Note : je publie ici ce billet refusé par Contrepoints dont la rédaction pense que je ferais un procès d’intention injustifié. Je précise que l’article original de Contrepoints a cependant été sensiblement modifié dans le bon sens suite à mon email à la rédaction : la version non modifiée est reproduite en bas de ce billet.
Mercredi 8 janvier, Contrepoints a publié un long article sur les dix informations climatiques de 2013 qui seraient injustement restées discrètes car contraires à l’idéologie dominante sur le réchauffement (lien).
Sur la base d’un sondage des membres de l’American Meteorological Society (AMS), l’article prétend que « la moitié des météorologues américains ne croient pas que l’homme soit le principal responsable du réchauffement climatique ».
Le sondage indique en effet que seulement 52% des personnes sondées déclarent que le réchauffement climatique existe et qu’il est causé majoritairement par l’activité humaine. Pour autant, cela ne signifie pas, comme l’article le prétend, que « 48% pensent le contraire ».
En effet, si on considère que le contraire rassemble les opinions selon lesquelles « le réchauffement climatique n’a pas lieu » et « le réchauffement climatique est causée principalement par des causes naturelles », le même sondage n’aboutit qu’à 9% !
L’ensemble des autres répondants choisissent des réponses intermédiaires :
- « causes naturelles et humaines d’égales importance » récolte 10%,
- 20% pensent que les observations scientifiques sont insuffisantes pour conclure,
- et 11% croient que les observations sont insuffisantes mais que l’homme est au moins partiellement responsable.
On aboutit à 52+10+11=73% des sondés qui, à des degrés d’importance et de certitude divers, déclarent croire que l’homme cause le réchauffement climatique.
L’article de Contrepoints laisse croire que la question du sondage était binaire pour induire que le rapport de force entre les défenseurs du réchauffement anthropique et ses opposants est de 52/48 là où le vrai ratio est 73/11, laissant 16% des sondés agnostiques.
Certes, un ratio de 73/11 reste un ratio insuffisant pour établir qu’une théorie soit un consensus scientifique. Mais alors, pourquoi manipuler le lecteur pour lui faire croire que c’est 50/50 ?
Par ailleurs, le sondage est détaillé par catégorie de répondant, et cela ne va pas vraiment dans le sens de l’exagération faîte des résultats par l’article de Contrepoints. 1821 personnes ont répondu au sondage. Autant dire que ce n’est pas vraiment un sondage élitiste, là où la production scientifique est élitiste par nature.
Parmi les climatologues interrogés et publiant principalement sur la question, 78% défendent la thèse du réchauffement anthropique, et seulement 2% celle du réchauffement naturel. 10% pensent que les deux causes sont d’égale importance. 5% croient l’homme responsable mais pensent que la recherche est encore insuffisante pour conclure. On est alors davantage dans un ratio 93/3.
Les météorologues publiant sur les questions climatiques sont plus partagés mais restent très largement orientés vers la théorie anthropique : le rapport de force est dans leur cas de 79/7.
Bref, l’essentiel du résultat agrégé décrit par l’article de Contrepoints est tiré par des météorologues ne produisant pas de recherche. Si on veut s’en tenir à ce type d’arguments, peut-être devrait-on sonder les professeurs de Sciences Economiques des lycées pour savoir ce qu’ils pensent du marché libre ?
Le sondage a le mérite de montrer que le consensus scientifique est moins grand que ce que la presse mainstream le laisse entendre. On pourrait se limiter à dénoncer ce biais. Au lieu de quoi, on a préféré recourir à l’exacte même manipulation, mais en sens inverse, et dans un degré d’exagération encore plus grand. Les adversaires de la thèse anthropique auraient-t-ils les penchants manipulateurs qu’ils prétendent dénoncer ?
Je n’ai pas vérifié les 9 autres informations, mais j’y encourage quiconque en a le temps.
Référence : Steinhouse N., Mailbach E., Cobb S., Ban R., Bleistein A., Croft P. Bierly E., Seitter K., Rasmussen G., Leiserowitz A., ” Meteorologists’ views about global warming: A survey of American Meteorological Society professional members “, Bulletin of the American Meteorological Society 2013
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Original (version en cache de google) de la partie de l’article de Contrepoints
3. La moitié des météorologues américains ne croient pas que l’homme soit le principal responsable du réchauffement climatique
Près de la moitié des météorologues et des spécialistes en sciences atmosphériques ne croient pas que les activités humaines soient le principal facteur dans le réchauffement climatique, selon un sondage réalisé par l’American Meteorological Society (AMS).
Le sondage auprès des membres de l’AMS a constaté qu’alors que 52 pour cent des membres de la Société météorologique américaine croient qu’on assistait à un changement climatique et qu’il était surtout dû aux activités humaines, 48 pour cent des membres pensent le contraire.
En outre, l’enquête a révélé que les scientifiques qui professaient des opinions politiques « progressistes » étaient beaucoup plus susceptibles de croire en la théorie du réchauffement climatique d’origine humaine que ceux qui ne professaient pas ces opinions politiques.








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