Il y a beaucoup de vidéos économiques intéressantes sur internet. Je me suis dit qu’en poster une le weekend pourrait-être une bonne idée.
Aujourd’hui, l’histoire du crayon à papier de Leonard Read (“I, Pencil : My Family Tree as told to Leonard E. Read”). Ici expliquée par Milton Friedman, il s’agit d’une merveilleuse introduction à l’économie, à la fois à sa complexité et au miracle de son fonctionnement dans un système de prix libres.
L’enseignement de cette histoire est que dans un système de prix libres, l’information nécessaire à l’organisation de l’activité humaine est décentralisée. C’est-à-dire qu’il suffit que chacun connaisse ses coûts et ses profits personnels, en totale ignorance de l’ensemble de la chaîne de valeur, pour que dans un système de prix libres et sans monopoles toutes les activités mutuellement bénéfiques aient lieu. Dans un système centralisé, il est nécessaire qu’un seul individu connaisse l’ensemble des détails d’un système de données immense et en constant changement pour organiser l’activité de manière planifiée.
Non seulement le marché libre fait appel à des milliers d’intelligences pour fabriquer un simple crayon, mais en plus l’intelligence de chaque individu est dédiée à la compréhension de ce qui l’entoure lui. Ainsi, chacun dédie son intelligence à ce qu’il comprend le mieux. Le bucheron, qui n’a aucune idée de ce à quoi sert son bois, se voit confier la seule mission d’indiquer si la valeur du crayon, via la fraction de cette valeur qui se déverse jusqu’à lui, justifie ou non l’usage d’une tronçonneuse et le prix du carburant nécessaire pour qu’il se rende dans la forêt.
La vidéo peut aussi aider à comprendre l’importance de raisonner en « équilibre général », c’est-à-dire d’éviter de ne raisonner que sur l’analyse d’un marché en particulier, isolé du reste de l’économie. Il ne faut jamais perdre de vue que tous les marchés sont interconnectées de manières complexes, et qu’une taxe à l’importation sur le graphite, en affectant le prix des crayons, réduit leur demande, et donc affecte le salaire des bûcherons. Cela peut donner une perspective sur mon article sur le déversement invisible des impôts dans l’économie, et l’impossibilité pour l’Etat de prévoir réellement qui les paiera concrètement.








_uselang-fr.jpg)
Excellente vidéo.
Permettez-moi de vous indiquer celle-ci aussi, très bien faite aussi toujours sur le thème du “I, pencil”. http://www.youtube.com/watch?v=Tl6-oXep6jY
PS: une coupure à la troisième ligne à “ignorance de l’ensemble de la chaine de valeur”.
Je connaissais cette vidéo: Milton Friedman a un sens incroyable de la pédagogie. Il a réalisé une série d’émissions, intitulés ‘Free to choose’, durant lesquelles il explique ce qu’est le libéralisme et confronte ses théories avec d’autres économistes, banquiers, personnalités politiques… Elles valent vraiment le détour et sont disponibles ici: http://www.commonsensecapitalism.com/p/free-to-choose.html
Dani Rodrick avait ironisé en disant qu’aujourd’hui la principale manufacture de crayon était une manufacture d’état chinoise ^^
Ce système fonctionne tellement bien que l’on se retrouve avec du cheval de roumanie acheté par un trader chyprien dans des lasagnes au royaume uni. Wonderful !
C’est vrai on compte les morts par milliers, ctroporibl !
On fera une section dédiée dans le livre noir du néolibéralisme, au chapitre “Roumanie”.
Et des matières fécales de chine dans un Ikea à Brest.
Que penserait Stiglitz de cette vidéo?
Ne trouvez-vous pas que cette vision est complétement en décalage avec la perception que l’on peut avoir aujourd’hui des relations commerciales dans notre monde moderne ? Comment Milton Friedman aurait-il commenté le drame du Rana Plaza au Bangladesh ? Qu’aurait-il pensé des fonds éthiques ? C’est comme s’il suggérait de fermer les yeux sur ce qui se passe ailleurs “puisque tout le monde est d’accord pour coopérer pacifiquement”…
Friedman est pour le droit. Je pense qu’il aurait dit
1) Si les gens vont travailler dans ces usines, c’est bien que leur vie serait pire sans. Ces usines offrent des salaires de misères aux ouvriers, mais vous, Christophe, vous ne leur offrez strictement rien. C’est un peu ce que disent les associations à ce propos je crois, il ne faut surtout pas fermer ces usines. Elles ne sortent pas les gens de la misère, mais elles améliorent leur situation tout de même. Je doute que Friedman aurait critiqué les salaires de misères, et je pense qu’il aurait eu raison.
2) En revanche, s’il y a homicide, les coupables vont en prison. Le dur règne du droit !
1) “améliorent leur situation” : au pied de la lettre, au Bangladesh, il vaut mieux donc être mort que vivant selon vous ?
Pour les 1127 morts, on ne peut plus dire que “leur vie serait pire sans [ces usines]”.
Ce que je peux faire, c’est n’être pas un consommateur passif qui s’en tient au système des prix et continue à acheter, acheter, comme si le système allait naturellement tendre au mieux être de ces personnes.
Souvenez-vous svp de la morale de la fable “Le Loup et l’Agneau”…
2) est-ce qu’on pourrait dire que c’est le système qui est coupable ?
1) Pas d’homme de paille s’il vous plaît. Je crois qu’il était tacitement admis que je mettais l’accident dans le point 2).
Rien dans le système des prix vous dit d’ignorer des qualités intrinsèques du produit. Lorsque les socialistes achètent des électeurs avec la promesse de leur donner l’argent des riches, on est sur un marché avec un système de prix. Et pourtant, Friedman ne l’aurait pas cautionner.
2) Non, les gens coupables sont les individus. Et dans le cas présent, toute la ligne du producteur au consommateur, à des degrés très inégaux bien sûr, mais toujours individuellement. Les décisions sont individuelles.
“Rien dans le système des prix vous dit d’ignorer des qualités intrinsèques du produit.”
J’adhère pleinement !
Et désolé pour mon erreur concernant votre point 1, j’ai lu trop vite.
Pour le reste, le système des prix s’accommode malheureusement sans souci d’une forme d’esclavagisme moderne (ce n’est pas moi qui invente, je reprends les termes des ONG et du pape François…).
Bien à vous.
Evidemment qu’il n’y a aucune contradiction entre un système de prix et l’esclavagisme… les esclaves avaient un prix.
Maintenant, je pense que les termes des ONG et du pape sont inadaptés et irrespectueux des gens qui étaient de vrais esclaves.
“Nous ne voulons pas faire du Bangladesh un pays d’esclaves. Nous voulons en faire un pays de femmes modernes. Nous voulons garantir qu’elles auront un salaire légitime” (Muhammad Yunus)
On parle du capitalisme ou de l’islamisme là ?