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Se souviendra-t-on du 8 avril 2013 comme l’on se souvient du 23 septembre 1952 ?

Sans doute avez-vous déjà oublié pourquoi vous devriez vous souvenir du 8 avril 2013 ? Ce lundi, un ancien premier ministre et peut-être prochain président de la République, François Fillon, a jugé utile de venir donner l’âge de ses deux voitures sur le plateau de la télévision d’Etat. N’en voulons pas trop à François Fillon, qui ne fait qui suivre le mouvement de la gauche, avec l’intelligence d’émettre des réserves importantes.

Encore plus probablement peinez-vous à vous souvenir du 23 septembre 1952 ? Personnellement, je m’en souviens très bien, car j’étais dans les studios de la télévision américaine avec Audrey Pulvar. Richard Nixon, alors candidat à la vice-présidence des Etats-Unis, était accusé d’avoir détourné à son profit personnel des frais de campagne électorale. Comme Nixon était un exemple de probité, il prit l’initiative de se rendre dans les studios de télévision et consacra 30 minutes à un inventaire de l’ensemble de son patrimoine, incluant le manteau peu onéreux de son épouse. 60 millions d’américains regardèrent ou écoutèrent Nixon ce soir-là.

Mais le futur président admit tout de même une forme d’enrichissement personnelle grâce à sa carrière politique. Un supporter avait offert à sa famille un cocker américain, que sa fille de 6 ans avait nommé Checkers. Mais le candidat républicain annonça que quoi qu’il lui en coûte, il refuserait de rendre le chien de ses filles.

TRADUCTION

Une autre chose que je devrais probablement vous dire, sans quoi ils l’évoqueront probablement aussi contre moi, c’est que nous avons obtenu quelque chose – un cadeau – après l’élection. Un homme au Texas avait entendu à la radio Pat mentionner que nos deux enfants aimeraient avoir un chien. Et, croyez-le ou non, le jour précédant notre départ pour cette tournée de campagne, nous avons reçu un message de l’Union Station de Baltimore disant qu’ils avaient un colis pour nous. Nous sommes allés le chercher tous ensemble. Vous savez ce que c’était ?

C’était un petit cocker spaniel dans une caisse qu’il nous avait envoyé depuis le Texas. Noir avec des taches blanches. Et notre petite fille – Tricia, qui a 6 ans – l’a appelé Checkers. Et vous savez, les enfants, comme tous les enfants, adorent le chien et je dois vous dire dès maintenant, que quoiqu’ils en diront, nous le garderons.

A l’issue de son intervention, Nixon, peut-être trop optimiste sur l’intelligence humaine, était convaincu de l’échec de sa performance. Et ce malgré les larmes du caméraman. Mais la convention Républicaine reçu des millions de lettres et télégrammes de soutien, ce qui conduisit Eisenhower à maintenir le choix de son colistier, malgré les accusations le détournement.

La démarche du déballage du patrimoine personnelle sur les antennes de télévision est donc une tactique politique aussi vieille que la télévision elle-même. Et si le Checkers Speech reste l’un des discours les plus célèbres de l’histoire américaine récente, Richard Nixon reste l’unique président des Etats-Unis à avoir été démissionné pour obstruction à la justice.

Morale de l’histoire ? Observez les politiciens en première ligne pour étaler leur moralité à la face du monde, les moins scrupuleux sont parmi eux.

Une fois n’est pas coutume, le Parti Socialiste a trouvé aux Etats-Unis quelque chose qui l’inspire. Un Américain vivant à l’étranger doit à son pays d’origine le différentiel d’impôt avec le pays d’accueil.

Le concept fait rêver les socialistes, qui chiffrent à des dizaines de milliards le manque à gagner fiscal de l’émigration. A mon avis, leur estimation comptable est en réalité loin du compte, vu les retombées économiques immenses du fait qu’un grand nombre de nos têtes bien faîtes fuient à l’étranger. Mais ils prennent le problème essentiellement à l’envers, tant ils observent le monde à travers le filtre du fisc. La perte ne vient pas du fait que l’émigration des élites économiques réduit les recettes fiscales, mais du fait que la fiscalité, entre autre chose, fait perdre à la France des ressources humaines à forte valeur économique. 200 000 français vivraient aux Etats-Unis, contre 30 000 américains en France. Une dysmétrie qui devrait inquiéter.

Mais revenons à l’argument tacite de l’exemple américain. Si les Etats-Unis le font, c’est que l’idée n’est pas une vilaine chasse communiste. Mais l’analogie aux Etats-Unis est grotesque, car l’impôt revêt des deux côtés de l’Atlantique de réalités totalement différentes. Le taux de prélèvement obligatoire est de 27% aux Etats-Unis, contre 45% en France. Certes, le problème est ici un peu plus complexe que le montant agrégé des recettes de l’Etat, mais c’est un bon proxy des différentiels d’imposition.

Pour visualiser la différence, je vous propose deux cartes. Chacune représente les pays dans lesquels le taux de prélèvement obligatoire est supérieur à la France (ou aux Etats-Unis) sont en rouge, et les autres en vert. Ainsi le citoyen américain peut visiter l’essentiel du monde développé sans se trouver en un lieu fiscalement avantageux relativement à sa patrie. A contrario, une main suffit pour compter les cinq pays ayant un taux de prélèvement obligatoire supérieur à celui de la France.

Source : Heritage Foundation, 2012