environ alors qu’un ancien directeur de la banque centrale américaine avait bien prévu qu’au delà de X20 la machine s’emballe… Personnellement je pense difficile de ramener en dessous d’un X50… mais cela ferait énormément de bien à l’économie…
    Car l’argent qui ne serait pas dépensé dans ces salaires (publique comme privé) énormes pourrait largement être utilisé pour créer des emplois : réduire donc la charge de travail (donc de stress qui entraine un surcout médical) de beaucoup d’employés, réduire le cout des sans-emplois, augmenter le revenu des charges (et donc pouvoir les réduires)…
    Biensur, avant de pouvoir effectivement mettre en marche la machine vertueuse, il faudrat utiliser l’argent pour boucher les déficits générés par les gouvernements précédents : la sécu (à cause d’exonération de charge sociale illégale), la dette nationale (a force d’utiliser à mauvais escient l’argent publique, comme financer les entreprises qui ne tiennent pas la route)
    Bien sur, cela sera dur, beaucoup de riche ne veulent pas laisser tomber leur privilège et leurs lobbies sont puissant… Il sera difficile, aussi, d’expliquer au peuple, qu’il est plus rentable de laisser fermer une entreprise malade que de la maintenir…
    Il serait peut etre intéressant de rendre les politique responsable sur leurs finances personnelles de l’état dans lequels ils laissent le pays…?

  12. 

    Pour disposer d’un autre point de vue (que celui l’État c’est mal et ça ne sert à rien et l’impôt c’est du vol), je vous invite à lire "l’État Prédateur, comment la droite a renoncé au marché libre et pourquoi la gauche devrait en faire autant" de James K.Galbraith
    Il y est démonté les vieilles lunes du monétarisme et de la politique de l’offre à partir d’une analyse historique qui illustre l’aphorisme "si ces mystères nous dépassent feignons d’en être les organisateurs"
    BH

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  1. L’État ne décide pas qui paie les impôts | Contrepoints - janvier 4, 2013

    [...] Entre financement par la Banque Centrale et impôt : cf. Seigneuriage : Pourquoi la Banque Centrale ne prête pas à l’État [...]

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