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La Commission Européenne s’inquiète des excédents commerciaux allemands. Et elle a tort pour deux raisons. D’abord, cela ne la regarde pas. Et par ailleurs, elle a tort sur le fond.

Un bref rappel de ce qu’est la balance commerciale et de ce que signifie un excédent ou un déficit est sur ce sujet toujours important. L’essentiel du débat tourne toujours sur cette idée de compétitivité qui plaît tant aux hommes politiques et qui séduit l’esprit de l’honnête homme lecteur des journaux. Mais les balances commerciales répondent à des réalités beaucoup plus simples qui relèvent de contraintes physiques élémentaires.

Une nation a une balance commerciale positive quand elle envoie davantage de richesses à l’étranger qu’elle n’en fait venir. La contrepartie comptable, et physique, est qu’elle utilise moins de ressources qu’elle n’en produit. Cette production qu’elle n’utilise pas elle-même… passe la frontière, et est prêtée au voisin. En bref, cette nation épargne, prête de la richesse. Le cas inverse est celui d’une nation qui utilise davantage de ressources qu’elle n’en produit. Pour ce faire, elle est contrainte physiquement de faire venir ses ressources d’ailleurs : elle les emprunte.

Dans tout ceci, il n’y a pas vraiment de théorie économique, juste des implications physiques élémentaires qui s’observent dans la comptabilité nationale. Ce qui est important de comprendre, c’est qu’une balance commerciale positive est signe d’une économie qui prête à l’étranger. Une balance commerciale négative, c’est l’inverse. D’ailleurs, il n’y a en soi aucun mal à avoir une balance commerciale positive ou négative, de même qu’il n’y a aucun mal en soi à prêter de l’argent ou à en emprunter. Cela dépend respectivement d’à qui on prête l’argent ou de comment on utilise l’argent emprunté.

Il se trouve que les allemands sont prêteurs. Ce n’est pas une décision de l’Allemagne, mais plutôt l’agrégation du comportement des ménages allemands qui épargnent. Chercher à corriger ce phénomène est une prétention totalitaire. D’ailleurs, d’un autre côté, si l’allemand est prêteur, c’est bien qu’ailleurs, quelqu’un est emprunteur. Voilà pour ma rapide opinion sur le vœu d’un organisme politique de s’immiscer dans les décisions financières des citoyens.

D’un point de vue économique, il faudrait s’interroger sur la raison fondamentale qui pousse un pays à être un prêteur net ou au contraire un emprunteur net. La théorie du cycle de vie est ici utile.

Au début des années 1950, Franco Modigliani avait décrit simplement le comportement financier d’un individu au cours de sa vie.

  1. Jeune actif, il emprunte car il a des besoins de financement importants (maison, éducation…) mais n’a pas encore pu accumuler l’épargne nécessaire. Cet emprunt est possible dans la mesure où ses revenus salariaux futurs permettront de le rembourser.
  2. Dans la seconde partie de sa vie active, notre individu devient prêteur net. Il rembourse ses dettes et constitue le capital qui lui permettra de maintenir son niveau de vie lorsqu’il s’arrêtera de travailler.
  3. Enfin, à la retraite, notre individu recommence à consommer davantage qu’il ne gagne : il consomme son capital.

Autrement dit, il est normal qu’un pays dont une proportion énorme de la population prépare sa retraite se retrouve avec une balance commerciale positive. Les allemands produisent pour le monde entier, car ils espèrent que le monde entier produira pour eux quand une grande partie d’entre eux deviendra dépendante. Cette épargne sert à préparer le financement d’une balance commerciale qui deviendra négative. Le Japon a suivi exactement la même trajectoire. Des excédents colossaux, et aujourd’hui un déficit.

Cette attitude prévoyante est extrêmement saine. Et dans la mesure où une énorme proportion des européens s’apprête à prendre leur retraite, l’Europe entière devrait avoir une balance commerciale positive. C’est d’ailleurs le cas si on considère l’Union Européenne dans son ensemble.

Ce dont la Commission devrait s’inquiéter, c’est des peuples qui vivent à crédit vis-à-vis de l’extérieur alors même qu’une grande partie de leur population va devenir improductive. Le reste du monde ne devra rien aux retraités français, et c’est donc les jeunes qu’il faudra ponctionner pour les entretenir ! Je sais, je radote…

Dans un billet précédent, je citais des estimations de la BCE montrant qu’avant la crise, la dette implicite des gouvernements de la zone euro, rapportée au PIB, était trois fois supérieure à celle des Etats-Unis. Parmi les commentaires, se trouvait la référence au fiscal gap, c’est-à-dire à la valeur des écarts futurs entre dépenses et recettes du gouvernement. Ces deux statistiques sont assez différentes :

  • La dette implicite représente des engagements tacites de l’Etat dérivant de dépenses qui ont déjà eu lieu. Par exemple, les droits à la retraite que vous estimez dériver des cotisations que vous avez déjà payées.
  • Le fiscal gap représente la valeur présente de la différence entre la projection des revenus de l’Etat et de ses dépenses à long terme. Ce n’est pas à proprement parler de la dette, car la dépense n’a pas encore été effectuée.

La grande différence, c’est que le fiscal gap est une mesure prévoyante, les déficits anticipés peuvent être évités par une réforme adéquate. En revanche, le non remboursement de la dette implicite n’est possible qu’en cas de défaut sur les engagements tacites pris par l’Etat : réduction du montant des retraites promises, par exemple. La dette implicite vient de déséquilibres des budgets historiques qui n’ont pas été enregistrés par la comptabilité explicite. Le fiscal gap est un déséquilibre des budgets prospectifs. Pour prendre une métaphore médicale, la dette implicite est un mal à guérir, le fiscal gap est un mal à prévenir.

En fait, le fiscal gap est intéressant car il mesure la pérennité du statu quo, c’est-à-dire la capacité financière de l’Etat à maintenir la composition actuelle de ses dépenses et revenus. Et d’une certaine manière, il englobe la prise en charge de la dette implicite.

Le graphique suivant fournit des estimations récentes du fiscal gap pour les pays de l’OCDE. Une bonne manière de le lire, serait :

« Sans effort sur les dépenses, les Etats-Unis devraient immédiatement augmenter leur taux d’imposition de 9,5 points de pourcentage du PIB, s’ils souhaitent que leurs engagements financiers en 2050 soient inférieurs à 50% du PIB »

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Généralement, j’essaye d’aller un peu à l’encontre des clichés. Il en sera différemment dans ce billet.

Chacun à l’image de l’Allemagne austère et prévoyante et de la France dispendieuse et rêveuse, et cette perspective est souvent adoptée par les politiciens de droite, et même parfois de gauche. Cette interprétation des différences d’une rive à l’autre du Rhin résiste-t-elle à l’analyse des chiffres ? Hélas, un regard sur les comptes nationaux des deux pays corrobore parfaitement le cliché.

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Cette année, la dette publique de la France a franchi le cap des 90% du PIB. Si la crise européenne est inédite à de nombreux égards, c’est loin d’être la première fois que des économies avancées atteignent un tel niveau d’endettement. Aussi un petit regard sur les épisodes historiques de surendettement public peut-il nous offrir une perspective sur les conséquences du franchissement de ce cap.

Carmen Reinhart (Harvard), Vincent Reinhart (Morgan Stanley) et Kenneth Rogoff (Harvard) ont répertorié 26 occasions au cours desquelles des économies avancées avaient franchi le seuil des 90% et présentent les caractéristiques de ces épisodes dans le Journal of Economic Perspectives de cet été [1].

Trois grands enseignements sont à retenir de ce retour sur l’histoire des deux derniers siècles :

  • Lorsque la dette publique dépasse les 90% du PIB, la croissance économique est significativement affectée.
  • Ce ralentissement économique n’est pas empêché par le maintien de taux d’intérêts faibles, tels qu’en bénéficient actuellement des pays comme l’Allemagne ou la France.
  • Enfin, et surtout, lorsque la dette publique franchit le seuil des 90%, c’est en moyenne pour une durée proche du quart de siècle !

Les précédents historiques

La frise historique à droite représente les épisodes de surendettement (>90% du PIB) des économies avancées depuis deux siècles. Si ni l’Allemagne, ni la Suisse, ni le Danemark ou ses voisins Scandinaves n’y figurent, c’est qu’ils n’ont à ce jour jamais atteint ce niveau de dette. Au contraire, certains pays comme l’Italie ou la Grèce semblent être abonnés au surendettement depuis leur existence moderne. Cela laisse songeur quant aux effets pervers du secours que nous leur portons en nous imaginant naïvement que cela n’impactera pas la bonne tenue de leurs comptes publics dans le futur.

D’autres nations comme la France et le Royaume-Uni ont connu pendant de longues périodes de tels niveaux d’endettement, en grande partie de par leur engagement dans les affaires du monde. D’ailleurs, il semble qu’avant la Seconde Guerre mondiale, la guerre perpétuelle entre les nations européennes les condamnait éternellement à l’endettement massif.

La première source du surendettement, c’est donc les guerres, les conflits napoléoniens et mondiaux représentant trois épisodes importants. L’ « avantage », c’est que pour les pays n’étant pas soumis aux réparations de guerre (comme la France de 1870, ou l’Allemagne de 1918), les dépenses à l’origine de l’endettement disparaissent d’elles-mêmes. La durée de ces endettements est assez variable. Les pays du Benelux, très fortement touchés par la Grande Guerre, se sont pourtant débarrassés de leur dettes en quelques années tandis que le Royaume-Uni a maintenu un endettement public supérieur à 90% du PIB de 1917 à 1964, soit pendant près d’un demi-siècle ! Les guerres de plus faible ampleur peuvent aussi créer de forts niveaux endettements : j’évoquais dans un autre article la dette d’indépendance des Etats-Unis.

L’autre source évidente de dette, ce sont les crises économiques : la dépression de 1873-1896, la crise des années 1930, la crise des subprimes. Elles se conjuguent d’ailleurs assez souvent avec les conflits armés. Je vous avais en revanche montré que la dette actuelle n’était pas une conséquence de la fin des Trente Glorieuses, mais en était en grande partie l’héritage.

Il y a enfin les endettements qui surgissent au milieu de la paix et de la prospérité. Dans le cas de l’Italie et de la Grèce contemporaines, la convergence de l’inflation en vue de l’intégration monétaire a pu y participer. La chute soudaine de l’inflation fait s’envoler les taux réels sur l’ancienne dette. Certains y verront le signe que l’inflation est la solution pour faire disparaître la dette… En vérité cela montre que l’inflation est une forme d’imposition pernicieuse, qui en disparaissant, plombe le budget des Etats.

La principale cause de la dette de paix et de prospérité est l’Etat-Providence. On peut dire qu’il s’agit de la dette la plus douloureuse, car ses causes ne disparaissent ni avec l’armistice ni avec le retour d’une conjoncture favorable.

Mais au-delà de l’origine des surendettements, ce qui frappe, c’est leur durée. Reinhart(s) et Rogoff calculent que la durée moyenne de ces épisodes de surendettement au-delà de 90% du PIB est de 23 ans. Cela signifie qu’au regard de l’histoire, 2035 paraît une date consensuelle pour un retour de la dette publique française en-deçà de 90% du PIB.

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Voici une autre proposition du programme de François Hollande. L’idée des Eurobonds est de faire emprunter les Etats auprès d’une instance européenne qui lèverait sur les marchés des obligations dont l’ensemble de l’Eurozone serait solidaire. Toutes les nations emprunteraient à un taux unique, plus élevé qu’actuellement pour les meilleurs élèves, principalement l’Allemagne, et très nettement inférieur aux exigences du marché pour les pays dont les budgets ont totalement dérapé.

Ces divergences d’intérêts sont le principal obstacle à la mesure. L’Allemagne refuse d’alourdir la charge de ses intérêts pour aider ses voisins. Cependant, la crise européenne de la dette a aussi un coût pour nos voisins d’outre-Rhin, tant parce qu’ils participent aux multiples plans d’aides que du fait que la croissance ralentie du continent plombe leur propre prospérité. Aussi n’est-il pas, a priori, si clair qu’il soit dans leur intérêt de refuser le principe d’obligations communes si cela permettait de sortir de la crise.

L’objet de cet article est d’estimer – grosso modo, et avec quelques hypothèses grossières – le coût et les gains pouvant être attendus des Eurobonds.

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