Salaires : ce que le capitalisme vous offre, ce que le socialisme vous laisse

19 juin 2013 — 18 Commentaires

Entre 1980 et 2010, le prix payé par les entreprises pour un salarié français « moyen » a crû de 12 000€, net de l’inflation. Cependant seuls 4 000€ sont arrivés dans les poches des travailleurs. Le reste a été capté par l’Etat. 

La France gravira-t-elle le podium des pays les plus collectivistes du monde l’an prochain ? L’an dernier, le classement des taux de prélèvements obligatoires la plaçait à la 6ème place mondiale, à quelques encablures de Cuba. Et encore heureux que la France maintienne son exception culturelle dans ce monde vilainement capitaliste.

Car s’il fallait compter sur le capitalisme pour faire vivre les travailleurs et les travailleuses, nous serions bien mal partis. Pensez qu’en trois décennies, le salaire net moyen n’a crû, après correction de l’inflation, que d’à peine 4 000€ (euros de 2012 dans tout l’article). Et ce alors qu’il avait crû de 14 000€ entre 1950 et 1980.

A en croire les socialistes, on aurait là la preuve que le capitalisme exploite le travail en refusant de le payer à sa juste valeur. Une histoire qui ne tient pas la route lorsqu’on analyse sérieusement les chiffres.

A l’aide des données historiques du salaire net moyen de l’INSEE (source) et de l’historique des barèmes des prélèvements sociaux fourni par l’Institut des Politiques Publiques (source), j’ai reconstitué l’historique de trois séries. Salaire net, charges patronales et charges salariales pour un salarié moyen. Heureusement que la fiscalité française est relativement simple, permettant à un doctorant en finance de faire ce travail en moins de 5 heures.

Le graphique qui suit présente l’évolution historique de ce que paye une entreprise pour embaucher un salarié français moyen, et de ce que le salarié reçoit effectivement comme salaire annuel net. Le graphique laisse apparaître une forte inflexion dans le rythme d’augmentation du salaire net à partir de la fin des années 1970. L’essentiel de l’inflexion est dû à la fin du rattrapage du niveau de productivité américain. Cependant, il est aussi frappant que le ralentissement de la hausse du salaire net moyen a été beaucoup plus fort que celui de la hausse de ce que payent les employeurs. Autrement dit, le marché a continué à valoriser le travail de plus en plus, ce qui ne s’est pas vraiment ressenti dans les salaires.

Salaires1

Pourquoi ? Pour comprendre, il suffit de jeter un œil au graphique suivant, qui décompose le prix du travail entre les charges prélevées par l’Etat et la part revenant au final au salarié. Depuis 1950, la part du salaire net dans le coût d’un salarié est passée de 74% à 56%. On pourrait disserter sur le chômage induit par ce genre de matraquage, mais ce billet porte principalement sur le pouvoir d’achat des salariés du privé.

Salaires2

Pour conclure, le dernier graphique décompose la hausse du salaire net moyen entre 1980 et 2010. Pour les employeurs, la facture pour un salarié moyen a crû de 12 000€, mais 65% de cette hausse de la valeur de marché du travail a été absorbée par l’Etat Providence. Evidemment, une fois arrivé au salaire net, reste-t-il encore à payer la TVA, l’impôt sur le revenu, la cantine des enfants des autres… et cetera.

Salaires3

Pour transparence, vérification, correction : l’ensemble des données ici.

18 responses to Salaires : ce que le capitalisme vous offre, ce que le socialisme vous laisse

  1. 
    bideau emmanuel 20 juin 2013 à 9 h 32 min

    Edifiant et impressionnant. Les salariés gagnent de moins en moins et le gouffre des prestations sociales ne cessent de s’agrandir et échappent à tous contrôles.

  2. 

    Merci pour ce billet! Les graphiques en disent vraiment long sur la progressive collectivisation de notre économie.
    Sinon, pardon de douter de vos chiffres, mais je serais curieux de voir le lien qui nous montre à la 5ème place mondiale en termes de taux de prélèvements obligatoires!

  3. 

    L’analyse est incorrecte car elle ne prend pas en compte les transferts de l’Etat vers les ménages. La bonne mesure à considérer n’est pas du tout celle du salaire net mais bien celle du revenu disponible ajusté des ménages ou revenu disponible brut http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/revenu-disponible-ajuste.htm qui en gros mesure ce qui reste aux ménages après qu’ils aient touché leur salaire net + les transferts de l’Etat et qu’ils ont payé leurs impôts.

    Ne prendre de l’Etat que la partie ponctionnée sans considérer ce qui est redistribué n’a pas de sens d’un point de vue économique. Le rôle de l’Etat comme redistributeur de ressources entre les ménages est fondamental en France.

    N’ayant pas le temps de traiter les données je ne peux pas dire si le fond du message est correct ou non (il se peut que tendanciellement l’Etat ait prélevé davantage qu’il n’a redistribué).

    Ce qui est certain en revanche c’est que le raisonnement que vous tenez est faux au niveau macro (effet de composition dans les transferts entre ménages) comme au niveau micro (Etat providence qui participe à transférer les revenus lors du cycle de vie).

    • 

      Cela dépend de ce dont vous parlez. Si vous parlez du pouvoir d’achat des ménages, oui il manque les transferts.

      Si comme moi vous vous intéressez à combien il rapporte de travailler, alors c’est le salaire net qui compte.

      • 

        Ce qu’on vous prélève vous est rendu. Lorsque vous travaillez il n’y a donc pas que le salaire net qui compte et que vous recevez n’est ce pas ? Étant donné qu’on vous redistribue. Si vous êtes bien d’accord, vous avez donc commis une erreur dans votre approche. Puisqu’il n’ y a pas que le salaire net qui compte.
        Deuzio : on vous prélève, on collectivise, on organise les choses..puis Bim : on vous redistribue plus, mieux , moins cher. Des avis contraires ? Cela s’appelle l’effet de groupe, c’est mon idée a moi. On l’utilise par exemple sur le site "groupon" ou les voyages de vacance groupé. L’inverse est aux States, et marche avec plein de petites entreprises privées qui rendent des services (qui en France sont publiques et donc collectivisé), de moindre qualité et plus cher car ils ne bénéficient pas de cet effet de masse, de groupage.
        tertio : vous occultez la ponction prise pas les dirigeants corrompus de tout bord, totalement non-corrélés au socialisme et qui s’appelle entre autre :"blanchiment de fraude fiscale" ou bien "propre de l’homme quand il est au pouvoir"
        Je tiens à préciser quand même que la lecture de votre article est enrichissante; il est très bien fait et présenté.

      • 

        J’avais en effet l’impression que vous traitiez du pouvoir d’achat (qui est la véritable préoccupation des salariés et in fine de vos lecteurs). "Evidemment, une fois arrivé au salaire net, reste-t-il encore à payer la TVA, l’impôt sur le revenu, la cantine des enfants des autres… et cetera." C’est bien une analyse en termes de pouvoir d’achat que vous faîtes implicitement, comme le titre du post le suggère in fine.

        Sur le fond, quel intérêt de considérer uniquement le salaire net ? La plupart des commentateurs ici semblent oublier que l’éducation et la santé sont très largement pris en charge par l’Etat (entre autres choses). Il n’y a qu’à voir la bulle actuelle de l’endettement des étudiants aux US pour se payer leur université ou le chaos de l’assurance maladie américaine pour comprendre que si on devait réfléchir en termes de salaire net/dépense totale, l’intégralité du salaire super brut payé par les entreprises ne suffirait sans doute pas à assumer ces frais pour certaines familles françaises.

      • 

        "Si comme moi vous vous intéressez à combien il rapporte de travailler, alors c’est le salaire net qui compte."

        Juste une remarque : la valeur théoriquement correcte de "ce qu’il rapporte de travailler" pour un travailleur ne doit pas se mesurer uniquement en déduisant les charges mais aussi vis-à-vis du coût d’opportunité du travail. Pour le coup c’est une considération très théorique et je comprends qu’elle n’ait guère sa place dans un billet grand public

    • 

      étant donner que pour donner euros, l’état a besoin de euros, étant donner que la redistribution ne profite qu’a 20% des ménages, les 80% donnant bien plus qu’ils ne reçoivent, c’est votre analyse de la redistribution par l’état qui est biaiser. sans compter que si l’état ne prenais pas au-temps, l’entrepreneur serait plus enclin a emBaucher pour ce faire aider.

  4. 

    Passionnant et limpide as usual.

    La rigueur nous change du gloubi-boulga habituel sur ces sujets dans la presse mainstream..

  5. 

    Certes il y a des transferts vers les ménages mais on crève très vite tous les plafonds d’aides en france, et ensuite il faut aussi voir que pleins de "services publics" ont des prix progressifs, notamment tous les trucs scolaires (cantines, sorties, gardes, crèches!).
    Donc non seulement les classes moyennes supérieures se font MATRAQUER aux impots mais ensuite elles se font encore assommer qd elles payent les "services"!!!!

    De quoi vous découragez de faire des gamins dès que vous gagnez un peu d’argent d’ailleurs! Ou de quoi vous expatrier…

  6. 

    Il faut prendre en compte les transferts sociaux pour compléter ces graphes ! L’Etat prend en effet, mais redonne aussi. On ne peut pas faire comme si c’était pas le cas.
    Cela dit c’est très difficile de faire un tableau qui tienne compte de tout. En tout cas l’Insee donne des éléments de réponse :
    http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1264

  7. 

    Intéressant, même si je ne partage pas votre analyse.

    En effet, si l’on regarde les dates de plus près, on remarque que le décrochage du salaire bruit par rapport au salaire net se fait à la fin des années 70, soit à la fin des Trentes Glorieuses, ce qui correspond au début du chômage de masse.

    Le coût du travail augmente alors puisque le coût des indemnités chômages augmente.
    (Hélas, en situation de chômage de masse, il ne suffit pas de réduire les indemnités chômages pour retrouver un niveau d’emploi acceptable. Cela n’aura pour conséquence qu’augmenter les files d’attente à l’ANPE… Je vous renvoie à Jacques Généreux, Les vraies lois de l’économie, même si je ne pense pas que c’est le genre d’économiste que vous lisez (ou appréciez ;) )

    Du coup, je trouve que votre article peut induit en erreur, car on a l’impression que le méchant Etat se met toute la différence entre salaire net et salaire brut dans la poche. Alors que cette somme est en fait redistribuée…

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