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Le « prix Nobel » d’économie James Buchanan est mort hier. Un trop court billet pour rappeler quelques éléments de son œuvre…

James M. Buchanan (1919-2013) est mort hier 9 janvier. Prix de la Banque de Suède en 1986 (Nobel d’économie), je vous avais déjà parlé de lui dans un précédent billet sur la dette publique et les conflits d’intérêts entre générations.

James Buchanan est un des fondateurs de l’école des choix publics, une branche de l’économie qui analyse la rationalité des décisions politiques, non pas du point de vue de l’intérêt général, mais de l’intérêt particulier des décideurs politiques et des régulateurs. L’intuition fondamentale de James Buchanan est que les individus en charge des décisions étatiques ont, comme tout un chacun, leurs propres intérêts et contraintes, de sorte qu’on puisse attendre de la puissance publique, en certaines circonstances, des décisions à la fois rationnelles et contraires à l’intérêt général.

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La répartition officielle et comptable des impôts ne reflète pas du tout ce qu’ils coûtent effectivement aux individus. Le discours politique sur le sujet est une fable.

Dans les démocraties sociales, savoir qui paye les impôts est une préoccupation qui précède celle de la pertinence des dépenses qu’ils financent. Aussi le législateur prend-t-il soin de préciser dans le détail quelles personnes sont redevables des impôts, et se justifie-t-il pleinement de l’équité de la répartition de la charge fiscale entre les différentes classes de la population, selon son intérêt électoral.

Au regard de l’analyse économique, le ciblage légal du redevable de l’impôt est pour l’essentiel une fable politique, un conte pour électeur sans réelle incidence sur l’économie. Aussi douloureux soit-il, le montant apparent de l’impôt n’est qu’un sophisme politique dont la prémisse est que les prix hors-taxe sont ceux qu’on observerait sur un marché sans fiscalité. Ce postulat est faux car sur tout marché, taxer l’offre la raréfie faisant monter le prix payé par les demandeurs, tandis qu’inversement l’imposition de la demande détruit les débouchés des offreurs, les contraignant à baisser leurs prix.

La chose a pourtant l’air bien réelle. Sur une facture de 120€, vous lisez que 20€ reviennent à l’Etat et 100€ au vendeur. Mais conclure que si la TVA n’existait pas vous n’auriez payé que 100€ est faux, car la demande eut alors été plus grande, permettant aux offreurs de facturer, par exemple, 115€. Dans ce cas, le poids de l’impôt est partagé : son existence réduit de 15€ la recette du vendeur, et augmente de 5€ le coût pour l’acheteur.

Les mécanismes du marché aboutissent à cet apparent paradoxe que les taxes font varier les prix hors-taxes. A court terme, des rigidités contractuelles permettent un relatif ciblage fiscal. Cependant, à moyen terme, l’équilibre des marchés assure une équivalence entre l’imposition de l’offre et celle de la demande : entre les charges patronales et salariales, entre l’imposition du capital et celle du travail, entre la taxation des entreprises chinoises et celles des familles qui profitent des jouets bons marché.

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David Ricardo

La relance budgétaire ne peut fonctionner que si les citoyens ne comprennent pas pleinement que les déficits présents sont des impôts futurs, ou bien s’ils espèrent égoïstement que leurs descendants paieront à leur place les dépenses présentes.

Est-il possible d’être à la fois une des principales sources théoriques du marxisme, le plus important penseur du libre-échange et en première ligne de la critique contemporaine du keynésianisme ?

En 1974, Robert Barro croit trouver une faille majeure dans la théorie keynésienne. Mais alors qu’il expose son argument, les bons lecteurs d’un auteur du XIXème, David Ricardo, réalisent que son argument fondamental se trouve dans un texte de 1820. Mais comme le raisonnement en question précède de 116 années la publication de la Théorie Générale de John Maynard Keynes en 1936, personne n’en avait rétrospectivement compris l’importance.

En 1820, David Ricardo s’interrogeait sur l’endettement du Royaume-Uni suite aux Guerres Napoléoniennes. Sa problématique : comment en étaler le remboursement ? Sa réponse : en principe, cela n’a aucune importance.

Ricardo a conscience que sa réponse surprenante est fausse et la nuance de nombreuses objections dérivant d’imperfections économiques. Cependant, sa réponse théorique, l’« équivalence ricardienne », est essentielle. En effet, si elle était vraie, la relance de l’économie par le déficit public, recommandation centrale de la Théorie Générale, serait juste impossible. Dès lors, le raisonnement de Ricardo explicite certaines imperfections économiques absolument nécessaires au keynésianisme.

La connaissance de l’équivalence ricardienne – principe économique totalement inconnu du public – est indispensable à la compréhension de ce qu’est une dette publique, de ce qu’est une relance économique, et des rapports politiques qu’entretiennent entre elles les générations.

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David Ricardo

Suite de ma série de billets sur l’emploi… Je propose dans ce second billet de remettre la question de la mondialisation à sa juste place dans le débat sur le chômage, c’est-à-dire à une place bien moins centrale que celle que lui donnent les hommes politiques, les syndicats et les journalistes.

L’enjeu le plus important sera de vous convaincre que les causes du chômage ne se trouvent pas à nos frontières mais à l’intérieur du pays, et d’éjecter le concept pipologique de la compétitivité des nations.

Oubliez la compétitivité !

Le débat économique est régulièrement pourri par des notions qui ne sont pas pertinentes. La compétitivité en est un des meilleurs exemples.

Ce concept obsède les politiciens pour deux raisons. La première est que chacun y trouve son intérêt. Certains en font une contrainte obligeant à réduire le coût du travail et à accroître la productivité, les autres s’en servent pour justifier davantage de protectionnisme. La seconde raison est que la compétitivité est un concept tellement répandu par les commentateurs et accepté par le grand public, qu’il est impossible de la déclarer hors sujet.

Pourtant, appliquée aux nations, la compétitivité est une arnaque intellectuelle. Elle agglomère grossièrement un certain nombre de concepts économiques, principalement les coûts, la productivité, la qualité… et les analyse dans le cadre d’une relation de rivalité. Cette analyse est viciée pour deux raisons grossières :

  1. D’abord, la réduction des coûts, les gains de productivité et les améliorations qualitatives sont des fins en soi, et ce même dans une économie autarcique. Loin d’être les moyens de la compétitivité, c’est la compétition qui constitue un moyen d’inciter les individus à réaliser ces objectifs.
  2. Par ailleurs, la rivalité entre deux groupes suppose a) une communauté d’intérêt claire au sein de chaque groupe et b) une divergence d’intérêt entre les deux groupes. Or lorsque Mercedes baisse le prix de ses automobiles, peut-on dire que « La France » est lésée ? Renault peut-être, mais les consommateurs français, qu’il s’agisse de particuliers ou d’autres entreprises, certainement pas. Aussi, le raccourci qui consiste à décrire une compétition entre France et Allemagne au même titre qu’il existe une compétition entre Mercedes et Renault n’est pas pertinent.

Suis-je une espèce de marginal qui ne comprend rien au monde ? Alors que j’écris ce billet, j’ai à côté de moi l’excellent Economie Internationale de P. Krugman (Princeton) - espérons qu’il m’apporte quelque crédit auprès des keynésiens qui l’adorent - et M. Obstfeld (Berkeley), un manuel de 700 pages réputé être la référence sur le sujet, et dont l’index passe sans ménagement de « Comores » à « Compte courant ». Ces gens-là, non plus, ne croient pas le concept de compétitivité pertinent.

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