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La part du débat public qui trouble le plus ma conscience d’économiste n’est pas celle contenant ces sujets sur lesquels les hommes politiques, les journalistes ou les enseignants racontent n’importe quoi. Certes, cela me rend souvent nerveux. Cependant, beaucoup plus troublant pour moi est le temps qu’occupent dans le débat politique des sujets qui n’ont strictement aucune existence concrète.

Par exemple, au collège comme au lycée, nos professeurs d’histoire nous apprennent qu’en 1936, le Front Populaire a mis en place les premiers congés payés. Evidemment, le jeune public trouve l’innovation extraordinaire : être payé à bronzer sur la plage, qui pourrait s’en plaindre ?

Mais la chose a-t-elle vraiment un sens ? Imaginons que demain, le Parlement vote une loi qui décrète que, désormais, les consommateurs ne paieront que la chaussure gauche, et que les commerçants devront leur offrir la chaussure droite pour toute chaussure gauche achetée. Y verrions-nous une grande avancée du combat pédestre, ou une loi absurde par laquelle la chaussure gauche coûterait le prix d’une paire de sorte que la droite puisse être offerte ?

Mon histoire de chaussure est totalement similaire à celle des congés payés. Les 25 jours de congés modifient l’offre et la demande de travail de sorte que les salaires sont diminués de la même manière que si la loi prévoyait 25 jours de congés obligatoires non-payés. En 1936, la nuance « obligatoires »/« payés » avait temporairement du sens car le patronat n’était pas en situation de répercuter immédiatement les jours de travail perdus dans les salaires, mais une telle nuance ne peut survivre à moyen terme.

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Entre 1980 et 2010, le prix payé par les entreprises pour un salarié français « moyen » a crû de 12 000€, net de l’inflation. Cependant seuls 4 000€ sont arrivés dans les poches des travailleurs. Le reste a été capté par l’Etat.

La France gravira-t-elle le podium des pays les plus collectivistes du monde l’an prochain ? L’an dernier, le classement des taux de prélèvements obligatoires la plaçait à la 6ème place mondiale, à quelques encablures de Cuba. Et encore heureux que la France maintienne son exception culturelle dans ce monde vilainement capitaliste.

Car s’il fallait compter sur le capitalisme pour faire vivre les travailleurs et les travailleuses, nous serions bien mal partis. Pensez qu’en trois décennies, le salaire net moyen n’a crû, après correction de l’inflation, que d’à peine 4 000€ (euros de 2012 dans tout l’article). Et ce alors qu’il avait crû de 14 000€ entre 1950 et 1980.

A en croire les socialistes, on aurait là la preuve que le capitalisme exploite le travail en refusant de le payer à sa juste valeur. Une histoire qui ne tient pas la route lorsqu’on analyse sérieusement les chiffres.

A l’aide des données historiques du salaire net moyen de l’INSEE (source) et de l’historique des barèmes des prélèvements sociaux fourni par l’Institut des Politiques Publiques (source), j’ai reconstitué l’historique de trois séries. Salaire net, charges patronales et charges salariales pour un salarié moyen. Heureusement que la fiscalité française est relativement simple, permettant à un doctorant en finance de faire ce travail en moins de 5 heures.

Le graphique qui suit présente l’évolution historique de ce que paye une entreprise pour embaucher un salarié français moyen, et de ce que le salarié reçoit effectivement comme salaire annuel net. Le graphique laisse apparaître une forte inflexion dans le rythme d’augmentation du salaire net à partir de la fin des années 1970. L’essentiel de l’inflexion est dû à la fin du rattrapage du niveau de productivité américain. Cependant, il est aussi frappant que le ralentissement de la hausse du salaire net moyen a été beaucoup plus fort que celui de la hausse de ce que payent les employeurs. Autrement dit, le marché a continué à valoriser le travail de plus en plus, ce qui ne s’est pas vraiment ressenti dans les salaires.

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